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Je n’écris que pour toi

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TABLEAU

Je n’écris que pour toi et puis je mets les voiles selon nos magnitudes
Aucun répit, aucune vague à mon âme, pas d’larmes sur mon ennui
Je n’écris que pour toi puisque tu m’as trouvée et tu as pris ma main
C’est ta plante qui me soigne à la pénombre qui verdit
Je n’écris que pour toi à l’orée d’une étoile qui changera de camp

Éclairée  dans l’orage, toi entr’aperçu à peine, j’ai peur, mais
De la vase bouillie, je suis sortie pour me fondre dans ta coutume
Je n’écris que pour toi, t’as vu que j’avais faim, c’était comme un affront
Ou encore un aveu
Je n’écris que pour toi et j’oublie jusqu’au songe et jusqu’à ma fierté
Cet instrument à l’encre que toi seul tu accordes
Je n’écris que pour toi
La hyène teinte au henné dans une jungle civilisée a pleuré, c’était trop
De cuir, la peau parcheminée
Quelle confusion!

C’était dans un jardin, souviens-toi, y’avait même Guignol
Des statues érigées poussaient à l’aveuglette telles des stalactites
Et nos cœurs en absence battaient du même rythme incertain
La nuit tombée m’a faite dépositaire, enfant de firmament
De nos deux initiales blanchies à la chaux
Nous attendions un signe
Je n’écris que, je n’écris que pour toi
Et toi seul immobile, toi seul en mon jardin
Tu relies la musique de nos futurs hivers
Et c’est ça !

jamais d\’autre que toi Bashung / Desnos

EntreSol

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Le sédentaire quittant le cimetière au lever de la nuit
Pressait du talon les plants de pissenlits
L’espoir collait à l’herbe ses petits pistils
Hors de la chaussette  gisait le cauchemar de l’urne
Qu’entourait le souffle vague du filleul de Satan
L’acuité se dissimulait contraire au vent
Du Temps qui Passe
Et s’échouait en pesant chaque heure de chaque semaine
Le vieil homme voulait qu’on le devinât bien et de face
Serais-je offerte au fonctionnaire de l’amour-mort
Et de la ligne noire sous forme blanche que vous ne nommez pas oubli
Les cendres s’éteignaient brusquement loin des saules pleureurs
L’homme éclairé se pencha sur la voie de chemin de fer
Dans le hall de la gare les silences se faisaient obliques
Les parjures de jour semblaient d’abord rendus :
Les poissons séculaires les coups de poing dans l’eau
S’écartaient au bassin du vieillard disgracieux
Attrapé sur le fil des opaques rancœurs
Une usine se fermait chaque nuit
A la porte on liquidait tout espoir d’avenir
Et tout le monde survivait maintenant grâce aux aides gouvernementales
Des menteurs qu’on ne sait s’ils sont plus froids que les réalités tombales
Les autres contrairement à l’homme commençaient à voler
Par delà la haine il ne sort qu’un soupçon de souffrance
Mais rien ne la divise
J’ai actionné la sirène du premier mercredi du mois
Mais le ver qui rampait sous la plante aliénée
Un jour loin de  la vision de Jean Jaurès
M’a caressé la peau muant comme un lézard

Sophie Lucide, a-t-il gueulé, dégage !

La curée

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J’aimerais bien que les zélites pseudo- philosophes m’expliquent un truc : en quoi devrais-je me sentir « déshonorée », « bafouée », « humiliée » même parce qu’une équipe habillée de bleu aurait perdu trois ou vingt-trois matches de futchebol ?

Pourtant j’avoue faire partie de ce petit peuple sur lequel les bobos s’entendent à tirer à la hâte des leçons de morale à l’emporte pièce, j’ai vécu dans les « ticés » citées par ces fils de bourges apeurés par la seule vision d’une personne ne partageant ni la couleur de peau, ni le langage emprunté, ni la politesse hypocrite….

On est OBLIGES de chanter la Marseillaise ? On est OBLIGES de se sentir blessés dans sa chair parce qu’une équipe de gogos, entraînée par un neurasthénique et gérée par une bande de séniles a perdu le pari de relever la France de son marasme ??????????????????

On est OBLIGES d’aller brûler un cierge à l’église pour que la guerre civile soit évitée ?

