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Bessie

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San Francisco 114Bessie emballa avec soin la bouteille qu’elle destinait à son fils pour son anniversaire avant de la caler au milieu de sa valise entre deux rangées de vêtements. Elle inspecta le résultat de ce parfait ordonnancement avec contentement avant de couvrir le tout de trois robes qu’elle plia en deux dans le sens de la largeur. Elle hocha alors la tête, retira la dernière couche de vêtements, s’empara de son petit appareil photo, prit trois clichés qu’elle jugea, du même hochement de tête, satisfaisant, avant de replacer ses robes (une bleue-marine, une noire, une grise) et boucler sa valise. Elle poussa un soupir plaintif en se laissant aller sur le lit qui se mit à grincer, posa une main sur la malle et semblant soudain prise de panique, se leva brusquement pour soupeser son bagage. Rassurée, elle allait à présent pouvoir s’occuper du petit sac qu’elle composerait de quelques éléments indispensables à sa survie si par malheur sa chère valise lui était soustraite ; l’époque était instable.

Cette perspective la fit blêmir, elle songea un instant à la bouteille, envisagea de la placer dans le sac qu’elle conserverait par devers elle, mais ne parut finalement pas convaincue par cet énième plan. Couchée et calée entre les vêtements, la bouteille voyageait dans les meilleures conditions, alors que dans son sac, entre sa trousse de toilette, les deux livres retenus, et même enveloppée du petit lainage de cachemire qu’elle prévoyait pour parer à la climatisation poussée à fond dans l’avion, le grand crû réservé à son non moins grand garçon monopoliserait l’ attention qu’elle avait déjà prévu de destiner à une toute autre tâche pendant la durée du périple. Elle poussa un petit cri rageur en serrant les deux poings, se maudit de se perdre en tergiversations aussi oiseuses alors que la probabilité qu’elle puisse rater l’avion commençait déjà de nouer son estomac.

Sur le site internet consulté il y a quelques minutes, aucune grève des transporteurs n’avait été mentionnée mais Bessie n’avait hélas pu tirer aucun renseignement en ce qui concernait le trafic routier entre 8 heures et 8 heures trente, temps du trajet estimé de son domicile à l’aéroport à cette heure matinale. Peut-être aurait-elle dû commander son taxi plus tôt. Si ses calculs étaient exacts, et dans les conditions optimum, elle serait sur place une heure et quart avant l’heure d’embarquement exigée sur le récépissé qu’elle consulta encore avant de le replacer sur la table de nuit, juste à côté du réveil. Le réveil ! Et s’il ne sonnait pas ? Elle ne se souvenait même pas quand elle y avait placé des piles neuves pour la dernière fois…Ce serait bien le comble mais gâcher des vacances pour cette négligence ruinerait jusqu’ à son existence. Elle appela aussitôt le service de réveil automatique et dans la foulée programma son portable. Le chargeur de batterie ! Mon Dieu ! Elle l’avait placé près de la machine à café pour ne pas l’oublier mais ce choix était-il réellement judicieux ? Rien de moins sûr ; elle courut jusqu’à la cuisine, s’empara du chargeur qu’elle brancha à la prise à côté du lit, y connecta son téléphone dont la batterie n’affichait aucune défaillance. Il était pourtant arrivé, il y a quelques semaines de cela, que le mobile se décharge sans raison durant la nuit. Elle se félicita d’avoir pensé à cette éventualité et jetant un coup d’œil à sa montre, qu’elle remonta machinalement, décida de s’accorder une pause.

Si elle dînait maintenant d’un repas léger n’incommodant pas son sommeil, elle aurait une chance, même infime, de déféquer au réveil. Se sachant victime de constipation chronique à chacun de ses changements de rythme, Bessie anticipait l’angoisse de ne pas observer sa crotte matinale vingt-deux minutes après son petit déjeuner. Sauf qu’elle avait décidé de ne pas prendre de café le lendemain afin de ne pas exacerber l’intense nervosité présidant son voyage. Elle faisait les cent pas dans l’appartement en pensant à la cigarette posée sur la cheminée. La cigarette de vingt et une heures sensée la fatiguer. La cigarette-récompense qui décompense…L’envie irrépressible de la fumer maintenant la tenaillait en même temps qu’elle se complaisait à justement ne pas y succomber. Il est toujours rassurant de mesurer la volonté de fer composant sa qualité première et elle aimait par-dessus tout se placer en position de lutte, celle-là même qui la rendait vivante. Elle soupesait ainsi la « force tranquille » qui la caractérisait. Elle sourit. A l’aube de ses soixante ans, Bessie était parvenue à une maîtrise quasi parfaite de toutes ses émotions. Le contrôle absolu qu’elle avait fait subir aux autres avec acharnement, lui attribuant parfois le rôle controversé de tyran bien-aimé, elle ne le connaissait que trop pour ne pas s’offusquer que tout un chacun ne le juge indispensable au déroulement d’une vie que l’on souhaite aboutie.

