Partir à Panama (ou pas) …
Si tu pars à Panama, rapporte-moi un chapeau que je porterai à Paname où je suivrai les touristes qui arpentent le parvis de Notre Dame en pleine canicule.
Ils pénètrent dans l’église où pour quelques instants ils trouvent la fraîcheur propre à la pénombre qui sent l’encens.
A travers les vitraux colorés, un rayon de lumière enrobe un corps maigre et blanc. On prie. Je prie aussi. Mon Dieu, aidez moi à supporter l’ennui. Donnez-moi la force. Mon père, pourquoi m’as-tu abandonnée ? Je suis seule à présent.
L’église se vide à l’heure de la messe. Quelques vieilles bigotes, des sœurs qui vont par paires, un clochard et puis moi.
Si tu pars à Panama, rapporte-moi une orange. A part moi, je pense à son jus délicieux. Comme un baume sur ma plaie, ce corps là devant moi mutilé.
Si tu pars à Panama, ne m’en parle surtout pas. Pas à moi. Ces trois syllabes : PA- NA-MA. Comme un rébus. Une énigme qui résoudra l’ersatz de notre vie commune.
Trois syllabes d’enfant. Les trois premiers mots d’un bébé qui apprend à parler. Si seulement cela pouvait t’aider. Mais tu as peur des mots, qu’ils te trahissent. Un lapsus est si vite arrivé. J’aurai pu me réjouir. Pour toi. Avoir, juste une fois, un élan de tolérance, un geste de charité. Mais non, c’est plus fort que moi. Ce n’est pas moi.
Panama = ce n’est pas moi. C’est pour cela sans doute que tes gestes ont plus de poids que tes mots. Tu ne sais pas parler, transcrire ta pensée ; mais tu agis. Est-ce une qualité ? Un défaut ? Peu importe puisque c’est toi. Et tu as choisi : Panama. Une obsession, ce mot. Il me hante jour et nuit. Un enfant me fixe d’un regard étonnamment dur, me pointe du doigt et lance, terrible : « Pas toi ». Et la nuit le même rêve, sauf qu’il me jette : « Panama ».
C’est aussi un chapeau, ça pourrait être une danse. Une ronde de fête nationale. Sorte de carmagnole. Où l’on se défoule et qu’on quitte essoufflé, les jambes coupées, à bout de force. Tu danses ? Panama. Toute à l’heure peut-être, là, je n’en puis plus.
Panama = bla bla bla.
Plus tu agis, plus je résiste. Ma force d’inertie est incommensurable. Et lorsque enfin tu cries : « MAIS QU’EST –CE QUE TU AS ? » sur le même ton, je dis :
« PANAMA ! » comme ça, en détachant chaque syllabe. Je vais te rendre fou.
« – Tu va bien ?
- Panama !
- Tu as bien dormi ?
- Panama !
- Tu as toujours mal au dos ?
- Panama !! »
Panama = basta.
Tu poses une main sur mon sein : Panama !
Tu la fais glisser entre mes cuisses : Panama ?
Tu les écartes et tu la glisses : Pa –na –ma….
On peut vivre avec ce mot. Au fond, on peut se passer du superflu pourvu qu’il en reste un : Panama. C’est pratique. En changeant légèrement l’intonation, on se fait facilement comprendre :
« – j’ai eu 17 en maths.
- Panama !
- J’ai marqué un but et fais deux passes décisives
- Panama !! »
Mais maintenant il te faut choisir entre ton père et ta mère. Avec qui veux-tu vivre ?
« Ni Pa, ni Ma : PANAMA. »
Il a crié en se levant et fait tomber sa chaise.
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Sur le mont des oliviers, se trainait une limace qui seule, comme une âme en perdition, ne demandait que la compagnie d’un ami pour agrémenter ses longues journées ennuyeuses.
Au détour d’un chemin, notre ami Oscar la limace surprit les traces d’un as de la course : Fugace l’escargot. Pour engager la conversation, il demanda son chemin. Fugace lui répondit qu’il n’avait pas le temps de répondre, trop pressé par le temps pour rejoindre les folles herbes de son garde manger. Oscar insista en précisant que si-il retrouvait son chemin, il lui communiquerait un plan pour trouver le trésor des trésors : celui par lequel aucun escargot ne serait plus le même.
Intrigué, l’escargot stoppa net sa course et se retourna avec un air inquisiteur. Il regarda droit dans les yeux d’Oscar et lui dit : « tu te fous pas de ma gueule toi ? » ; « Non, non, non c’est vrai j’ai un secret pour toi et je te le donnerai si tu veux bien être mon ami d’un jour ! » Fugace ricana en lui répondant : « allez casse toi t’es pas de ma bande et en plus tu pues comme un mollusque ». Ah bon ! Si c’est comme cela, eh bien tu vas voir ! Oscar piocha dans sa poche une poignée de sel et aspergeât notre brave escargot. Au contact, celui-ci se vida de toute son énergie et disparue au fond d’un pauvre trou qui n’attendait que lui pour se refermer sur la vie.
Fugace, mort, Oscar la Limace se retrouva fort dépourvu sans ami et meurtrier d’un jour. Il partie se livrer à la police des escargots qui décida de le condamner à nettoyer à vie les latrines du camp.