Calmez-vous les bobos, vous aurez encore de beaux jours devant vous, votre retraite ne sera jamais menacée, ni même vos vacances de cet été ; les journaux pleurant sur la courbe des ventes qui ne cesse de fléchir continueront de vous acheter à prix d’or vos éditos puants.

J’en peux plus de vos raccourcis grotesques, quand allez-vous comprendre à quel point vous êtes à côté de la plaque ? Quand allez-vous cesser de mépriser le petit peuple qui a le tort de s’enjouer d’un sport auquel vous n’apposez que votre vision mesquine et dédaigneuse ? C’est à gerber vos tirages de sonnettes d’alarme !

On a perdu ? Et alors ? Vous pensiez réellement qu’une qualification allait effacer l’incurie des gouvernants, en nous épargnant votre répugnant léchage de bottes ? Mais le cas échéant on aurait eu droit aux mêmes raccourcis fallacieux, y’a un moment où il faut arrêter de prendre les gens pour des cons, incapables de se forger seuls une opinion sans votre « éclairage » au néon !

C’est quoi au juste les consignes que vous vous entendez à appliquer à la lettre ? (ou pire encore que vous anticipez, histoire de sauvegarder vos avantages, vos privilèges…) : «  embrouillez-les, rappelez-leur les VALEURS qu’on se tue à leur faire entrer dans le crâne enfumé d’opium, bref, parlez, déblatérez, et laissez-nous continuer nos magouilles en paix…ad lib…) »

MAIS QU’EST-CE QU’ON ATTEND POUR FOUTRE LE FEU ?

http://www.youtube.com/watch?v=8C8eKAKf5Cw

Faisons un rêve…

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Je ne sais pas vous, mais plus je vois les guignols en tous genres et particulièrement les « philosophes » venir nous expliquer en quoi les Bleus sont symptomatiques de la déliquescence de notre société, plus ces derniers me deviennent sympathiques. Au point que je rêve d’une victoire assortie d’une qualification en 8ème pour me tordre à l’avance du double salto arrière que les moralisateurs rétrogrades seraient capables d’’opérer pour nous convaincre qu’ils avaient raison.

Puisqu’il ne s’agit que de ça, ne nous leurrons pas : la théorie de l’implosion de nos bonnes valeurs face à la guerre civile que nous prépareraient en loucedé les frustrés de la décolonisation. J’ai lu cela et bien d’autres conneries du même genre par des personnes apparemment saines d’esprit, aptes à transmettre leur « savoir » et leur « sagesse »…

Les nostalgiques du chaos, les fachos bon teint, les neuneus qui n’existent que lorsqu’ils réussissent à sortir une morale à deux balles….font florès, leurs propos frisant le néant de la pensée semblent s’exalter soudainement de constater à quel point nous sommes au bord d’une révolution qui les fera encore exister un moment.

TOUT ÇA POUR UN JEU DE BALLON, rappelons-le !

Étrange tout de même de constater que ces mêmes personnes à haute valeur intellectuelle ajoutée restent étonnement muettes face à l’attitude ET les faits avérés d’un gouvernement de voyous dont la seule vertu est de ne pas s’insulter ( du moins, dans ce cas, aucun canard ne propagerait ces propos…) ;on veut bien déployer le catastrophisme, mais sous certaines limites qui ne remettraient pas en question l’indigence de nos gouvernants….

Oui, aujourd’hui, à l’heure grave d’un match capital, j’aimerais entendre les gentils s’exclamer sur une action de l’horrible Ribery, s’enjouer d’une main du buteur Henry,  se signer face à une panelka de Gourcuff, s’exalter devant l’arrêt d’un gardien habité, etc etc…

Alors, alors, on pourrait revenir à un chouïa d’objectivité, replacer les priorités, et faire démissionner un par un les membres d’un gouvernement mafieux… Mais il est temps de me réveiller, la France est un pays schizophrène, les français avalent la soupe qu’on leur sert sans grimacer, c’est le peuple de Pétain qui, la main sur le cœur, faisait don de sa personne au pays, il y a de cela 70 ans, c’était hier…. A la libération, De Gaulle l’avait gracié, qu’en sera-t-il du  » martyr » Anelka qui a ouvert les yeux crottés d’un pays qui ne sait que s’effaroucher en chœur mais reste incapable d’agir ?

