Les mots font l’homme

9 Comments

Je suis l’habilleuse d’un fantôme que j’aurais revêtu d’un habit de silence, munie d’une seule aiguille à tricoter. Grossière, mal adaptée. Les coutures craquent à chaque point sans croix ; l’insaisissable me fait perdre le fil. A force de loucher sur le chas, j’ai les nerfs en pelote. Pitoyable Pénélope qui n’a rien à tisser, qui n’a pas de métier.
Le patron, dissous par l’averse d’une colère passagère, a fini par se recomposer sur la table du jardin. Mais il ne ressemble à rien, ce n’est plus qu’un morceau de carton ondulé, aussi rigide que le souvenir.
S’en emparer du bout des doigts, lèvres pincées pour faire barrage au haut-le -cœur; laisser glisser le long de la tôle de la poubelle. Bruit mat après glissade qui s’éternise. La paroi encore mouillée retient la chute du papier grossier qui forme maintenant un double fond au réceptacle en recouvrant les feuilles noyées dans un liquide jaunâtre qui finira par l’absorber. Lentement. D’abord par les côtés qui se recroquevillent : l’eau ronge le carton qui se consume comme s’il brûlait, sauf que l’odeur émise n’a pas l’âcreté de la fumée mais une doucereuse amertume s’en dégage quand même.
Besoin irrépressible de finir le travail : remplir encore de papiers le conteneur gourmand. Contempler les mots qui s’enchevêtrent enfin et se dédoublent. Les phrases se superposent. Les mots s’agglutinent sous une couche grasse qui offre un effet-loupe des plus surprenants. Quelques unes semblent résister. Etaient-ce les meilleures ? Celles qui restent gravées ressortiront ailleurs ? Pourvu que non !
Psalmodier, un mégot aux lèvres, un ersatz de prière pour accompagner l’ultime parcours d’une idée qui n’aura pas vécu.
Si, d’une pichenette, le bout incandescent atteignait sa cible et embrasait le tout, alors Dieu existerait.
Même pas ! Pour seule consolation, ce bruit de succion, grotesque. Risible. Comique. Je contemple le chef d’œuvre en faisant claquer le capot de mon briquet. Ecouter le gaz qui s’en échappe par fractions et m’imprégner de cette perfection.
Je serai l’habilleuse qui aurait revêtu un fantôme d’un habit de silence.

This entry is filed under divers. You can follow any responses to this entry through RSS 2.0. You can leave a response, or trackback from your own site.

9 Responses to “Les mots font l’homme”


  1. unknown

    Oui c’est sûr, relais c’est pas comme « quelque temps », en revanche « un virelai » ça ne prend pas d‘S… contrairement à « des virelais » et « des puits »

  2. Slevich

    Si si, l’innocense est mon aura :-) Pour menfou… heu… je crois que tu insultes quelque peu ma mémoire… je le dirais à menfiche – niak ! Pour ton retard, je commençais à m’inquiéter – ha ha… moi ? je t’ai décontenancée ? (j’ai retiré le ‘un peu’, ça fait mieux)… hé bé, ça me fait plaisir – ha ha

  3. sophie lucide

    mince j’ai encore oublié le S à relai! c’est comme puits, j’ai eu un mal fou, petite à assimiler son orthographe….
    comme si tu ne savais pas de quoi je parle! fais l’innocent, va! surdoué, cela ne s’apparente qu’à l’enfance, évidemment alors si un jour, il te venait l’idée incongrue de grandir, je ne te qualifierai que d’écrivain doué, tu l’auras bien cherché!
    désolée pour le retard, tu m’as un peu décontenancée, je cherche encore la parade, mais t’inquiète, je trouverai, pour ça, je peux aussi me montrer douée!
    je suis passée, et même repassée, as-tu bien compris qui est Menfou? Hu hu…………………………………..

  4. Slévich

    Comment ça le relais ! hé ho ! pas si vite, hein ? et puis c’est quoi un surdoué ? faudrait encore qu’il y ait des doués -:) … au fait, passe voir au plum’ la section la mécanique du mag… Bisous.

  5. sophie

    ben oui, j’attendais la relève quoi! je te passe le relai avec soulagement et grand plaisir de pouvoir lire sur ta page tes poèmes et autres saynettes. Vaya con Dios, petit surdoué de frère!

  6. Slévich

    Rhooo… comment ça ENFIN ? ne me dis-pas que tu l’attendais – ha ha ! ( j’attends avec impatience – gyabo)

  7. sophie lucide

    Pfff…. tout ça parce que tu as ENFIN crée le tien! ( je t’envoie qq chose demain, je pense…))
    Stipe, je suis là…. toujours au même endroit, entre la page 92 et la 126, au hasard de mes humeurs changeantes…. bref, je rame en pensant avancer, sans faire de bulles c’est moins rigolo…

  8. Slévich

    Vu que tu parles de fantôme, forcément, j’interviens – hé hé… sinon : hé ho ! tu n’as pas intérêt à fermer ton blog vu le mal que j’ai eu à créer ton lien sur le mien, non mais !!!!!

  9. stipe

    on a eu chaud, à cause de toi Dieu a failli exister.

    bon, t’étais où pendant tout ce temps là ?