Tandis qu’elle grignotait la tartine de pain grillé accompagnant son bouillon de légume qu’elle avait fait mijoter dans l’après-midi, elle se laissa aller à la rêverie, qu’accompagnaient, tel un métronome, les mouvements frénétiques de sa mâchoire. Elle ressemblait ainsi à un petit rongeur, tenant son morceau de pain des deux mains, le regard fixe, le corps parfaitement immobile excepté ce mouvement compulsif à l’origine du petit bruit du toast broyé entre ses dents. Une fois la soupe avalée, le petit bol lavé, essuyé et rangé, le restant de soupe conditionné dans un Tupperware et placé dans le congélateur, elle s’accorda un demi-verre de vin rouge, qu’elle but à la fenêtre de la cuisine, qu’elle ouvrit en grand afin que la fumée de sa cigarette n’empeste pas l’appartement.

A suivre…

Dernier texte avant Invente-Erre.

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Si je m’attendais…Qu’est-ce qui te prends de débarquer sans crier gare, je te croyais perdue, mon innocence, oubliée, engloutie, où étais-tu donc passée ?

J’ai toujours été là, je ne t’ai jamais quittée, c’est toi qui as fait semblant de m’effacer, mais tu n’y es jamais vraiment parvenue, n’est-ce pas ?

C’est vrai, dans les moments de bonheur pur, j’ai toujours pensé à toi, avec une certaine nostalgie même, puisqu’il faut tout te dire ; j’ai toujours un peu regretté de n’avoir pas persévéré à poursuivre le chemin que tu avais commencé de tracer, mais voilà, tu me connais, cela serait revenu à choisir la voie de la facilité et c’était pas vraiment dans mes cordes…

Et maintenant que tu vieillis tu t’aperçois que cela n’avait rien à voir avec ça et tu penses qu’il est trop tard…Non, ne réponds pas, rappelle-toi le film de Comencini.

Oh non, arrête ! Tu ne vas pas recommencer avec ça, j’avais dix ans et d’ailleurs je ne l’ai jamais revu ce film, j’ai préféré le conserver dans la part de mémoire intacte, inaliénable, avec ton regard justement, pas le mien…

Ne parlons pas du film dans ce cas mais de son contexte, c’est ça qui devrait t’intéresser…

Attends, oui je me souviens très bien : je crois bien que c’est la première fois que je regardais seule un film à la télé. La télé, c’était le domaine réservé ; on n’avait pas le droit d’y toucher, quand on la regardait c’était en cachette…Mais ce soir-là, étrangement, toute la famille était réunie dans la cuisine pour une partie de belotte endiablée. Je me suis glissée dans le salon et c’est par hasard que je suis tombée sur ce film ; je crois n’avoir jamais autant pleuré de toute ma vie, une vanne s’est ouverte, qui était reliée, je pense, autant à l’histoire racontée et à l’écho qu’elle trouvait en moi qu’à la découverte du cinéma, de la puissance de la narration, du contexte aussi…bref, oui je ne suis sûrement pas la seule au monde à avoir pleurniché devant ce film…

Il a changé quelque chose en toi, souviens-toi de la suite…

Est-ce indispensable ? Mon grand frère qui me découvre en larmes et ameute toute la sainte famille qui vient rire de mon sentimentalisme à l’eau de rose…qui me pose des questions auxquelles je ne réponds pas, je veux garder cette découverte pour moi, pour moi seule et peut-être même que je commence à mépriser ce noyau soudé face à moi…

Là tu exagères, comme d’habitude et c’est l’adulte en toi qui immisce une interprétation a posteriori

Peut-être mais revenons-en à toi.  Il y a une anecdote à ton sujet que maman se plait à raconter, tu te souviens ? Comme je la détestais chaque fois qu’elle en parlait, comme j’avais le sentiment justement que ce n’était fait que pour me rabaisser…

Oui, mais ça c’est plus tard que ça t’a embarrassée, parce que cette petite histoire sans conséquence ne collait pas avec l’image que tu t’es efforcée de créer, cette carapace qui au fond n’est qu’une forme d’orgueil ;

L’orgueil, oui, je nie pas ; c’est la richesse des pauvres… Passons, maman, qui nous connaît parfaitement l’une et l’autre et c’est cela au fond que nous lui reprochons…

Que TU lui reproches, pas moi !

Oui, maman donc, aime à raconter à quel point j’ai changé, comment j’étais une petite fille parfaite et comment je suis devenue cette sorcière à la langue pendue… Cet épisode qu’elle se délecte à répéter, surtout aux petits amis que j’avais la faiblesse de lui présenter est d’une affligeante banalité et pourtant je suis persuadée qu’il est l’origine de tout ce qui a suivi ; je crois que je ne voulais pas la contrarier comme je ne contrarie jamais ceux qui ne m’aiment pas, je fais tout pour qu’ils m’aiment encore moins, qu’ils me détestent même !