Les Bleus entreront dans les anales

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Cocorico ! Sus à la performance, les Bleus doivent vendre du papier, coûte que coûte. Du papier chiotte, il va sans dire,  qu’on use en grande quantité pendant une crise de foi(e).  Du papier qu’on déroulera jusqu’au carton (rouge), à l’effigie de ces têtes de nœuds qui décident à présent de se rebeller en refusant l’entraînement ; c’est ça la France !

Le mauvais scénar’ qu’ils nous jouent  donne à ce mélodrame aux  forts accents comiques une touche nostalgique reprise en chœur par les vétérans de 98 mobilisés à fond pour rendre au drapeau ses couleurs héroïques. On les a sortis du placard pour qu’ils nous rappellent la grandeurrrr de notre charmant pays, son courage légendaire, son patriotisme bon teint.  Help ! Mayday !

Enfin, grâce à cette équipe de branquignoles, les français peuvent mesurer l’étendue de la Crise, pleurnicher sur les valeurs éternelles bradées sur l’autel de l’argent-roi, mobiliser leur non moins légendaires contradictions et se tourner une fois de plus, une fois de trop vers un passé plus que trouble qu’on s’obstine à rendre translucide en en vantant les mérites éculés n’ayant jamais existé.

A l’heure où il est devenu à la mode de cracher sur la psychanalyse freudienne, il serait tout de même intéressant de s’interroger sur cet épisode scatologique où tout un chacun trouve un certain plaisir à rouler dans cette fange nauséeuse, à y mêler ses sucs gastriques et à observer à la loupe le produit inconsistant qui en découle.

VIVE KAKA !

http://www.youtube.com/watch?v=qnB4iBQKMtc

La France ne pense qu’à son trou d’balle, c’est grave docteur ?

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A la une du quotidien bible des sportifs, en lettres aussi noires que grasses, les insultes qu’aurait proférées Anelka  ; le conditionnel est de rigueur mais l’impératif s’impose quant à reconnaître que ces mots ou d’autres du même acabit ont été prononcés par chacun des téléspectateurs visionnant un match pitoyable, y compris devant ses chères têtes blondes, nouvel alibi grotesque en forme de rappel à l’ordre : le sport est l’école de la vie, l’élite doit montrer l’exemple, etc etc…

Si bien qu’on en appelle aux plus hautes instances de l’Etat, enfin, façon de parler. Le petit président assure que ces propos sont inacceptables dans un rictus narquois nous rappelant aussitôt la force d’autres de ses bons mots à l’usage des « pauv’cons » et autres racailles à karchériser ….

Ces derniers temps la sodomie semble être devenue la nouvelle obsession des media qui diffusent en se pinçant le nez des propos outranciers pour mieux s’en dédouaner ; Hier France Inter (« j’encule Sarkozy ») aujourd’hui l’Equipe («  je t’encule, sale fils de pute ») ne sont finalement que l’écho  navrant du mot d’ordre de notre cher président, au « parler-vrai », adepte de la « real politic »…

Voilà où nous en sommes : notre petit pays déjà rabougri obsédé par son trou d’balle qui s’obstine à regarder le monde par son petit bout de sa petite lorgnette…. Pendant ce temps, qui se fait enculer dans la plus parfaite indifférence et sans qu’aucun media ne s’en offusque ? QUI ?

A la pelle, tu suis le joint par notre président Sarkozy

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L’échec qui, depuis de nombreuses rencontres, est à l’en- tête de l’équipe française, efface celui du gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de son équipe, s’est mis en rapport avec des filles faute de relever le défi.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force tactique, enthousiaste et endurante, de nos soucis.

Infiniment plus que le résultat, ce sont les charlatans, les faiseurs d’opinions, et les humoristes  qui nous font reculer. Ce sont les charlatans, les faiseurs d’opinion et les humoristes qui ont surpris mes coachs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.

Mais le dernier but est-il mis ? Le fer de lance doit-il disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Euh….!

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. (t’es sûr que j’dois dire ça ? Bon, ok…pff…)

Car la France au linceul ! Au linceul, au lit seule ? Elle ne peut voir pire derrière elle. Elle est sur les starting-blocks avec la mer du Nord pour dernier terrain d’foot. Elle peut gratter la terre, utiliser sans limites l’immense industrie des nouveaux retraités de la Nation.

