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25 janvier

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Aujourd’hui mon père est mort pour la vingt-cinquième fois. Plus de 9000 jours à agoniser dans les esprits orphelins mais une date à se remémorer, à ne pas oublier sous peine de froisser un peu plus sa veuve qui vieillit sans vraiment se rider, qui faiblit uniquement physiquement et n’hésitera  pas à recenser les coupables ingrats qui ne se fendront pas d’un appel compatissant.
Une date qui pue la mort tandis qu’il n’a jamais été si vivant que depuis qu’il n’est plus là. Et c’est celle-là qu’il faudrait « célébrer » ?  Ce jour honni où il est passé seul de l’autre côté du rivage, sans personne à ses côtés, sans même une pensée…Un jour qu’on attendait presque comme une délivrance, un laissez-passer,  un blanc-seing autorisant toutes les extravagances qu’aucun de ses enfants ne s’est empêché de vivre ?
Comment oublier ce formidable vent de liberté qui soudain a soufflé pour libérer les verrous qu’il s’agirait maintenant d’huiler avec méthode ? Mais quelle méthode ? En partant, il a emporté les quelques valeurs désuètes qui dictaient nos conduites. En restant, elles auraient fini par nous aliéner, pourquoi nous le cacher ? Il s’est effacé pour nous laisser le champ libre, à l’âge des possibles, comme par hasard ….
Je suppose qu’il n’y a rien de plus humain qu’apprivoiser ses morts, et le temps lisse si bien les imperfections, comme un allié perfide engluant nos mensonges, qu’il semble logique de dresser au défunt une statue de commandeur. Je ne jouerai pas cette comédie funèbre, à renfort de larmes artificielles programmées pour couler une fois l’an, arrosant la sale petite fleur du souvenir désinfecté.
Si je reste affectée c’est qu’en vieillissant, en m’approchant de cette date fatidique  au-delà de laquelle mon ticket sera valable ou pas, je m’emploie à cultiver ses défauts, comme mes frères et sœur, même s’ils refusent de le reconnaître. Moi, je sais. Et j’éprouve même à présent une sorte de tendresse pour cette cruauté déployée alors qu’il déclinait.
Une stratégie improvisée qui perdure. Une stratégie d’akoiboniste fondée sur le néant. Rien à perdre, rien à gagner non plus. Rien à chercher, rien à trouver. Puisque la vie n’est rien pourquoi la mort serait quelque chose ? Tout ça ne rime à rien, vous voyez bien…
Tout ce blanc comme une promesse de pureté me scie l’âme en durcissant mon cœur. Cette virginité des sentiments filiaux qu’il s’agirait de ne jamais remettre en question, par peur de quoi ? D’un purgatoire qui se profile alors que nous nous y empêtrons, un peu ridicule, non ?
« Tu chériras ton père et ta mère » : je me souviens bien à quel point ce commandement appris au catéchisme m’avait  interloquée….De deux choses l’une : soit  cet amour, comme le prétendait ma mère tandis que je l’interrogeais sur cette phrase mystérieuse, était une « évidence », alors à quoi bon le commander ? Soit, justement, il n’allait pas de soi donc  il s’agirait de le « forcer » par cette injonction stupide.
25 ans plus tard, ai-je avancé d’un pouce ou suis-je toujours cette adolescente capable de disserter des heures sur des sujets fumeux, en l’occurrence cette phrase sibylline. Le mystère est entier, un roc que je ne peux tailler, sous peine que ce bloc d’émotion ne se fende alors même que je ne retiens dans mes mains jointes que quelques grains de sable, ou plutôt une poussière grasse composée de la chair de mon père qui n’en finit jamais de se dissoudre.
J’ai le terreau vivant et le désespoir sec.

