Archive for the 'divers' Category

La curée

2 Comments

la-haine-1

J’aimerais bien que les zélites pseudo- philosophes m’expliquent un truc : en quoi devrais-je me sentir « déshonorée », « bafouée », « humiliée » même parce qu’une équipe habillée de bleu aurait perdu trois ou vingt-trois matches de futchebol ?

Pourtant j’avoue faire partie de ce petit peuple sur lequel les bobos s’entendent à tirer à la hâte des leçons de morale à l’emporte pièce, j’ai vécu dans les « ticés » citées par ces fils de bourges apeurés par la seule vision d’une personne ne partageant ni la couleur de peau, ni le langage emprunté, ni la politesse hypocrite….

On est OBLIGES de chanter la Marseillaise ? On est OBLIGES de se sentir blessés dans sa chair parce qu’une équipe de gogos, entraînée par un neurasthénique et gérée par une bande de séniles a perdu le pari de relever la France de son marasme ??????????????????

On est OBLIGES d’aller brûler un cierge à l’église pour que la guerre civile soit évitée ?

Calmez-vous les bobos, vous aurez encore de beaux jours devant vous, votre retraite ne sera jamais menacée, ni même vos vacances de cet été ; les journaux pleurant sur la courbe des ventes qui ne cesse de fléchir continueront de vous acheter à prix d’or vos éditos puants.

J’en peux plus de vos raccourcis grotesques, quand allez-vous comprendre à quel point vous êtes à côté de la plaque ? Quand allez-vous cesser de mépriser le petit peuple qui a le tort de s’enjouer d’un sport auquel vous n’apposez que votre vision mesquine et dédaigneuse ? C’est à gerber vos tirages de sonnettes d’alarme !

On a perdu ? Et alors ? Vous pensiez réellement qu’une qualification allait effacer l’incurie des gouvernants, en nous épargnant votre répugnant léchage de bottes ? Mais le cas échéant on aurait eu droit aux mêmes raccourcis fallacieux, y’a un moment où il faut arrêter de prendre les gens pour des cons, incapables de se forger seuls une opinion sans votre « éclairage » au néon !

C’est quoi au juste les consignes que vous vous entendez à appliquer à la lettre ? (ou pire encore que vous anticipez, histoire de sauvegarder vos avantages, vos privilèges…) : «  embrouillez-les, rappelez-leur les VALEURS qu’on se tue à leur faire entrer dans le crâne enfumé d’opium, bref, parlez, déblatérez, et laissez-nous continuer nos magouilles en paix…ad lib…) »

MAIS QU’EST-CE QU’ON ATTEND POUR FOUTRE LE FEU ?

http://www.youtube.com/watch?v=8C8eKAKf5Cw

Faisons un rêve…

Add a comment

01C2000002298106-photo-eventail-decoratif-bleu-blanc-rouge-ininflammable-vendu-par-10-5-75-piques-de-decoration-drapeau-francais-500-piques-4-85-serpentins-ininflammables-de-4m-vendus-par-10-2-50-papstar

Je ne sais pas vous, mais plus je vois les guignols en tous genres et particulièrement les « philosophes » venir nous expliquer en quoi les Bleus sont symptomatiques de la déliquescence de notre société, plus ces derniers me deviennent sympathiques. Au point que je rêve d’une victoire assortie d’une qualification en 8ème pour me tordre à l’avance du double salto arrière que les moralisateurs rétrogrades seraient capables d’’opérer pour nous convaincre qu’ils avaient raison.

Puisqu’il ne s’agit que de ça, ne nous leurrons pas : la théorie de l’implosion de nos bonnes valeurs face à la guerre civile que nous prépareraient en loucedé les frustrés de la décolonisation. J’ai lu cela et bien d’autres conneries du même genre par des personnes apparemment saines d’esprit, aptes à transmettre leur « savoir » et leur « sagesse »…

Les nostalgiques du chaos, les fachos bon teint, les neuneus qui n’existent que lorsqu’ils réussissent à sortir une morale à deux balles….font florès, leurs propos frisant le néant de la pensée semblent s’exalter soudainement de constater à quel point nous sommes au bord d’une révolution qui les fera encore exister un moment.