C’est guère utile de l’répéter mais  comme un chanteur malheureux que l’on n’écoute plus, je serai celui-là. C’est guère tranché mais bien entamé, j’prends un rail pour la France. C’est guère une guerre mais au moins c’est l’ Mundial. Toutes mes fautes, tous les ringards qui m’accompagnent, toutes  vos  souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour la racaille au karcher et dix sous c’est pas cher !  Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, je pourrai reprendre du poil de la bête, maintenant que mes compatriotes ont trouvé leur tête de turc qui lui au moins n’a jamais caché son anti-jeu ; Le destin du monde des people est Voilà.

Moi, Nicolas Sarkozy, actuellement à Londres, j’invite les français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs larmes ou sans leurs larmes, j’invite les journaleux et les photographes accrédités des media d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se remettre à parler de moi.

Quoi qu’il arrive, j’m’enflamme de la résistance française à fustiger un homme qui a su se faire détester plus que moi et qu’on détestera encore.

Demain, comme aujourd’hui, je sortirai un son long….

Si vous ne m’aimez pas, je dois dire que je ne vous aime pas non plus….

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pialat cannesDu poing rageur au bras d’honneur en passant par un doigt que je pose sur le i, je déclare la cérémonie de l’hypocrisie close, comme vos maisons celées, vos fenêtres condamnées, vos esprits étriqués, vos bons sentiments qui puent le rance quand vous parlez de tolérance, la bouche en cul de poule, la langue chargée de fiente.

Vos serments d’amour à la petite semaine des quatre jeudis, vos serrements de panse après un dernier rot alphabétique, vos gloussements- réflexe poulailler, vos regards complices tenant de la milice, votre entêtement à séparer le bon grain de l’ivraie que vous picorez en aveugle par peur de l’étrangère, de l’étrange hère à la gueule de métèque née du mauvais côté, ont fini de me donner la nausée.

J’envoie une dernière gerbe, ultime jaillissement avant cure de désintoxication ; restez groupés, je prends les devants ; scandez à l’unisson, j’suis la voix qui dit non ; à la queue leu-leu, ouvrez grand la bouche et veuillez avaler sans grimacer l’hostie que je me charge de coincer dans vos glottes de grenouilles de béni-oui-oui de métier ; ne me remerciez surtout pas de vous faciliter la tache salissant l’auréole embourgeoisée, bien trop chargée pour être au net ; c’est un plaisir que je ne délègue pas, un soulagement de dégueuler sur vos apprêts bien repassés, si dépassés….

Je vous rends le miroir, regardez-vous dedans ! Contemplez vos mines froissées de mon orgueil imbécile, bipez, envoyez vos messages téléphonés et récriez-vous en chœur : « comme nous avions raison ! » Je ne contredirai jamais les Tartempion, gardez-les, vos morpions, j’ai bien assez à faire à me gratter les poux, j’opte pour une résilience, vous laisse à vos croyances, y’aura jamais d’alliance…

Pialat à Cannes

Dernier texte avant Invente-Erre.

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Si je m’attendais…Qu’est-ce qui te prends de débarquer sans crier gare, je te croyais perdue, mon innocence, oubliée, engloutie, où étais-tu donc passée ?

J’ai toujours été là, je ne t’ai jamais quittée, c’est toi qui as fait semblant de m’effacer, mais tu n’y es jamais vraiment parvenue, n’est-ce pas ?

C’est vrai, dans les moments de bonheur pur, j’ai toujours pensé à toi, avec une certaine nostalgie même, puisqu’il faut tout te dire ; j’ai toujours un peu regretté de n’avoir pas persévéré à poursuivre le chemin que tu avais commencé de tracer, mais voilà, tu me connais, cela serait revenu à choisir la voie de la facilité et c’était pas vraiment dans mes cordes…

Et maintenant que tu vieillis tu t’aperçois que cela n’avait rien à voir avec ça et tu penses qu’il est trop tard…Non, ne réponds pas, rappelle-toi le film de Comencini.