Sans arêtes…

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Le pays, sage, n’offre à la vue que squelettes de poissons érigés, fiers dans leur dénuement.
Toutes ces arêtes noircies par la suie échappée des pots de nos bagnoles….
J’ai commis une dernière folie en écrasant la pédale de l’accélérateur. Alors toutes ces arêtes se sont mises à danser sur le pare-brise, dans un concert grisant de silence.
Au loin, les terrils pointaient, surmontés de nuages alignés tout aussi platement.
Tout semblait figé dans une éternité grotesque d’où la beauté absente jaillissait à chaque regard. Je me pinçais pour le croire, tout en me demandant quel besoin j’avais de voir dans le néant des détails si sublimes.
Ma voisine a raison, je deviens un chat.
J’ai commencé par faire le gros dos car je n’ai pas l’habitude qu’on m’affuble de noms d’animaux. Puis j’ai marmonné une réponse en forme de croquette, qu’elle a interprétée comme le ronronnement propre au félin. Un chat qui fume, ça n’existe pas, même dans les cabarets ! Elle m’a caressé l’échine en me demandant d’allumer la lumière. Pourquoi faire ? Elle n’y voyait rien, prétendait-elle et puisqu’elle était chez moi j’ai appuyé sur l’interrupteur tout en lui conseillant de voir un ophtalmo, car la vue c’est la vie, que j’ui dis.
Elle m’apportait mon herbe dont elle me fit renifler l’odeur qui déjà me rend folle. Puis elle s’est mise à jouer avec l’enveloppe refermée, qu’elle balançait tel un hochet. C’est un jeu qu’elle a initié depuis que je l’ai choisie comme dealeuse exclusive, je crois que ça l’amuse alors j’esquisse deux trois gestes dans le but avoué de m’emparer de ma dose hallucinogène. Cela suffit en général pour qu’elle s’attèle à la tâche ;  je ne sais pas rouler, malgré ses injonctions à me couper les ongles qui griffent le papier trop léger et ruinent le travail minutieux qu’il m’est impossible d’accomplir moi-même.
Je suis du regard ses manipulations hypnotisantes. Lorsqu’elle a préparé la cigarette, le filtre en carton dans lequel elle souffle gentiment, le petit tas d’herbes séchées qui embaument déjà la pièce, j’ai fermé les yeux pour ne me concentrer que sur le glissement aérien du papier qui se roule dans un chuchotement de bas de soie qui glisse.
Elle me tend le cône odorant et gratte une allumette dont la flamme me terrifie toujours un peu. Pendant que je tire ma première bouffée, elle va me préparer un bol de lait que je consomme à peine tiède, avec un peu de sucre. Elle profite toujours de cette extase exquise pour filer à l’anglaise, au prétexte que je serais bien capable de me faufiler entre ses pattes pour aller faire un tour sur les toits ….

balinais

Les mots font l’homme

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Je suis l’habilleuse d’un fantôme que j’aurais revêtu d’un habit de silence, munie d’une seule aiguille à tricoter. Grossière, mal adaptée. Les coutures craquent à chaque point sans croix ; l’insaisissable me fait perdre le fil. A force de loucher sur le chas, j’ai les nerfs en pelote. Pitoyable Pénélope qui n’a rien à tisser, qui n’a pas de métier.
Le patron, dissous par l’averse d’une colère passagère, a fini par se recomposer sur la table du jardin. Mais il ne ressemble à rien, ce n’est plus qu’un morceau de carton ondulé, aussi rigide que le souvenir.
S’en emparer du bout des doigts, lèvres pincées pour faire barrage au haut-le -cœur; laisser glisser le long de la tôle de la poubelle. Bruit mat après glissade qui s’éternise. La paroi encore mouillée retient la chute du papier grossier qui forme maintenant un double fond au réceptacle en recouvrant les feuilles noyées dans un liquide jaunâtre qui finira par l’absorber. Lentement. D’abord par les côtés qui se recroquevillent : l’eau ronge le carton qui se consume comme s’il brûlait, sauf que l’odeur émise n’a pas l’âcreté de la fumée mais une doucereuse amertume s’en dégage quand même.
Besoin irrépressible de finir le travail : remplir encore de papiers le conteneur gourmand. Contempler les mots qui s’enchevêtrent enfin et se dédoublent. Les phrases se superposent. Les mots s’agglutinent sous une couche grasse qui offre un effet-loupe des plus surprenants. Quelques unes semblent résister. Etaient-ce les meilleures ? Celles qui restent gravées ressortiront ailleurs ? Pourvu que non !
Psalmodier, un mégot aux lèvres, un ersatz de prière pour accompagner l’ultime parcours d’une idée qui n’aura pas vécu.
Si, d’une pichenette, le bout incandescent atteignait sa cible et embrasait le tout, alors Dieu existerait.
Même pas ! Pour seule consolation, ce bruit de succion, grotesque. Risible. Comique. Je contemple le chef d’œuvre en faisant claquer le capot de mon briquet. Ecouter le gaz qui s’en échappe par fractions et m’imprégner de cette perfection.
Je serai l’habilleuse qui aurait revêtu un fantôme d’un habit de silence.