TOUT ÇA POUR UN JEU DE BALLON, rappelons-le !

Étrange tout de même de constater que ces mêmes personnes à haute valeur intellectuelle ajoutée restent étonnement muettes face à l’attitude ET les faits avérés d’un gouvernement de voyous dont la seule vertu est de ne pas s’insulter ( du moins, dans ce cas, aucun canard ne propagerait ces propos…) ;on veut bien déployer le catastrophisme, mais sous certaines limites qui ne remettraient pas en question l’indigence de nos gouvernants….

Oui, aujourd’hui, à l’heure grave d’un match capital, j’aimerais entendre les gentils s’exclamer sur une action de l’horrible Ribery, s’enjouer d’une main du buteur Henry,  se signer face à une panelka de Gourcuff, s’exalter devant l’arrêt d’un gardien habité, etc etc…

Alors, alors, on pourrait revenir à un chouïa d’objectivité, replacer les priorités, et faire démissionner un par un les membres d’un gouvernement mafieux… Mais il est temps de me réveiller, la France est un pays schizophrène, les français avalent la soupe qu’on leur sert sans grimacer, c’est le peuple de Pétain qui, la main sur le cœur, faisait don de sa personne au pays, il y a de cela 70 ans, c’était hier…. A la libération, De Gaulle l’avait gracié, qu’en sera-t-il du  » martyr » Anelka qui a ouvert les yeux crottés d’un pays qui ne sait que s’effaroucher en chœur mais reste incapable d’agir ?

Les Bleus entreront dans les anales

3 Comments

merde_in_france_800

Cocorico ! Sus à la performance, les Bleus doivent vendre du papier, coûte que coûte. Du papier chiotte, il va sans dire,  qu’on use en grande quantité pendant une crise de foi(e).  Du papier qu’on déroulera jusqu’au carton (rouge), à l’effigie de ces têtes de nœuds qui décident à présent de se rebeller en refusant l’entraînement ; c’est ça la France !

Le mauvais scénar’ qu’ils nous jouent  donne à ce mélodrame aux  forts accents comiques une touche nostalgique reprise en chœur par les vétérans de 98 mobilisés à fond pour rendre au drapeau ses couleurs héroïques. On les a sortis du placard pour qu’ils nous rappellent la grandeurrrr de notre charmant pays, son courage légendaire, son patriotisme bon teint.  Help ! Mayday !

Enfin, grâce à cette équipe de branquignoles, les français peuvent mesurer l’étendue de la Crise, pleurnicher sur les valeurs éternelles bradées sur l’autel de l’argent-roi, mobiliser leur non moins légendaires contradictions et se tourner une fois de plus, une fois de trop vers un passé plus que trouble qu’on s’obstine à rendre translucide en en vantant les mérites éculés n’ayant jamais existé.

A l’heure où il est devenu à la mode de cracher sur la psychanalyse freudienne, il serait tout de même intéressant de s’interroger sur cet épisode scatologique où tout un chacun trouve un certain plaisir à rouler dans cette fange nauséeuse, à y mêler ses sucs gastriques et à observer à la loupe le produit inconsistant qui en découle.

VIVE KAKA !

http://www.youtube.com/watch?v=qnB4iBQKMtc

La France ne pense qu’à son trou d’balle, c’est grave docteur ?

