Chroniques d’une ménagère assise.

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C’est marrant comme la saleté a le don de se cacher pour mieux vous sauter au visage d’un seul coup. C’est toujours comme ça  Je passe du temps pourtant à côté de cette fenêtre,  happant la luminosité qu’elle voudra bien diffuser.  Cette ombre soudaine sur mes écrits venait bien d’un nuage…. de poussières. Il  a suffi  pour cela qu’une mouche vienne me narguer, comme tous les matins, que je me décide à l’éliminer, qu’elle se vautre contre la vitre avant de glisser derrière le radiateur et parachever le petit mausolée élégamment enveloppé d’une fine et duveteuse toile d’araignée.  Cette construction poétique restera intacte.

Il n’en est pas de même de cette micro tâche de sang, là sur la vitre. Elle s’offre en relief pour mieux mettre en valeurs ses congénères  à l’identique parcours.  Sur le coin gauche,  une patte de mouche a servi de support à une toile d’araignée atrophiée; un peu plus bas j’observe  une aile à la limite du détachement. Au bas de la fenêtre, une frise d’empreintes de chat dessine une jungle ombragée. Des milliards de gouttes d’eau ont formé d’étranges rigoles où s’est nichée une poussière grasse qui pourrait constituer un bon engrais pour mes plantations futures.

De deux choses l’une à ce stade avancé d’observation: soit feindre la plus parfaite indifférence et fixer ailleurs mon attention soit décider subitement de m’atteler à  la tâche.  S’étonner soi-même restera toujours la meilleure motivation.  Sous le choc de cette émotion, il s’agit de faire front. Un peu d’eau et du papier journal,  un quart d’heure de mon temps:  allez banco, j’m’y mets.

C’est un mystère tout de même de se retrouver les mains noires d’encre et de saleté face à une vitre étincelante. Comment la même matière salit et nettoie en même temps? C’est encore plus fort que la tache désincrustée au milieu du nœud d’un  torchon lavé avec Omo! Je reste là, éblouie par cette lumière arrivée par surprise au dernier passage de la boule de journal.  Sur la table s’alignent les petits tas de papier mâché, certains sont longilignes d’autres plus boudinés, ils forment une ronde de petits bonhommes et paraissent conserver leur volonté d’avoir le dernier mot.  Le papier est bavard, c’est là son moindre défaut. J’hésite, la sculpture approximative qui me vient à l’idée se heurtera comme toujours à ma gaucherie. Je rassemble une dernière fois tous ces mots mélangés, désarticulés, enfin,  avant de viser la poubelle que je découvre sale, comme le reste.

Maintenant, la lumière fait danser la poussière et j’éternue de joie.

The Jackal

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5 Responses to “Chroniques d’une ménagère assise.”


  1. stipe

    c’est rassurant de voir que si y’a bien un truc qui prend pas la poussière, c’est ton talent. Cette facilité de se jouer du rien, ou si peu,, pour en faire du beaucoup, ou si tant…
    chapeau bas, y’a longtemps que j’avais pas lu de cette engence. Je me félicite de te connaitre, tiens.

  2. Paul Louis

    A lire des choses pareilles j’ai des envies de rhum*
    C’est très sublime, parce que je l’ai lu comme une allégorie de l’usage d’internet.
    Les images ne manquent pas de piquant alors
    D’ou mon ravissement
    *j’en suis baba

  3. ToF'

    La psychologie du ménage… En lisant « je », on se dit: « c’est bien moi, pas de doute! »
    Feindre l’indifférence face au spectacle des poussières, je connais, et c’est sans doute la seule indifférence supportable;) Quant à s’atteler à la tâche… c’est le cas de le dire!
    Mais le plus réussi pour moi, ici, c’est cette poétisation (pardon, je suis parfois vulgaire) de la saleté, ce  » petit mausolée élégamment enveloppé d’une fine et duveteuse toile d’araignée »… Et bien sûr, l’oeil lucide impose que cela soit précisé juste après, « la construction poétique »…

    Grâce à ce texte, je penserai demain, samedi, à saisir mon balai comme je tiens mon stylo ;-)

    (tu as peut-être vu que j’étais en pleine période Brigitte Fontaine, depuis quelques jours, et à propos d’écrire sur le rien, il y a ce (court)) entretien avec elle:
    http://www.tvarevoir.fr/moteur/?q=la+grande+librairie+brigitte+fontaine&strict=0 (à partir de la 49′11)

  4. sophie lucide

    Slévich! Heureusement que j’ai fait le ménage )) quel bonheur de t’accueillir dans mon humble demeure….
    oui, des adjectifs, plein! à profusion mais des verbes aussi et des points d’exclamation
    mais ma muse est morte, plus de sang au calice; je veux désormais écrire sur le rien, juste pour écrire
    Les histoires m’ennuient, j’écrirai sur la pluie….
    hahhahahha

  5. Slévich

    Hé bien ma soeur…. heureusement que tu manques d’énergie ! c’est frais et très bien écrit. Juste un peu trop d’adjectifs à mon goût, mais bon tu sais que je suis un éternel insatisfait ronchon et ennuyeux ^-^ Ce serait plutôt à moi de te demander une gorgé du sang de ta muse… Ha ! j’allais oublier : « à tes souhaits ! »