Chroniques d’une ménagère assise.

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C’est marrant comme la saleté a le don de se cacher pour mieux vous sauter au visage d’un seul coup. C’est toujours comme ça  Je passe du temps pourtant à côté de cette fenêtre,  happant la luminosité qu’elle voudra bien diffuser.  Cette ombre soudaine sur mes écrits venait bien d’un nuage…. de poussières. Il  a suffi  pour cela qu’une mouche vienne me narguer, comme tous les matins, que je me décide à l’éliminer, qu’elle se vautre contre la vitre avant de glisser derrière le radiateur et parachever le petit mausolée élégamment enveloppé d’une fine et duveteuse toile d’araignée.  Cette construction poétique restera intacte.

Il n’en est pas de même de cette micro tâche de sang, là sur la vitre. Elle s’offre en relief pour mieux mettre en valeurs ses congénères  à l’identique parcours.  Sur le coin gauche,  une patte de mouche a servi de support à une toile d’araignée atrophiée; un peu plus bas j’observe  une aile à la limite du détachement. Au bas de la fenêtre, une frise d’empreintes de chat dessine une jungle ombragée. Des milliards de gouttes d’eau ont formé d’étranges rigoles où s’est nichée une poussière grasse qui pourrait constituer un bon engrais pour mes plantations futures.

De deux choses l’une à ce stade avancé d’observation: soit feindre la plus parfaite indifférence et fixer ailleurs mon attention soit décider subitement de m’atteler à  la tâche.  S’étonner soi-même restera toujours la meilleure motivation.  Sous le choc de cette émotion, il s’agit de faire front. Un peu d’eau et du papier journal,  un quart d’heure de mon temps:  allez banco, j’m’y mets.

C’est un mystère tout de même de se retrouver les mains noires d’encre et de saleté face à une vitre étincelante. Comment la même matière salit et nettoie en même temps? C’est encore plus fort que la tache désincrustée au milieu du nœud d’un  torchon lavé avec Omo! Je reste là, éblouie par cette lumière arrivée par surprise au dernier passage de la boule de journal.  Sur la table s’alignent les petits tas de papier mâché, certains sont longilignes d’autres plus boudinés, ils forment une ronde de petits bonhommes et paraissent conserver leur volonté d’avoir le dernier mot.  Le papier est bavard, c’est là son moindre défaut. J’hésite, la sculpture approximative qui me vient à l’idée se heurtera comme toujours à ma gaucherie. Je rassemble une dernière fois tous ces mots mélangés, désarticulés, enfin,  avant de viser la poubelle que je découvre sale, comme le reste.

Maintenant, la lumière fait danser la poussière et j’éternue de joie.

The Jackal

Ecrire, disait-elle …

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-    Y’a un problème ?
-    Non, rien
-    Ecrire c’est rien ?
-    Ou pas grand-chose.

Il y aurait notre corps, comme une traverse de chemin de fer et puis nos écrits, sorte de locomotives à vapeur, bruyantes et polluantes, qui passe par-dessus.
Ecrire pour se convaincre qu’on n’a pas peur.  Qu’on a peur de rien d’ailleurs. Et c’est ça qui fait peur.
Ne pas chercher la perfection. Elle n’a jamais existé. Accepter ses défauts et puis les décliner dans un livre bancal, un livre qui ne ment ni ne triche.
Ecrire pour rester seule. Anti-fuite. Etanchéité. Vérité.
Ecrire comme acte charnel ultime. Rien à voir avec l’intellect. C’est le corps qui parle encore. Et encore. C’est pour ça qu’on ne s’arrête jamais d’écrire. C’est sans fin.  Ecrire comme un besoin.