Add a comment

9535_s

A la une du quotidien bible des sportifs, en lettres aussi noires que grasses, les insultes qu’aurait proférées Anelka  ; le conditionnel est de rigueur mais l’impératif s’impose quant à reconnaître que ces mots ou d’autres du même acabit ont été prononcés par chacun des téléspectateurs visionnant un match pitoyable, y compris devant ses chères têtes blondes, nouvel alibi grotesque en forme de rappel à l’ordre : le sport est l’école de la vie, l’élite doit montrer l’exemple, etc etc…

Si bien qu’on en appelle aux plus hautes instances de l’Etat, enfin, façon de parler. Le petit président assure que ces propos sont inacceptables dans un rictus narquois nous rappelant aussitôt la force d’autres de ses bons mots à l’usage des « pauv’cons » et autres racailles à karchériser ….

Ces derniers temps la sodomie semble être devenue la nouvelle obsession des media qui diffusent en se pinçant le nez des propos outranciers pour mieux s’en dédouaner ; Hier France Inter (« j’encule Sarkozy ») aujourd’hui l’Equipe («  je t’encule, sale fils de pute ») ne sont finalement que l’écho  navrant du mot d’ordre de notre cher président, au « parler-vrai », adepte de la « real politic »…

Voilà où nous en sommes : notre petit pays déjà rabougri obsédé par son trou d’balle qui s’obstine à regarder le monde par son petit bout de sa petite lorgnette…. Pendant ce temps, qui se fait enculer dans la plus parfaite indifférence et sans qu’aucun media ne s’en offusque ? QUI ?

Si vous ne m’aimez pas, je dois dire que je ne vous aime pas non plus….

1 Comment

pialat cannesDu poing rageur au bras d’honneur en passant par un doigt que je pose sur le i, je déclare la cérémonie de l’hypocrisie close, comme vos maisons celées, vos fenêtres condamnées, vos esprits étriqués, vos bons sentiments qui puent le rance quand vous parlez de tolérance, la bouche en cul de poule, la langue chargée de fiente.

Vos serments d’amour à la petite semaine des quatre jeudis, vos serrements de panse après un dernier rot alphabétique, vos gloussements- réflexe poulailler, vos regards complices tenant de la milice, votre entêtement à séparer le bon grain de l’ivraie que vous picorez en aveugle par peur de l’étrangère, de l’étrange hère à la gueule de métèque née du mauvais côté, ont fini de me donner la nausée.

J’envoie une dernière gerbe, ultime jaillissement avant cure de désintoxication ; restez groupés, je prends les devants ; scandez à l’unisson, j’suis la voix qui dit non ; à la queue leu-leu, ouvrez grand la bouche et veuillez avaler sans grimacer l’hostie que je me charge de coincer dans vos glottes de grenouilles de béni-oui-oui de métier ; ne me remerciez surtout pas de vous faciliter la tache salissant l’auréole embourgeoisée, bien trop chargée pour être au net ; c’est un plaisir que je ne délègue pas, un soulagement de dégueuler sur vos apprêts bien repassés, si dépassés….

Je vous rends le miroir, regardez-vous dedans ! Contemplez vos mines froissées de mon orgueil imbécile, bipez, envoyez vos messages téléphonés et récriez-vous en chœur : « comme nous avions raison ! » Je ne contredirai jamais les Tartempion, gardez-les, vos morpions, j’ai bien assez à faire à me gratter les poux, j’opte pour une résilience, vous laisse à vos croyances, y’aura jamais d’alliance…

Pialat à Cannes

Pensée: Bourdon

4 Comments

bourdon 076Pensée : bourdon

Dans un champ de coquelicots j’ai cueilli un taureau. Il est aussi beau qu’un mulot, fort comme la mort à laquelle il vient sans doute d’échapper de justesse vu le sable collé sur ses sabots.  Son souffle tiède et syncopé renferme un zeste de vie qui colore les fleurs abîmées.  Ses paupières ourlées de longs cils papillonnent en mesure tandis qu’un nuage de moucherons attend respectueusement d’entrer en scène. Allongée à ses côtés, j’inspecte les nuages formant une banderole immaculée où j’inscrirai son épitaphe. Mais je manque d’inspiration et ne connais pas intimement cette bestiole là ; que dire ? Qu’écrire qui soit à la hauteur de cette vie de bovin débonnaire ? J’ai perdu l’habitude de décliner la moindre de mes pensées pour des raisons que je ne finis pas de questionner en silence. Que m’est-il arrivé durant cette année pendant que cette force de la nature broutait tranquillement l’herbe que je regarde pousser ? Pas grand-chose à dire vrai et c’est bien la seule justification valable à mes élucubrations parfumée à l’anis, au menthol et au cannabis.