Tu t’égares …

Petite, j’étais insignifiante, plus que réservée, presqu’absente. Je ne cherchais pas à me faire remarquer au point que ma mère aime à dire que le soir, mon père lui demandait parfois de m’amener à lui pour qu’ils puissent me voir un peu. On me plaçait dans une chaise haute où je restais silencieuse, immobile. Je n’avais alors que « mes grands yeux noirs si sérieux » pour éveiller un semblant de curiosité chez mes spectateurs. J’étais une petite fille silencieuse et docile, observatrice et quasi muette. En réalité, j’étais simplement dans le brouillard

C’est au Cours Préparatoire effectivement, qu’on a décelé notre myopie. Vive l’Education Nationale…

Depuis je me demande si cette impression de plénitude, de bonheur quasi parfait face à la nature, vient de cette myopie tout simplement…Porter des lunettes fut pour moi aussi brutal et violent que si l’on m’avait jetée dans la fosse aux lions…

Non, tu extrapoles encore. J’étais heureuse avec des lunettes, aussi.

Ah bon ? Elles étaient moches pourtant, elles te mangeaient le visage et faisaient disparaître tes yeux derrière les verres épais.

C’est bien plus tard que cela t’a gênée… Mais aujourd’hui, tu en portes d’autres, qui te plaisent celles-là…

Je me souviens de cette plénitude qui m’habitait alors, cette absence de doute qui m’accompagnait et me faisait tout voir en Beau. C’est à cette période que j’ai eu cette certitude que Dieu était à mes côtés puisqu’Il me remplissait totalement. Souvent je pense à cet ébahissement dont j’étais imprégnée. Aussitôt je raille en moi-même : «  Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonnée ? » c’est complètement idiot mais je donnerais cher pour sombrer à nouveau dans cette myopie métaphysique…

Je sais bien que petite, j’étais à deux doigts de représenter dans la famille la neuneu de service. Je ne savais pas encore que la gentillesse passait si facilement pour une faiblesse mais de ce côté, on peut dire que tu as accompli des progrès considérables…

J’admirais ma grande sœur comme personne c’est vrai ; elle réunissait toute les qualités au sommet desquelles se trouvait la beauté ; mes frères étaient tout autant intelligents, vifs, inventifs et moi, au milieu, il me semblait que je n’apportais rien. J’étais là et cela me suffisait, je n’avais rien à prouver, juste être vivante, contemplative ….

Oui, c’est l’école qui a tout changé. Mais là encore, si je travaillais si bien, c’est par facilité, pour ne pas me faire remarquer …

Non, tu te trompes ! Souviens-toi… c’est au contraire pour contredire tes maîtres d’école qui ne voyaient en toi aucune qualité, je tenais à leur montrer que si j’étais sage je n’en étais pas débile pour autant. Et puis surtout, ce n’est pas tant à l’école mais bien à la maison que ce choix nous a ouvert les portes non seulement d’une très grande liberté mais surtout d’un respect. Tu n’as trouvé que ce moyen pour être tranquille et acceptée en tant que telle, tu avais trouvé une place inoccupée dont tu as fait ton bastion, citadelle imprenable… cocasse, non ?

C’est dans la solitude qu’on reste un enfant.

http://www.youtube.com/watch?v=yBSRxrVo04M&feature=related

10 MAI 81

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par Eric Bernard

Le vent printanier qui souffle ce jour-là ne représente pour la narcissique que je suis qu’une tiède salutation d’une météo favorable. Il fait toujours beau le 10 mai, c’est entendu.

L’élection d’un socialiste ne représente que la cerise sur le gâteau  aux 15 bougies : une illusion à laquelle on voudrait bien croire l’espace d’une pensée rêveuse, sans plus. La France est déjà un vieux pays qui 7 ans auparavant a élu son plus jeune chef d’état, un énarque distingué que ma mère admire. Mon père, de sa voix tonitruante assure que cette fois est la bonne, que la chance va tourner, qu’on va y arriver….Finalement je n’ai vécu cette campagne que du petit bout de la lorgnette familiale. Ces deux-là vivent le même quotidien, un cran au dessus du misérable, mais ma mère, par tradition familiale sans doute ou pour se convaincre qu’avec ce vote elle conserve un semblant de tenue, un rang social dont elle s’est elle-même déchue, votera à droite, comme d’habitude.