Oh non, arrête ! Tu ne vas pas recommencer avec ça, j’avais dix ans et d’ailleurs je ne l’ai jamais revu ce film, j’ai préféré le conserver dans la part de mémoire intacte, inaliénable, avec ton regard justement, pas le mien…

Ne parlons pas du film dans ce cas mais de son contexte, c’est ça qui devrait t’intéresser…

Attends, oui je me souviens très bien : je crois bien que c’est la première fois que je regardais seule un film à la télé. La télé, c’était le domaine réservé ; on n’avait pas le droit d’y toucher, quand on la regardait c’était en cachette…Mais ce soir-là, étrangement, toute la famille était réunie dans la cuisine pour une partie de belotte endiablée. Je me suis glissée dans le salon et c’est par hasard que je suis tombée sur ce film ; je crois n’avoir jamais autant pleuré de toute ma vie, une vanne s’est ouverte, qui était reliée, je pense, autant à l’histoire racontée et à l’écho qu’elle trouvait en moi qu’à la découverte du cinéma, de la puissance de la narration, du contexte aussi…bref, oui je ne suis sûrement pas la seule au monde à avoir pleurniché devant ce film…

Il a changé quelque chose en toi, souviens-toi de la suite…

Est-ce indispensable ? Mon grand frère qui me découvre en larmes et ameute toute la sainte famille qui vient rire de mon sentimentalisme à l’eau de rose…qui me pose des questions auxquelles je ne réponds pas, je veux garder cette découverte pour moi, pour moi seule et peut-être même que je commence à mépriser ce noyau soudé face à moi…

Là tu exagères, comme d’habitude et c’est l’adulte en toi qui immisce une interprétation a posteriori

Peut-être mais revenons-en à toi.  Il y a une anecdote à ton sujet que maman se plait à raconter, tu te souviens ? Comme je la détestais chaque fois qu’elle en parlait, comme j’avais le sentiment justement que ce n’était fait que pour me rabaisser…

Oui, mais ça c’est plus tard que ça t’a embarrassée, parce que cette petite histoire sans conséquence ne collait pas avec l’image que tu t’es efforcée de créer, cette carapace qui au fond n’est qu’une forme d’orgueil ;

L’orgueil, oui, je nie pas ; c’est la richesse des pauvres… Passons, maman, qui nous connaît parfaitement l’une et l’autre et c’est cela au fond que nous lui reprochons…

Que TU lui reproches, pas moi !

Oui, maman donc, aime à raconter à quel point j’ai changé, comment j’étais une petite fille parfaite et comment je suis devenue cette sorcière à la langue pendue… Cet épisode qu’elle se délecte à répéter, surtout aux petits amis que j’avais la faiblesse de lui présenter est d’une affligeante banalité et pourtant je suis persuadée qu’il est l’origine de tout ce qui a suivi ; je crois que je ne voulais pas la contrarier comme je ne contrarie jamais ceux qui ne m’aiment pas, je fais tout pour qu’ils m’aiment encore moins, qu’ils me détestent même !

Tu t’égares …

Petite, j’étais insignifiante, plus que réservée, presqu’absente. Je ne cherchais pas à me faire remarquer au point que ma mère aime à dire que le soir, mon père lui demandait parfois de m’amener à lui pour qu’ils puissent me voir un peu. On me plaçait dans une chaise haute où je restais silencieuse, immobile. Je n’avais alors que « mes grands yeux noirs si sérieux » pour éveiller un semblant de curiosité chez mes spectateurs. J’étais une petite fille silencieuse et docile, observatrice et quasi muette. En réalité, j’étais simplement dans le brouillard

C’est au Cours Préparatoire effectivement, qu’on a décelé notre myopie. Vive l’Education Nationale…

Depuis je me demande si cette impression de plénitude, de bonheur quasi parfait face à la nature, vient de cette myopie tout simplement…Porter des lunettes fut pour moi aussi brutal et violent que si l’on m’avait jetée dans la fosse aux lions…

Non, tu extrapoles encore. J’étais heureuse avec des lunettes, aussi.

Ah bon ? Elles étaient moches pourtant, elles te mangeaient le visage et faisaient disparaître tes yeux derrière les verres épais.