En ce printemps poussif, je n’avais réussi qu’à faire tomber en panne le moindre objet électronique mis à ma portée ; une véritable hécatombe : deux ordinateurs portables plus un fixe, un appareil photo,  une imprimante et même un téléphone mobile.  Dans le même temps je m’étais liée à quelques insectes de mon jardin et je me demandais si ceci avait le moindre rapport avec cela. J’en avais parlé autour de moi mais on ne m’avait jamais prise véritablement au sérieux.  Aussi avais-je tu une liaison entretenue depuis un mois environ et qui a pris fin ce matin dans des conditions aussi étranges que dramatiques.

Tout a commencé par un petit bruit que je pensais né de mon imagination puisqu’il ressemble à s’y méprendre à celui de mes dix doigts sur le clavier à l’époque où j’écrivais.  Comme ce grattement ne se faisait entendre que la nuit, à l’heure habituelle où j’écris, il me semblait tout à fait plausible que ma funeste habitude perdure à mon corps défendant d’autant que si j’avais mis fin à toute tentative d’écriture, mon imagination, elle, persévérait à créer des images, des sons, voire des rythmes lancinants. Mais je tenais bon, sachant d’expérience qu’une fois attrapées, ces images ne ressemblent plus qu’à de pauvres papillons épinglés, sans couleur ni saveur.

Ce petit bruissement cependant n’’était pas le fruit de mon imagination mais se matérialisa au matin par un petit tas de sciures au pied de la porte-fenêtre conduisant au jardin.  Au bas de celle-ci se découpaient deux petits trous d’une symétrie parfaite, comme dessinés au compas, d’un diamètre de 1,5 centimètre.  Hors de question que ce travail minutieux soit l’œuvre de mites comme je l’avais d’abord conclu. Je ramassais le petit tas de sable sans manquer de maudire au passage mes propriétaires immondes qui ignoraient dédaigneusement mes demandes de remplacement de cette porte –fenêtre en lambeaux. Ils n’avaient, les ingrats, que le même mot à la bouche : « payez ! » tandis que je répondais «  réparez » ; ce petit jeu du chat et de la souris durait depuis deux lustres et finalement, je m’étais accommodée de cette porte qui devenait au fil des ans une œuvre abstraite de toute beauté.

Je rattrapais tout ce temps perdu à écrire en lisant avec frénésie tout ce qui me tombait sous la main, affamée, insatiable, je dévorais les bouquins qui s’entassaient un peu partout sur mon passage. Cette activité n’était interrompue que par les différentes tâches ménagères afférentes à ma fonction de fainéante notoire qui conjugue parfaitement temps et obligations dans une maîtrise qui continue de m’étonner moi-même.  Bref, le temps courrait tout seul tandis que je vagabondais allégrement dans les méandres de chaque exploit m’offrant mille et un prétextes  d’autosatisfaction.  Jusqu’à maintenant en tous cas car je ne sais comment je vais m’en sortir sans Baba.

Baba est un bourdon. Baba était un bourdon magnifique, majestueux, toujours prêt à me donner un coup de main, pour tourner les pages de mon livre qu’il parcourait avec le même plaisir partagé,  m’apporter une cigarette quand j’en avais envie, sans parler des tâches ménagères qu’au moment même où j’écris restent en plan, dans chaque pièce de la maison, comme endeuillées de la même peine qui m’assaille. Incompréhensible. Indescriptible.