A vingt heures, face au téléviseur en noir et blanc, le suspens est à son comble quand le front dégarni se révèle à l’écran, mais c’est bien Mitterrand le gagnant ! Silence- cris de joie aussitôt réprimés par ma mère qui n’a pas encore compris qu’il y a des chances, cette fois, que les voisins partagent cette liesse un rien rageuse. A bas les qu’en dira-t-on ! On sort sur le balcon : « on a ga-gné ! on a ga-gné ! »

Ma sœur aînée ne vit plus avec nous depuis quelques années. Une bouche de moins à nourrir… Elle a trouvé chez les parents de son petit ami une famille de substitution plus en phase avec ses ambitions. Les Pellerin sont des arrivistes sympathiques, pétés de thunes. Une demi-heure chrono après le verdict triomphal, ils débarquent à la maison. Elle se jette dans les bras de mon père en pleurant tandis que son mari tire une tronche pas possible. Ils ont délaissé la jaguar pour un soir et ont opté pour la Sirocco , moins voyante ; et puis on sait jamais dans ce quartier, avec cet esprit de revanche indicible qu’ils ressentent tout à coup…

«  Qu’est-ce qu’il va nous arriver, monsieur Lucide ? » pleurniche-t-elle pendant que mon père débouche une bouteille de champagne. (Là, je réprime tout de même une petite déception : ainsi cette bouteille ne m’était pas réservée ? )

Mon père ne cache pas sa joie, de plus en plus hilare face à la déconvenue de ces gens qui jusqu’ici n’ont jamais feint la moindre considération à son sujet. Mais, ça y est, ils le tiennent leur pauvre, leur lot de consolation, leur alibi au cas où le lendemain les rouges débarqueraient dans leur villa au luxe ostentatoire.

-          Et Avoriaz ? Ils vont nous confisquer notre appartement… continue de brailler madame Pellerin…

-          Et le bateau ?

-          Et Cannes ?

Le 10 mai 81, le jour de mes 15 ans, j’ai vu le regard de deux bourgeois se poser sur  mon père, regard mi craintif mi admiratif, totalement ridicule. Et lui, mon père, de consoler les pauvres riches qui commenceront dès le lendemain de curieux voyages en Suisse….

Regarde par Barbara

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Une vie, Zohra

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A trente ans Zohra a déjà perdu des kilos par centaines ; kilos repris, kilos yoyo, par appétit, pari idiot. Dans une armoire, bien rangés, du jean slim à la robe de grossesse, toutes les tailles sont représentées, du 38 au 56; elle n’aime son visage que lorsque son corps la révulse et inversement disproportionné. C’est ce qui semble la faire hésiter ; une moue dubitative s’est inscrite sur sa bouche, qu’elle avait plutôt gourmande, il ya peu de temps. Il n’en reste aujourd’hui qu’un rictus sur ses lèvres amincies qu’elle a la mauvaise idée de souligner au crayon. Sans trembler, elle écrit son visage, seule page sur laquelle elle aime s’attarder. Zohra ne lit pas, n’a jamais lu ; les magazines qu’elle achète par paquets regorgent de photos, d’images, ou de tableaux. Les régimes ressassés, elle les connait tous, elle les a essayés, en les mêlant souvent, en les ingurgitant jusqu’à l’écœurement, jusqu’aux vomissements. « Va-t’en, tu vois bien que maman est malade ! » chasse-t-elle sa fille qui court se réfugier sur les genoux de son père.

Depuis quand la vie qu’il aimait partager avec elle s’est-elle vidée de sens ? Depuis combien de temps ce manège dure-t-il ? Où était-il pour qu’il n’ait rien remarqué ? Si depuis le début, c’est elle qui mène la danse, il aimait ça jusque là, pourquoi ça a changé ? Est-ce après la naissance de sa perle, sa coquette, son trésor ? S’est-elle sentie exclue, lui en a –t-elle voulu ? Elle ne parle jamais que pour lui reprocher une foule de détails qui meublent le quotidien de ses couleurs tranchées, cela n’a pas changé, c’est pas ça qui dérange, alors quoi ? Il s’interroge encore, bientôt il ne fait que cela : se demander quoi ….Elle lui reproche à présent le manque d’argent, la situation minable, son boulot de subalterne, son manque de volonté, son absence d’ambition, puis, sous prétexte de gestion des comptes bancaires, elle lui retire le droit d’user de la carte bleue, elle en aura désormais l’usage exclusif. Soudain, un vertige le prend, il panique. Il attendra le lendemain pour savoir. Un jour de plus au creux du doute, une nuit encore, dans ses bras morts…

Au début, elle n’a pas prêté attention à Gilles. Un type du quartier, ami d’enfance de son mari. Trente-six ans, comme lui. Ils se croisaient, se saluaient, sans plus. A peine a-t-elle remarqué la couleur de ses yeux, fallait-il qu’elle soit rare, cette teinte violette. Le soir elle dit : « c’est une tapette, ton pote, il porte des lentilles colorées » Il hausse les épaules, retourne dans la chambre de la petite. Un samedi, jour de marché, Gilles l’invite à prendre un café qu’elle accepte. Il confie ses passages en H.P. Elle le fait répéter, il explique : la solitude, le chômage, un amour déçu et les médicaments, elle y accole le mot dépression et voit briller ses yeux. Tout est parti de là. C’était il y a six mois.