C’est bien plus tard que cela t’a gênée… Mais aujourd’hui, tu en portes d’autres, qui te plaisent celles-là…

Je me souviens de cette plénitude qui m’habitait alors, cette absence de doute qui m’accompagnait et me faisait tout voir en Beau. C’est à cette période que j’ai eu cette certitude que Dieu était à mes côtés puisqu’Il me remplissait totalement. Souvent je pense à cet ébahissement dont j’étais imprégnée. Aussitôt je raille en moi-même : «  Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonnée ? » c’est complètement idiot mais je donnerais cher pour sombrer à nouveau dans cette myopie métaphysique…

Je sais bien que petite, j’étais à deux doigts de représenter dans la famille la neuneu de service. Je ne savais pas encore que la gentillesse passait si facilement pour une faiblesse mais de ce côté, on peut dire que tu as accompli des progrès considérables…

J’admirais ma grande sœur comme personne c’est vrai ; elle réunissait toute les qualités au sommet desquelles se trouvait la beauté ; mes frères étaient tout autant intelligents, vifs, inventifs et moi, au milieu, il me semblait que je n’apportais rien. J’étais là et cela me suffisait, je n’avais rien à prouver, juste être vivante, contemplative ….

Oui, c’est l’école qui a tout changé. Mais là encore, si je travaillais si bien, c’est par facilité, pour ne pas me faire remarquer …

Non, tu te trompes ! Souviens-toi… c’est au contraire pour contredire tes maîtres d’école qui ne voyaient en toi aucune qualité, je tenais à leur montrer que si j’étais sage je n’en étais pas débile pour autant. Et puis surtout, ce n’est pas tant à l’école mais bien à la maison que ce choix nous a ouvert les portes non seulement d’une très grande liberté mais surtout d’un respect. Tu n’as trouvé que ce moyen pour être tranquille et acceptée en tant que telle, tu avais trouvé une place inoccupée dont tu as fait ton bastion, citadelle imprenable… cocasse, non ?

C’est dans la solitude qu’on reste un enfant.

http://www.youtube.com/watch?v=yBSRxrVo04M&feature=related

Carrouf’, le chef de rayon et le 1/4 de lune

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2. Maurelle avait raison sur un point : Milo n’aimait pas les surprises et fuyait toute forme de fantaisie dans sa vie.  Aussi, le lendemain, prit-il un peu plus de temps que nécessaire à élire les vêtements de ce grand jour dans sa modeste garde-robe : jean et polo ou pantalon et chemise ? Milo ne savait pas choisir la manière de se vêtir ; s’il n’avait tenu qu’à lui, il s’en serait tenu à sa chère blouse bleue marine, portée sur un jean. Devait-il se mettre en frais ou jouer l’étonné, pris par surprise dans une tenue ordinaire ? Au diable ce Maurelle qui avait vendu la mèche ! Sans son information énigmatique, Milo aurait déjà pris son petit déjeuner au lieu de se perdre en circonspections oiseuses…

Finalement, il décida de ne rien changer à ses habitudes et avala à la hâte le bol de café noir refroidi, incapable d’avaler le moindre morceau et décida de parcourir à pieds les deux kilomètres et demi qui le séparaient de son lieu de travail. Il ne prêta même pas attention au bus qui ralentit à sa hauteur en jouant du klaxon ;

La journée s’étala péniblement, comme du beurre dur sur du pain de mie. Les gloussements de ses collègues féminines l’insupportèrent au point qu’il prit seul son déjeuner durant la demi-heure de pause, sur le parking du supermarché. Il  évita même monsieur William qui parcourait les rayons sans but, le regard perdu, le cabas vide.

Tous les quarts d’heure, la voix sensuelle de Raymonde résonnait dans la grande surface rappelant sans faillir et sans qu’on puisse deviner la moindre lassitude dans la phrase mille fois répétée : « nous rappelons à notre aimable clientèle, qu’exceptionnellement, le magasin fermera ses portes à dix-huit heures ».  Milo se souvint dans un sourire triste son étonnement à la vue de la grosse Raymonde à la voix chantante tout en se réjouissant de n’avoir pas fantasmé outre mesure sur cette illusion vocale. Exactement comme tous ces gens qui, lorsqu’ils découvraient le métier exercé par Milo ne pouvaient s’empêcher  d’y aller de leur hypocrite compassion. Se passer de la lumière du jour dans ce lieu inhumain, subir à longueur d’année l’impatience et l’ingratitude d’une clientèle mal embouchée, se coltiner la publicité psalmodiée fadement et apprendre par cœur des prix qui changeaient tout le temps, c’était, pour la plupart, une vision dantesque, infernale, insupportable et aliénante. Pas pour Milo.