Les deux petits trous percés dans la porte conduisant au jardin sont son œuvre. Je me demande face au cadavre de l’insecte s’il aimerait que je l’y replace avant de reboucher le trou. Je n’arrive pas à me résoudre à ne plus admirer chaque jour ses deux ailes bleu outremer battre joyeusement en guise de salut matinal. Baba était un solitaire, comme moi et c’est lui qui m’avait choisi, pas moi ! Je n’y avais même pas pris garde au début, il faisait partie de ces insectes dont on ne se soucie pas une fois qu’on les a chassé de sa vue.  Ce n’est qu’un matin que j’ai pris conscience de son intelligence hors norme et je suis quasiment sûre à présent qu’avoir choisi de partager la destinée d’un humain l’a conduit à une mort précoce.

Suis-je fautive pour autant ? N’était-il pas de mon devoir de lui rappeler qu’il avait sans doute d’autres choses à faire que me tenir compagnie et me faire gagner du temps ? Oui, sans aucun doute possible, je suis coupable de cet attachement impardonnable et le reconnaître maintenant ne fera pas revenir celui qui s’avéra un ami fidèle, doux et généreux.

Baba  m’accompagnait partout où j’allais dès lors que je mettais un pied dehors ; à la maison, il restait poliment sur le seuil de la porte qu’il avait choisi pour demeure et qu’il enjolivait chaque jour un peu plus. Je n’y prêtais pas plus d’attention que ça, une fois l’étonnement passé. J’aimais le voir foncer sur la porte et s’engouffrer sans hésiter dans le petit trou qu’il avait creusé, cela m’amusait, pourquoi le nier ? Je ne pris la mesure de son intelligence supérieure qu’un jour où je ramassais le linge dans le jardin. Il m’accompagnait, cela n’était pas nouveau sauf que cette fois il participa activement au décrochage du linge en se posant avec délicatesse sur chaque vêtement que je pliais au fur et à mesure. En choisissant ceux de la plus grande taille à la plus petite selon une méthode toute personnelle qu’il n’avait pas manqué d’observer les jours précédant sa décision de participer à une fonction que je ne délègue à personne … J’étais tout simplement ébahie de constater à quel point il savait se poser sur le tissu que je m’apprêtais à décrocher. Je poussai le vice à faire une autre lessive le jour même pour étayer la thèse de son incroyable préscience. C’est ainsi qu’est née une collaboration qui se mua bien vite en véritable intimité car ce bourdon, j’en avais la certitude, lisait dans mes pensées.

Pour preuve, le cadeau qu’il m’a laissée : sa carcasse brillante au pied de la porte-fenêtre et son âme qui a pris corps en moi au même instant, ce formidable bourdon qui ne me quitte plus. Baba était un taureau déguisé en insecte que j’ai couvert d’un linceul composé de quatre pétales de coquelicot.

Pendant l’homélie (un poème de Desnos) un magnifique hanneton couleur émeraude est venu se poser sur mon épaule avant de rejoindre Baba qu’il a emporté avec lui.

bourdon 2 004

Météorologie d’un rêve

3 Comments

La scène se déroule dans un garage sombre (de rares voitures y sont garées) ou plutôt une sorte de tunnel tel qu’on peut en voir dans les cités, si l’on en juge par la lumière jaune qui se répand au loin. La sensation de fraîcheur oblitère les odeurs fades d’urines mélangées. Avec moi, quelques personnages familiers au visage caché par l’ombre. Pourquoi familiers ? Parce que ce groupe juvénile déploie une joie inconsidérée, telle qu’on ne peut vivre qu’adolescents, exempte de préjugés, imperméable au ridicule.