Lui, ne voit toujours rien. Elle s’est toujours montrée élégante, un rien l’habille, c’est la reine des bonnes affaires. Lorsqu’il l’interroge, elle dit que ce n’est rien, un emprunt à sa sœur, un cadeau de sa mère, quand ce n’est pas la période effervescente des soldes, alors il est heureux. Il s’en va le matin, après lui avoir porté une tasse de café au lit, sa main dans celle de sa fille qu’il conduit à l’école maternelle. Sa princesse est si douée qu’ils l’ont accepté avant trois ans. Il en est soulagé. C’est vrai qu’il a douté, qu’il y a pensé, qu’il a eu peur qu’elle ne soit pas intelligente, qu’elle ait du mal à suivre. Il n’en est rien, ils sont bien tous les deux. La mère de la petite n’aime ni raconter les histoires le soir, ni partager un jeu, elle ne montre de patience que pour vêtir sa fille qu’elle appelle « ma poupée » sur laquelle, chaque jour elle élabore une nouvelle coiffure. Alors elle explique au mari comment faire le lendemain, quelle barrette sur la frange, quel chouchou assorti. Il sourit. Il aime lorsqu’ils sont ensemble, juste après l’école, pour le goûter des dames : cheeseburger et coca qu’il rapporte du MacDo avant d’y retourner. La bouche pleine, mère et fille clignent en même temps des yeux en guise d’au revoir. Il ferme la porte sur cette fierté de nourrir sa famille.

Zohra n’a jamais travaillé, c’est une enfant gâtée. Elle a été gavée comme elle gave sa fille, son père aimait l’appeler « tendre loukoum » et sa mère ne l’autorisait qu’à passer les poussières, agiter le plumeau est une grâce mais avant tout un savoir-faire… Elle a plus rêvé d’un bel appartement bien à elle qu’au prince charmant. Aménager à deux, une finalité qu’elle décline en courant de la Foir-fouille à Conforama. Leur premier crédit date de là : décoration dictée par la télévision qu’elle regarde au lit. Entre les coussins et ses bourrelets, se cache la télécommande qu’elle manie avec dextérité, connait avec exactitude les pause publicitaires et zappe savamment entre les émissions de téléréalité qu’elle regarde avec avidité, en gloussant souvent, en fronçant des sourcils, en enviant secrètement ce laps de célébrité auquel elle n’a pas accès, pas encore…

Le mari est inquiet maintenant qu’il a découvert l’ampleur du découvert. Il a beau compter, recalculer, il ne voit pas comment il va réussir à combler ce trou béant, que les agios creusent irrémédiablement. Il découvre une palette de cartes multicolores associées à des enseignes de supermarchés ou autres parfumeries, boutiques de prêt à porter. La tête prise entre ses mains calleuses, il ne comprend pas les cachoteries de sa femme à qui, elle le sait bien pourtant, il ne sait rien refuser. Le vertige le gagne, sa découverte ne peut que représenter la partie émergée de l’iceberg …Sueurs froides, et silence ; il ne veut pas savoir, il continue de se taire en observant ses simagrées. Il cherche dans le petit appartement les objets de son délires, il a été marqué par le nombre de sacs à main achetés en un mois, il n’en découvre aucun. Il est perdu, ne comprend rien.

Gilles et Zohra ont maintenant noués des habitudes. Ils se retrouvent à l’heure de l’apéro dans un petit troquet du centre ville. Au petit guéridon, au coin de la terrasse, ils sont seuls au monde. Leurs regards aimantés, les premiers frôlements sur le paquet de cigarette ou la carafe d’eau dont ils se servent tour à tour, il se livre tandis qu’elle hoche la tête en l’encourageant à en dire toujours davantage. Bientôt, elle saura tout de lui. De ce pouvoir immense qu’il offre sans détour, elle répond par de piteux poncifs entendus la veille chez Mireille Dumas ou autre émission de psychologie de cuisine diligentée sur les ondes. Ils décident même un jour d’appeler une ex star du porno qui règle en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les relations les plus alambiquées. Zohra prend de l’importance aux yeux du déterré, qui n’a pas encore eu le courage de révéler l’amour qui purifie son âme, au contact de la belle. Elle n’a jamais été si heureuse, se sent investie de cette mission à haute valeur ajoutée ; lui, l’a prend au sérieux en écoutant ses conseils, elle comprend son malaise qu’elle sait traiter mieux que les psys de pacotilles, ces affreux gourous qui ne savent qu’allonger la liste de ses médicaments.

