J’pourrais mourir maintenant … (hommage à Boris Vian)
J’pourrais mourir maintenant
M’ouvrir à l’inconnu
Quand viendra la musique
A mon corps défendant
Et mon cœur mis à nu
J’saut’rai sur l’élastique
J’regarderai les gens
j’jouerai au funambule
J’pourrais mourir maintenant
Puisque cent mille lunes
Ont dessiné la dune
Dès que je me suis tue
Puisque l’océan roi
S’est changé en maison
Et que les vagues battent
Sur la plage éclatée
Puisque l’étoile m’enrobe
Et qu’il est déjà tard
Puisque j’ai tout gardé
Que j’en garde le goût
Pas question qu’j’me dérobe
J’me fie pas au hasard
Je pourrais en finir
Car j’ai connu tes lèvres
Au goût de paradis
Car je n’oublierai pas
Les pieds et poings liés
Qui font battre mes veines
Ancêtres aliénés
Tandis que je suis reine
Et puis d’autres nazis
Ceux qui font que je hais
Ce dont je suis le fruit
Dans la guerre et la paix
Car on m’a faite mère
Que j’ai crée les vagues
J’ai bercé deux bébés
Car j’ai roulé mes joints
Tourné la manivelle
Même écrit des poèmes
Où je me disais « celle »
Que tu reconnaîtras
Hirondelle ou Horla
Peu m’importe, je suis là
J’pourrais mourir maintenant
Avant de m’être usée
J’en rajoute une couche
Et mon corps au matin
Renaîtra dans les cieux
ça n’serait pas malin…
Alors je reste au pieu
J’pourrais peut-être mourir
Si je n’étais hantée
Par ton regard cruel
Que dessine la peur
Par la page, mon bagne
Par la phrase, la dernière
Par cet agitateur
Qui fait battre mon cœur
Par tous les faux semblants
Faire encore un effort
Pour faire taire les ânes
Raviver les couleurs
Revenir au château
Rallonger cette liste
Retourner sur la piste
Revivre chaque odeur
Accepter d’rien savoir
Et n’avoir rien à vendre
Me faire un jour si tendre
Que même le désespoir
M’barr’rait plus le chemin
J’aurais plus peur de rien
J’trouv’rais que rien ne cloche
Quand je s’rai dans tes bras
Plus la moindre anicroche
J’pourrais mourir maintenant
Oui monsieur oui madame
Mais j’vous sens empâté
Est-ce moi qui vous tourmente
Ou est-ce l’eau de vie
J’pourrais mourir maintenant
J’ai rien à regretter
Sauf d’aimer trop la vie…
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Je suis flattée, merci; mais voilà, il y a 50 ans disparaissait Vian, il n’a pas pris une ride pourtant, il est toujours vivant; il a été classé à tort « auteur d’adolescent « , à ce compte, moi j’veux bien écrire pour les enfants (que vous êtes, ne niez pas! ))
Deux textes jumeaux, en réponses contraires et complémentaires. Un régal
très fort, le mot hommage n’est que mérité et n’est pas galvaudé.
J’voudrais pas crever
Je voudrais pas crever
Avant d’ avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’ argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un côté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans les coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu’ on attrape là-bas
Le bon, ni le mauvais
Ne me feraient pas de peine
Si si si je savais
que j’ en aurais l’ étrenne
Et il y a z’ aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j’ apprécie
Que je sais qui me plaît
le fond vert de la mer
Où valsent les brins d’ algue
Sur le sable ondulé
L’ herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L’ odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon ourson, l’ Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d’ avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J’ en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu’ on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z’ entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir
Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s’ amène
Avec sa gueule moche
Et qui m’ouvre ses bras
De grenouille bancroche
Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’ avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’ est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’ avoir goûté
La saveur de la mort…
Boris Vian