Le groupe danse et chante, chante et danse. Une chanson que je n’ai plus entendue depuis des lustres mais dont chaque parole semble couler de source. Moi, au milieu, je crie plus que je ne chante : « Comment ça va ? Comment ça va ? Comment ça va pour vous? » Avant de hurler la suite : « parce que pour moi, oh oui pour moi, ça va pas, mais pas, mais pas du tout »….. La chanson est reprise en boucle sans que la moindre lassitude ne s’installe, mieux comme si la jubilation engendrée tenait dans la répétition ad libitum, ad nauseum de cette phrase terrible sous le rythme effréné bien que niais du tempo .

Une silhouette se découpe à l’entrée du tunnel et une voix m’interpelle à plusieurs reprises. L’homme avance et ce n’est que lorsqu’il est suffisamment près, inconsidérément près, que je le reconnais. C’est Alain Souchon, un vieil ado un peu lourdingue qui nous colle aux basques. Il se rapproche encore jusqu’à ce que la pointe de nos baskets se touche. Il est très grand, ce qui me force à lever la tête puisque je ne peux pas reculer.

Gros plan sur les baskets. « T’as vu, on a les mêmes ! » En vérité, elles ne sont pas tout à fait identiques. Du même modèle, elles sont de couleurs différentes. Le tissu des siennes est rayé, le mien représente des losanges. Après ce court intermède en forme de vaine reconnaissance, nous reprenons et lui le premier la chanson de Bruel. Peut-être avec une euphorie redoublée. Nous quittons le tunnel qui conserve une seconde encore l’écho du refrain massacré.

Le temps est à l’orage ; l’adolescence le personnifie. Electrisés, prêts à éclater, trimbalant au dessus de nos têtes le même nuage chargé,  impossible à défaire autrement qu’en pleurant à chaudes larmes dans l’oreiller tiède d’une nuit de pleine lune.

13846_1196493606832_1663246399_490697_7009581_n

10 MAI 81

Add a comment

par Eric Bernard

Le vent printanier qui souffle ce jour-là ne représente pour la narcissique que je suis qu’une tiède salutation d’une météo favorable. Il fait toujours beau le 10 mai, c’est entendu.

L’élection d’un socialiste ne représente que la cerise sur le gâteau  aux 15 bougies : une illusion à laquelle on voudrait bien croire l’espace d’une pensée rêveuse, sans plus. La France est déjà un vieux pays qui 7 ans auparavant a élu son plus jeune chef d’état, un énarque distingué que ma mère admire. Mon père, de sa voix tonitruante assure que cette fois est la bonne, que la chance va tourner, qu’on va y arriver….Finalement je n’ai vécu cette campagne que du petit bout de la lorgnette familiale. Ces deux-là vivent le même quotidien, un cran au dessus du misérable, mais ma mère, par tradition familiale sans doute ou pour se convaincre qu’avec ce vote elle conserve un semblant de tenue, un rang social dont elle s’est elle-même déchue, votera à droite, comme d’habitude.

A vingt heures, face au téléviseur en noir et blanc, le suspens est à son comble quand le front dégarni se révèle à l’écran, mais c’est bien Mitterrand le gagnant ! Silence- cris de joie aussitôt réprimés par ma mère qui n’a pas encore compris qu’il y a des chances, cette fois, que les voisins partagent cette liesse un rien rageuse. A bas les qu’en dira-t-on ! On sort sur le balcon : « on a ga-gné ! on a ga-gné ! »

Ma sœur aînée ne vit plus avec nous depuis quelques années. Une bouche de moins à nourrir… Elle a trouvé chez les parents de son petit ami une famille de substitution plus en phase avec ses ambitions. Les Pellerin sont des arrivistes sympathiques, pétés de thunes. Une demi-heure chrono après le verdict triomphal, ils débarquent à la maison. Elle se jette dans les bras de mon père en pleurant tandis que son mari tire une tronche pas possible. Ils ont délaissé la jaguar pour un soir et ont opté pour la Sirocco , moins voyante ; et puis on sait jamais dans ce quartier, avec cet esprit de revanche indicible qu’ils ressentent tout à coup…