Il a bien fallu qu’ils s’expliquent. Tandis qu’elle s’épanouit, la santé du mari périclite sans qu’elle s’en émeuve, c’est à peine si elle le gratifie maintenant d’un regard. Il est devenu transparent à ses yeux, utile, simplement auprès de leur enfant. Il attend que la petite soit plongée dans le premier sommeil, pour exiger de sa femme des explications au sujet de sa nouvelle manie consumériste. Elle maugrée, fustige encore une fois le métier qu’il exerce, un job d’étudiant ! C’est lui qui n’est pas à la hauteur, elle n’est qu’une femme avec ses besoins, ses exigences. S’il n’est pas capable d’assumer ce rôle, qu’ils se quittent ! Comme il l’avait prévu, il ne peut que courber la tête, l’engager à baisser la voix pour ne pas réveiller l’enfant et poursuivre ses heures supplémentaires, pourvu qu’elle ne se fâche pas, pourvu qu’elle reste encore à ses côtés. Il finit par s’excuser, lui promet d’être à la hauteur et avance un geste qu’elle repousse avant d’aller retrouver son lit pour suivre son émission favorite. Il reste seul, à la table de la cuisine.

Elle a tout de même réfléchi à cette situation inédite. Ce rôle essentiel qu’elle a joué auprès de Gilles ne peut pas perdurer, il ne mène nulle part. Sans situation, il vit aux crochets de ses parents, en occupant toujours la même chambre d’adolescent tapissée de posters de Bob Marley et Eminem, aux vieux scotchs jaunis. Elle lui dira pas plus tard que cet après-midi, qu’ils ne peuvent plus se voir, que leur relation éveille des doutes dans l’esprit de son entourage, qu’elle compromet ainsi son statut de mère de famille, qu’on commence à la regarder d’un drôle d’œil dans le quartier, que les conversations cessent bizarrement dès qu’elle apparaît . Elle se doit de penser à elle pour une fois. Il accuse le coup. Mal. Effondré, il quitte la table en titubant, sans toucher à sa tasse de café. Il rentre dans sa chambre qu’il ne quittera plus, les yeux fixés au mur, les cachets à portée de main. Incompréhension brutale au moment même où leur complicité semblait une évidence. Il lui a tout donné, elle l’a rejeté, comme les autres, tous les autres qui ne l’ont jamais compris. Il ne sera jamais un homme, il est sans qualité.

Elle est allée chercher dans sa caverne d’Ali Baba, les multiples objets de son délire, amassés depuis des mois; avachi dans son lit de petit garçon, Gilles suit chacun de ses gestes, tente à nouveau d’aimanter son regard, comme avant, en vain. Le sien ne fait que glisser sur lui pour se concentrer sur le gros sac de voyage qu’elle a des difficultés à fermer. « J’ai fait tout ce que j’ai pu pour toi, ne m’en veux pas » murmure-elle tout de même avant de partir en fermant doucement la porte de la chambre.

Elle compose mentalement, au volant de la voiture, la lettre qu’elle enverra à l’animateur de l’émission qui a lancé la veille un avis de recherche : « vous avez vécu une relation inédite avec un proche de votre mari, racontez… » Elle n’a rien entendu de la détonation.

Assise au premier rang de l’église pleine à craquer, Zohra toute vêtue de noir, se berce en silence en fixant le cercueil de son amour perdu. Mater dolorosa dans toute sa splendeur, elle recueille le regard éteint des parents, le foncement de sourcils réprobateur des amis, l’étonnement mitigé des voisins et même le curé l’observe sévèrement. On se mettra à la juger, condamnant d’office son irresponsabilité face à ce garçon qui n’aura de sa courte existence que réussi à collectionner les ennuis, choisi les mauvaises personnes à fréquenter, raté sa vie. C’est seulement maintenant qu’elle réalise à quel point elle l’aimait, comment elle s’est attachée au regard unique qu’il était seul à savoir lui donner. La veille, son mari lui a remis sans un mot, la lettre signifiant la procédure du divorce qui s’entame. Il est là, avec d’autres amis, au sixième rang ; elle sent bien sa nuque rougir de trop d’accablement. Personne n’aura décidément rien compris à leur relation, elle a vu hier pour la première fois le corps nu du défunt qu’elle a revêtu du costume que sa mère lui a confié. Elle tenait à ce cérémonial intime, elle aura rempli jusqu’à la fin le rôle qu’il lui avait destiné, elle prend ça comme un cadeau, elle n’est fautive en rien. Elle n’a pas su reconnaître son chevalier vivant, elle se doit désormais d’honorer son souvenir, qu’elle pourra enjoliver au gré de ses humeurs.