Les cinq années passées dans le magasin, à chacun des postes qu’il avait occupés, l’avaient, à son grand étonnement, apaisé. La monotonie de sa fonction l’occupait tout entier au point qu’il avait réussi à oublier son passé, qu’il considérait désormais bien conservé dans une des innombrables boîtes en fer qu’il manipulait avec précaution toute la sainte journée.  Hermétiquement clos, enfoui au plus profond de la plus inaccessible étagère, insoupçonnable et inatteignable.

A partir de dix-sept heures, Raymonde changea l’annonce, toujours précédée par un insupportable larsen que les clients recevaient tous de la même manière, en plaquant les mains sur leurs oreilles. Le compte à rebours susurré enjoignait maintenant les clients à s’avancer vers les caisses, et Milo à connaître enfin en quoi tenait la récompense promise la veille.

Lorsque le magasin cracha ses derniers occupants, Milo se précipita vers les toilettes où il resta prostré tandis qu’au loin les machines enregistreuses crépitaient frénétiquement. Lorsqu’il ne put faire autrement, il se décida à sortir, se lava longuement les mains en évitant de croiser le regard misérable qu’il devait afficher. Encore quelques minutes et il serait fixé sur son sort ; la perspective du prix dérisoire qu’on lui réservait l’encouragea et dessina, l’espace d’un instant, un sourire méprisant sur un visage qui ne donnait la plupart du temps rien à voir, ni même à deviner.

Les préliminaires de cette grotesque cérémonie de remise des prix se résumèrent à une chanson entonnée par ses collègues alignés le long de l’avenue centrale du supermarket.  «  Il est vraiment, il est vraiment, il est vraiment phénoménal, lalalalala ». Milo, décontenancé, ne réussit pas à sortir le fou rire qui l’étouffait mais faisait courir son regard sur chacun des participants qui feignait parfaitement la camaraderie la plus sincère. Il se demanda même un instant s’il n’était pas victime d’un de ces jeux où l’on cache une caméra à seule fin d’humiliation, mais non, apparemment cette mascarade  organisée à son insu partait d’un bon sentiment.  Un bouchon de champagne qui s’avéra finalement une Clairette de Die, sauta et mit fin au refrain. Raymonde fit passer des gobelets en plastique tandis que Josette proposait des chips. On but, on grignota mais Milo ne comprenait toujours pas à quoi rimait cette maigre ripaille. Enfin, monsieur Maurelle se gratta la gorge pendant que les bavardages baissaient d’un cran.

Cher Milo, vous êtes parmi nous depuis cinq ans déjà, et oui le temps passe vite lorsqu’on ne s’ennuie pas, hahahha, et vous avez su durant ce laps de temps, vous rendre indispensable auprès de tous. Chacun d’entre nous aurait une anecdote à raconter à votre sujet, et l’on peut dire, un peu trivialement sans doute, que vous faites partie des meubles !

-          Applaudissements-

Aussi, cher Milo, c’est tout naturellement que vous êtes le premier à inaugurer ce prix exceptionnel que je m’apprête à vous remettre et dont vous saurez vous montrer digne. J’ai l’honneur de vous informer, mon cher, mon très cher Milo, que vous possédez à compter d’aujourd’hui, un titre de propriété d’une valeur inestimable. Oui, vous avez bien entendu, vous êtes devenu,  grâce à Carrouf’ qui vous offre généreusement  cette opportunité, le propriétaire de la parcelle 1287 de la Lune !

Comme vous aurez le temps d’en juger par vous-même, ce titre de propriété est authentique et certifié conforme par notre huissier de justice, maître Renard. Votre parcelle se situe à Manilius, entre la mer de la Sérénité et la mer des Vapeurs, avec vue imprenable sur notre planète bleue ! Félicitations, Milo !

-          Applaudissements nourris-

Le silence qui suivit, souligné par les regards encourageants des collègues, força Milo à prononcer quelques mots de remerciement pendant que Maurelle lui remettait le parchemin sur lequel sa parcelle cerclée de rouge se détachait sur la carte de la Lune ; il lut son propre nom comme étant effectivement le propriétaire exclusif de ladite parcelle, et s’étonna  de constater que l’emblème de la république française trônait au milieu des sceaux de l’huissier de justice et de l’enseigne Carrouf’. Le document paraissait donc on ne peut plus authentique et sérieux bien que Milo, brutalement ému, ne comprenne toujours pas de quoi il retournait.

(à suivre)

LuneVisible