«  Qu’est-ce qu’il va nous arriver, monsieur Lucide ? » pleurniche-t-elle pendant que mon père débouche une bouteille de champagne. (Là, je réprime tout de même une petite déception : ainsi cette bouteille ne m’était pas réservée ? )

Mon père ne cache pas sa joie, de plus en plus hilare face à la déconvenue de ces gens qui jusqu’ici n’ont jamais feint la moindre considération à son sujet. Mais, ça y est, ils le tiennent leur pauvre, leur lot de consolation, leur alibi au cas où le lendemain les rouges débarqueraient dans leur villa au luxe ostentatoire.

-          Et Avoriaz ? Ils vont nous confisquer notre appartement… continue de brailler madame Pellerin…

-          Et le bateau ?

-          Et Cannes ?

Le 10 mai 81, le jour de mes 15 ans, j’ai vu le regard de deux bourgeois se poser sur  mon père, regard mi craintif mi admiratif, totalement ridicule. Et lui, mon père, de consoler les pauvres riches qui commenceront dès le lendemain de curieux voyages en Suisse….

Regarde par Barbara

25 janvier

2 Comments

Aujourd’hui mon père est mort pour la vingt-cinquième fois. Plus de 9000 jours à agoniser dans les esprits orphelins mais une date à se remémorer, à ne pas oublier sous peine de froisser un peu plus sa veuve qui vieillit sans vraiment se rider, qui faiblit uniquement physiquement et n’hésitera  pas à recenser les coupables ingrats qui ne se fendront pas d’un appel compatissant.
Une date qui pue la mort tandis qu’il n’a jamais été si vivant que depuis qu’il n’est plus là. Et c’est celle-là qu’il faudrait « célébrer » ?  Ce jour honni où il est passé seul de l’autre côté du rivage, sans personne à ses côtés, sans même une pensée…Un jour qu’on attendait presque comme une délivrance, un laissez-passer,  un blanc-seing autorisant toutes les extravagances qu’aucun de ses enfants ne s’est empêché de vivre ?
Comment oublier ce formidable vent de liberté qui soudain a soufflé pour libérer les verrous qu’il s’agirait maintenant d’huiler avec méthode ? Mais quelle méthode ? En partant, il a emporté les quelques valeurs désuètes qui dictaient nos conduites. En restant, elles auraient fini par nous aliéner, pourquoi nous le cacher ? Il s’est effacé pour nous laisser le champ libre, à l’âge des possibles, comme par hasard ….
Je suppose qu’il n’y a rien de plus humain qu’apprivoiser ses morts, et le temps lisse si bien les imperfections, comme un allié perfide engluant nos mensonges, qu’il semble logique de dresser au défunt une statue de commandeur. Je ne jouerai pas cette comédie funèbre, à renfort de larmes artificielles programmées pour couler une fois l’an, arrosant la sale petite fleur du souvenir désinfecté.
Si je reste affectée c’est qu’en vieillissant, en m’approchant de cette date fatidique  au-delà de laquelle mon ticket sera valable ou pas, je m’emploie à cultiver ses défauts, comme mes frères et sœur, même s’ils refusent de le reconnaître. Moi, je sais. Et j’éprouve même à présent une sorte de tendresse pour cette cruauté déployée alors qu’il déclinait.
Une stratégie improvisée qui perdure. Une stratégie d’akoiboniste fondée sur le néant. Rien à perdre, rien à gagner non plus. Rien à chercher, rien à trouver. Puisque la vie n’est rien pourquoi la mort serait quelque chose ? Tout ça ne rime à rien, vous voyez bien…
Tout ce blanc comme une promesse de pureté me scie l’âme en durcissant mon cœur. Cette virginité des sentiments filiaux qu’il s’agirait de ne jamais remettre en question, par peur de quoi ? D’un purgatoire qui se profile alors que nous nous y empêtrons, un peu ridicule, non ?
« Tu chériras ton père et ta mère » : je me souviens bien à quel point ce commandement appris au catéchisme m’avait  interloquée….De deux choses l’une : soit  cet amour, comme le prétendait ma mère tandis que je l’interrogeais sur cette phrase mystérieuse, était une « évidence », alors à quoi bon le commander ? Soit, justement, il n’allait pas de soi donc  il s’agirait de le « forcer » par cette injonction stupide.
25 ans plus tard, ai-je avancé d’un pouce ou suis-je toujours cette adolescente capable de disserter des heures sur des sujets fumeux, en l’occurrence cette phrase sibylline. Le mystère est entier, un roc que je ne peux tailler, sous peine que ce bloc d’émotion ne se fende alors même que je ne retiens dans mes mains jointes que quelques grains de sable, ou plutôt une poussière grasse composée de la chair de mon père qui n’en finit jamais de se dissoudre.
J’ai le terreau vivant et le désespoir sec.