Elle a d’abord cru à une blague, lorsqu’on l’a contactée par téléphone. Son histoire intéresse ! Entre deux sanglots longs, elle en a révélé la suite tragique. Depuis, ils ne la lâchent plus. Ils assisteront anonymement à la cérémonie, car elle l’a exigé : pas de caméra ici mais la première interview aura lieu dans une heure dans leur petit troquet. Zohra, debout, se berce toujours et ses lèvres remuent du discours qu’elle prépare depuis deux jours. Une chance que le noir lui aille si bien au teint. Même si elle a du en parcourir des kilomètres pour enfin mettre la main sur ce pantalon-tailleur qui lui va à merveille. Dans un mois, elle se rendra dans la capitale, participera à l’émission dont elle est la fervente téléspectatrice depuis l’enfance. Tous les frais sont payés, les assistantes sont charmantes et savent poser les questions qui feront déferler sur les visages à l’écran les larmes fondatrices. Zohra, sans pouvoir l’expliquer, sait déjà que sa vie en sera bouleversée, elle s’est toujours sentie à l’étroit dans la vie étriquée qu’on lui proposait jusqu’ici ; mais, ça y est, les choses vont changer….

Avant le dernier tunnel

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C’est lui qui l’avait remarquée le premier. Rien ne semblait pouvoir distraire la jeune femme, installée sur une chaise métallique, plongée dans sa lecture : ni les enfants bruyants qui exigeaient des confiseries de leurs parents déconcertés, ni les touristes avides qui photographiaient, reflexe automatique, sans vraiment regarder, ni les habitués résumant le dernier épisode du feuilleton de la veille.

Il s’était approché et du bout de sa canne avait relevé la couverture du livre. Dans un geste de défense, elle avait retiré ses écouteurs et froncé les sourcils.

« - Le tunnel ? Intéressant » commenta le vieil homme en s’asseyant sur la chaise voisine. Puis il s’était tu. Difficile à présent de prolonger sa lecture ; elle se mit à observer le profil de l’inconnu. Il somnolait, à l’ombre, sous un chapeau de paille. Régulièrement, il sortait de la poche de son pantalon un immense mouchoir avec lequel il s’épongeait le visage, retirait son chapeau pour s’éventer un peu et refermait les yeux. Une chevelure argentée, fournie, un petit bouc aussi blanc, minutieusement taillé, d’épaisses lunettes en écaille et une chemise immaculée conféraient au vieillard une allure élégante. 

La jeune femme avait fermé son livre, allumé une cigarette et s’était levée.

« - Vous me quittez déjà ? Je ne me suis même pas présenté. Je m’appelle François, et vous ?

-          Clarisse

-          Très bien. Alors, peut-être à demain, Clarisse.

-          Euh…au revoir monsieur »

Dans la soirée, Clarisse se surprit à penser à sa rencontre de l’après-midi. Cette façon cavalière de se servir de sa canne, presque comme une arme, la pause qui avait suivi, noté cinq sur cinq sur son échelle qualitative du silence, enfin, la courtoisie toute  simple entre deux êtres humains qui s’apprêtent à faire connaissance. Elle chassait pourtant cette idée ridicule d’honorer un rendez-vous avec un inconnu, si mystérieux soit-il.

Lorsqu’elle se rendit au parc, le lendemain, il l’accueillit en lui tendant la main et l’invita à prendre place à ses côtés.

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L’horloge sonne encore.

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La vieille dame est assise, toujours à la même place, jamais loin de son horloge. C’est son cœur qui sonne à chaque fois. Je viens la voir une fois par semaine pour écouter son histoire, que je m’approprie davantage à chacun de mes passages. Rencontrée par hasard, lors d’une visite forcée à une vieille tante aigrie, elle m’avait intriguée. Elle ne ressemblait plus à grand-chose, il faut bien l’admettre mais il suffisait que je m’installe à ses côtés, face à son horloge-métronome pour que son regard s’illumine dès le premier mot prononcé.Ce premier mot, invariable, c’était Lucien, son Lucien. Son histoire, c’était leur histoire. A eux deux, rien qu’à eux. Dont le dernier vestige égrainait les minutes avant les retrouvailles.

Marguerite venait de fêter ses vingt ans, ce dix mai 1916. En guise de cadeau, on lui avait remis une lettre d’un anonyme enlisé sur le front en quête d’une « marraine » avec qui correspondre. Un être humain lui rappelant que la vie ne s’était pas arrêtée, qu’il fallait espérer. Cette première missive avait plu à Marguerite, pour son ton se voulant détaché, son exigence de s’entretenir exclusivement avec une femme, jeune, jolie si possible et non bigote. (Il avait souligné le dernier terme.)

Elle avait répondu le soir même. Avait attendu pour cela que ses parents soient couchés afin de créer un début d’intimité avec cet inconnu dont elle connaissait déjà la lettre par cœur.

« - Vous ne pouvez pas comprendre. C’était une autre époque.. » Avait-elle ajouté en triturant le paquet enrubanné.