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BUKOWSKI

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The Genius of the Crowd

bukowski

There\’s a blue bird in my heart

6JDK

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Partis à la chasse qu’ils ont tirée 100 coups fées rire

Dodécaphoniques

Dodos en phase lubrique… Pat & Tics

Somme toute logique : tant va la cruche… allo ?

Il n’y a plus d’abonné au numéro usagé qui vous a laminés

Et y’a même plus de papier ; plus moyen d’se torcher…

Les accros du clavier pleurnichent sur la plume

Qu’ils ont coincée dans l’fion, putain ce qu’ils sont cons!

Ecriture-prétexte pour pallier solitude

Ecriture-pirouette, rendez-vous sous la couette…

Comme tout ça est abject, cot cot cot codec…

Fantasmes éculés, fantômes énamourés

Recherche «âââme-sœur » pour me dépatouiller…

Nausées….

Poétesses en chaleur gerbant l’insanité

Rimes endimanchées pour se faire emmancher

Baratineurs frustrés à force de se lustrer

Ils contemplent alanguis leur reflet affadi

De leurs écrits jaunis qui sent la pisse froide, le sperme recueilli de leurs pauvres envies

Que je conchie, maudis, ris d’ veau moisi au relent de lait caillé, insipide

Qui me laisse impavide, un pas et je me vide

Impasse

Et père la pudeur au dessus du troupeau de ces affreux jojos

Gérant de ce vulgaire érigé en géant, sous la loupe

Mange ta soupe, fais des glurp et essuie à ta manche

Ta bouche bavassante et ton esprit des lois

Petite oie au foie démesuré

Oiseau immaculé qu’on gave à l’entonnoir

Qui se repait du noir, entonnant l’hallali

O ! Se voir élevé au rang des intrigants

J’irai m’cacher derrière vos trombes pour m’exclamer :

6JDK

Des cacas d’oie en pattes de mouche

Des rats des villes, des saintes nitouches

Des imbéciles, des petites frappes

Qui voient le vil quand on dérape

Des indigents qui crient « maman ! »

Des vols au vent « ha, si seulement… »

Ci-gît pourquoi, ci-gît va-t’en

Ci-gît l’étroit des larmoiements…

Gargarisant leur sein d’une douce euphorie

Qu’ils ont l’outrecuidance de nommer leur folie

Juste pour la faire rimer, tellement elle est jolie…

Plus on est d’fous plus on rit….hi, hi, hi

Du moment qu’on n’joue pas le jeu de l’interdit.

« Qu’est-ce que j’suis drôle quand j’fais ma folle

Qu’est-ce qu’on rigole, un peu comme à l’école

Mais si ! J’adore ça, la folie, tant qu’on reste polis

Qu’on s’en tient à c’que j’en ai compris

Et qu’on n’me fasse pas chier en tristes arguties

La folie sans gaité c’est comme un verre de lait…

Voilà, on est d’accord, on va se raconter

Diligenter l’effort, et bien nous protéger

Ne parlons pas de mort, de tout c’qui peut fâcher

Chantons plutôt l’Amor, et tout c’qui fait bander

T’as vu comme j’sais changer un mot dans une phrase insensée ?

T’as lu comme j’plaque mes maux, c’est si loin Guernesey ? »

La folle des chats faux rappelle aux haschischins

Que la date de péremption inscrit sur la barrette

Dépasse au ras mon herbe, et tue les assassins

De la poésie que je foule,

Agoraphobe aphone que je suis

Tandis qu’ils se défoulent, mais ils chaussent petit

Et la merde n’éclabousse que leurs fragiles chevilles…

Berceuse pour Thomas …

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Non, mais tu vas cesser d’brailler, ouais !

Arrête de faire ton bébé

Ok, t’as onze mois, s’agirait d’y penser

Bientôt sur tes deux pieds

Et puis, entre nous, bonjour la conversation

Papa, maman, baba, abba, c’est cheap !

Ohé, allo ! C’est tata qui te bippe…

Non, mais j’vous jure, r’gardez-moi-ça !

Qui c’est qui va nettoyer ton caca ?

Au prix des couches tu pourrais au moins comprendre

Les constipés d’mon genre qui font pas dans le tendre

Et puis c’est quoi cet arpège inventé, hein ?

Trois doigts sur ton piano, do ré mi, mi ré do

Tu l’fais exprès ou quoi ? Tu veux t’prendre un râteau ?