Sans arêtes…

4 Comments

Le pays, sage, n’offre à la vue que squelettes de poissons érigés, fiers dans leur dénuement.
Toutes ces arêtes noircies par la suie échappée des pots de nos bagnoles….
J’ai commis une dernière folie en écrasant la pédale de l’accélérateur. Alors toutes ces arêtes se sont mises à danser sur le pare-brise, dans un concert grisant de silence.
Au loin, les terrils pointaient, surmontés de nuages alignés tout aussi platement.
Tout semblait figé dans une éternité grotesque d’où la beauté absente jaillissait à chaque regard. Je me pinçais pour le croire, tout en me demandant quel besoin j’avais de voir dans le néant des détails si sublimes.
Ma voisine a raison, je deviens un chat.
J’ai commencé par faire le gros dos car je n’ai pas l’habitude qu’on m’affuble de noms d’animaux. Puis j’ai marmonné une réponse en forme de croquette, qu’elle a interprétée comme le ronronnement propre au félin. Un chat qui fume, ça n’existe pas, même dans les cabarets ! Elle m’a caressé l’échine en me demandant d’allumer la lumière. Pourquoi faire ? Elle n’y voyait rien, prétendait-elle et puisqu’elle était chez moi j’ai appuyé sur l’interrupteur tout en lui conseillant de voir un ophtalmo, car la vue c’est la vie, que j’ui dis.
Elle m’apportait mon herbe dont elle me fit renifler l’odeur qui déjà me rend folle. Puis elle s’est mise à jouer avec l’enveloppe refermée, qu’elle balançait tel un hochet. C’est un jeu qu’elle a initié depuis que je l’ai choisie comme dealeuse exclusive, je crois que ça l’amuse alors j’esquisse deux trois gestes dans le but avoué de m’emparer de ma dose hallucinogène. Cela suffit en général pour qu’elle s’attèle à la tâche ;  je ne sais pas rouler, malgré ses injonctions à me couper les ongles qui griffent le papier trop léger et ruinent le travail minutieux qu’il m’est impossible d’accomplir moi-même.
Je suis du regard ses manipulations hypnotisantes. Lorsqu’elle a préparé la cigarette, le filtre en carton dans lequel elle souffle gentiment, le petit tas d’herbes séchées qui embaument déjà la pièce, j’ai fermé les yeux pour ne me concentrer que sur le glissement aérien du papier qui se roule dans un chuchotement de bas de soie qui glisse.
Elle me tend le cône odorant et gratte une allumette dont la flamme me terrifie toujours un peu. Pendant que je tire ma première bouffée, elle va me préparer un bol de lait que je consomme à peine tiède, avec un peu de sucre. Elle profite toujours de cette extase exquise pour filer à l’anglaise, au prétexte que je serais bien capable de me faufiler entre ses pattes pour aller faire un tour sur les toits ….

balinais