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June (deux lettres et un télégramme)

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June avait toujours considéré l’amour comme une aliénation hasardeuse et mortifère. Elle avait grandi avec ses quatre frères dans la lande anglaise, imprimant définitivement son caractère d’une touche sauvage contre laquelle elle continuerait de lutter vaillamment. Ses parents, derniers rentiers de leur lignée, cultivaient avec ostentation une passion amoureuse s’exprimant par des scènes parfois violentes, suivies de retrouvailles bruyantes entrecoupées de rires tonitruants qui avaient laissé la petite fille perplexe et décidée à ne pas suivre ce chemin chaotique. June jugeait ses parents aussi durement qu’elle méprisait ses frères : « des animaux », murmurait-elle dans son lit avant de plaquer son oreiller sur elle.

L’adolescente qu’elle devint estima sa beauté encombrante. D’ abord parce qu’elle la forçait à reconnaître les traits de sa mère sur son propre visage, mais surtout pour le dérangement qu’elle occasionnait. Elle décida de couper ses cheveux pour freiner les ardeurs pitoyables des garçons qu’elle croisait. Ce qui eut l’effet inverse de ce qu’elle recherchait. A cette époque, les jeunes filles portaient des jupes courtes et exploraient de nouveaux styles. La plupart se rebellaient contre l’esprit étriqué de leurs parents toujours traumatisés par une guerre qu’ils tentaient d’oublier dans le silence et le labeur. Mais June, elle, se perdait dans la trop grande liberté accordée par ses artistes de parents. Sa mère peignait des aquarelles pastelles ne correspondant en rien à son caractère fantasque. Son père, quant à lui, coureur de jupons patenté, éditait des poètes allusifs exaltant une forme de débauche qu’ils appelaient luxure, à renfort d’alcool ou drogues moins licites. Tout ceci répugnait tellement à la jeune fille délicate qu’elle décida de choisir seule son éducation. Après des semaines de recherche, elle trouva enfin, dans un pensionnat de jeunes filles situé en Suisse, l’établissement qui conviendrait au parcours qu’elle se fixait. Elle mit ses parents devant le fait accompli. Ils signèrent les documents sans broncher, échangeant simplement des regards d’incompréhension devant la décision bourgeoise de leur propre fille.

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Ilse

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Ilse était âgée de dix-neuf ans à peine lorsqu’elle fit ses adieux à sa famille pour suivre le bel Hakim au regard de braises qui l’emmenait bien loin de sa Germanie natale. Leurs sorts s’étaient scellés rapidement, au sortir d’une guerre qu’il souhaitait lui faire oublier dans son pays des mille et une nuits. L’amour, comme une fulgurante évidence, avait ravi leurs cœurs. Il faut dire qu’ils étaient tellement beaux que le langage entre eux devenait superflu ; elle n’avait pas hésité et ses parents avaient du s’incliner devant l’étonnante opiniâtreté dont elle avait su faire preuve.

Ils conçurent trois enfants en l’espace de cinq ans. Ilse s’était parfaitement adaptée à sa nouvelle vie, elle ne manquait de rien grâce à la belle situation de son mari. Elle se consacrait à l’éducation de ses trois garçons, lisait de la poésie, parlait maintenant couramment l’arabe en plus de sa langue maternelle, du français et de l’anglais.
C’est ainsi qu’un soir, l’ambassadeur, une connaissance de son mari, fit appel à ses services en tant que traductrice dans une affaire épineuse de trafic de cannabis. Elle avait su délier les langues en douceur, soulignant le caractère neutre de son entreprise, espérant simplement éviter le pire à ces jeunes délinquants inconscients. Son professionnalisme s’avéra rapidement indispensable au sein de l’ambassade qui lui fit signer un contrat en bonne et due forme. Ilse était ravie de cette nouvelle fonction, son mari s’enorgueillissait de sa situation, les enfants grandissaient, entourés de précepteurs et autres maîtres d’équitation.
Régulièrement, de somptueux cocktails se tenaient dans le magnifique palais qu’occupait l’ambassadeur. La présence d’Ilse devint rapidement incontournable. Sa beauté rayonnait, sa gentillesse effaçait les jalousies, ses talents de pianiste assuraient à la fête un parfum d’éternité magique. Tout le monde se disputait le charme naturel qu’elle savait donner avec tant de générosité. Lorsqu’elle rentrait à l’aube, aux bras d’Hakim, qu’ils longeaient, enlacés, la plage désertée, la belle Ilse ne manquait jamais de rappeler à son mari à quel point elle l’aimait, comme il la rendait heureuse, comme elle souhaitait vivre ainsi le reste de sa vie. Hakim souriait, fier de posséder si charmante épouse ayant su lui donner de surcroit trois beaux garçons dont elle assurait une si parfaite éducation.

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