Depuis bateau-ciseaux, nous on a progressé

Alors, un p’tit effort, espèce de sale gamin !

Pas la peine de faire les gros yeux,

Oui, c’est ça, fais l’idiot

Au festival des grimaces, tu as de qui tenir

Mais moi j’te l’dis tout d’go, il va falloir grandir !

A ta première bougie, j’te préviens, finie la rigolade

On verra bien des deux qui pleur’ra des brimades

Ha, ça y est, enfin, t’es endormi, pas trop tôt

Parce que moi j’ai comme une crampe au stylo

Faites des gosses, qu’ils disaient, ouais c’est ça,

Reproduisez…

Non, j’ai rien dit, dodo, rendors toi, chut, ok j’arrête

T’as encore gagné, mais j’ai pas dit mon dernier mot….

Ma colère…

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Si j’en crois ma mère, je suis née les sourcils froncés et la voix haut perchée. Un cri déchirant. Je suis née en colère et ne conçois même pas qu’on puisse ne pas l’éprouver ou pire s’en défendre. Avec le temps, je suis persuadée que cette colère me précédait, qu’elle arrive de loin et qu’elle se transmet aussi. Je suis même plutôt fière que mes enfants portent en eux cette capacité d’indignation.

Ma colère est ancrée, colle, erre en moi depuis une éternité. Même si la tentation d’une tentative de « gérer » ce trop plein d’émotions, comme le veut la tendance zen m’avait effleurée, je sais d’avance que c’est peine perdue, que chaque heure, chaque minute, chaque seconde est source d’indignation et de colère. Le nier revient à se soumettre au diktat ambiant, je n’ai pas de temps pour la sagesse, elle viendra bien assez tôt, nul besoin de me préparer à ce mortel ennui, nulle envie de comprendre les autres, ceux qui veulent que je me calme ou me donnent des leçons de « tolérance ».

Je ne me défends pas lorsqu’on avance l’idée toute faite que la colère est le signe d’une faiblesse certaine. Bien sûr que je suis faible, encore heureux ! Et alors ? Ma colère est ma source d’énergie, inépuisable, mon encre insatiable qui coule à flots. Elle est mouvante, s’adapte jusqu’à prendre chacune des teintes de mon arc en ciel, du gris clair au noir le plus profond. Je la trouve seyante, ma colère, elle me plait ma colère, elle me guide ma colère, ma mauvaise conseillère, ma compagne de fortune et d’infortune….

Zack Au Numéro Absent…

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Derrière la souris schizophrène de son ordi, au-delà  du miroir aléatoire qui lui renvoie le reflet mordoré de sa cuite de la veille,  sous l’œil torve de sa chienne, attendant patiemment sa sortie en louchant sur sa laisse, Zack s`entraîne au piano…

Dans l’éventualité que les cas qu’il traîne dans son plumard depuis des mois, cessent enfin leurs tergiversations,  il s’entraîne seul, face à lui-même. Zack replace son borsalino, éructe élégamment et se marre doucement.

Pour les indigènes et les alcoolos qui se trémoussent sous ses yeux, cet air de pas y toucher, cette nonchalance zackienne,  en guise de réponse.  Son enquête n’avance pas, il s’en fout, il boit.

Il en a vu d’autres, la mort en face, ou en direct ; des macchabées de toutes les couleurs, du vert pâle au pas mûr, n’insistez pas, il fait le mur.

Comme il a tout donné, il veut juste se reposer. Ça aussi c’est trop demandé ?.

Il avale, ingurgite, gestes automatiques. Pas le goût de partager, vous repasserez. C`est pour ça qu’il se tait. Zack est le silencieux qu’il arme en solitaire sur sa table encombrée de papiers gras, de cendriers pleins et de cadavres de bouteilles.

Un rappel d’une fragrance, comme un éclat de rire. Zack est le plus beau, mais vous allez le lui dire, bon sang ! Qu’on se marre de plus belle.

En deux mots, la rage de vivre  taillée noire au couteau, sans mégalos, sans vétos, que celui de Zack aux commande de son coucou.

Juste une envie de rire comme un cerf-volant dans le ciel, un appel de la vie, lorsque Zack on appelle.