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Femme de personne

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A qui appartient-elle cette femme accoudée ? A ses doigts, aucune bague ; au cou, aucun collier, aucun bracelet non plus le long de ses bras nus.

A qui rêve-t-elle la femme immatérielle ? Son regard est si vague et si pâles sont ses joues. Ses lèvres semblent closes depuis l’éternité et ses sourcils crayonnent sur un front contrarié.

A quel jeu s’amuse-t-elle, la femme aux cheveux longs d’où seul un petit peigne aux écailles de tortues offre un reflet cuivré ?

Que réfléchit d’elle le miroir ovale qu’elle extrait de son sac, que raconte-t-il d’elle ? A-t-elle seulement le trac ?

Tout ce qu’elle a laissé c’est ce mégot strié de vermillon qu’elle n’a pas piétiné du bout de ses sandales, elle l’a étêté d’un petit geste sec .

Tout le reste semblait sale lorsqu’elle est repartie et le vent s’est levé en avalant l’oubli.

ENIGME SOLUCIDIENNE (3)

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Si le temps lourd perdure, je serai colérique : tristes répercussions sur moral sans action.

Te parler d’équilibre dans ces conditions ternes sera interprété comme un ordre ultime d’une vie déstructurée.

Alors, je me tairai pendant que tu créeras autour de ce silence l’acte fondateur de cet éternel dilemme.

Rêver ? N’as-tu pas épuisé l’infini des suites parallèles quand l’orage grondait ?

Ce couple d’hirondelles qui a construit son nid de boue et de paille au coin de ta fenêtre t’a fait pleurer ; j’ai trouvé ça idiot alors je suis sortie au moment où les premières gouttes de pluie diluaient ta mélancolie. J’ai jonglé un instant avec quelques grêlons puis j’ai posé mes mains glacées sur ta nuque.

Alors, seulement, tu m’as souri.

ENIGME SOLUCIDIENNE (2)

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Dès que la lune sera cachée par les vapeurs d’étoiles, tu te souviendras de l’oiseau aux seins de femme qui te soufflait parfois des vers.

Dans l’écume d’un rêve

Au comptoir de ta raison

Les géraniums sur ton balcon

Embaumaient tes pensées poivrées.

Tournant le dos à l’écriture

Il t’arrivait de gratter la terre

Jusqu’à trouver le goût du sel

Que tu léchais comme une bête

Puis tapissais ta belle crinière

De ce reflet juste esquissé

J’ai conservé le peigne fin chipé dans une vitrine d’antiquaire le jour de l’escapade. Ma chevelure crépue d’esclave abandonnée avait eu raison de cet objet précieux, brisé en son milieu au premier de mes gestes. Par instruction secrète tu avais gardé l’autre moitié, jusqu’à ce que tu la jettes; ne nie pas! Brandi tel un poignard, j’ai suivi l’arc de cercle que le peigne a décrit avant de s’accrocher à la feuille d’un églantier. Quel trouble!

Depuis ce jour sans relief, le courage a lâché les écoliers que nous étions. Nous n’avons plus jamais parlé de cet épisode abîmé.

ENIGME SOLUCIDIENNE (1)

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Mon bonheur ressemble à un ruisseau malingre, empruntant le chemin dicté par un orage au bord de l’implosion. Si mes épaules ploient comme un corps dans la tombe, c’est juste que le lit de mon écriture reste toujours défait. J’étais, je suis et je serai le grillon à cheval sur l’horizon qu’il n’a jamais connu. Je cherche encore l’écho de ce cercle imparfait.

La traine n’en finit pas de glisser sur le tapis usé: un éclair dans l’azur d’un champ trop labouré. En guise de couvre-chef, un soleil allongé cogne sans s’abattre, frappe mais ne meurt pas. Mises bout à bout, ces scènes de famille ont fait chuter l’Empereur de son trône rongé. Sur la pellicule, les lunes restent figées et prennent à témoins les étoiles endormies.

Dieu a plongé les miroirs au sommet de la montagne que je n’ai plus la force de gravir. Je reste dans la coulisse du théâtre de ma solitude que j’agence à ma guise en attendant que le lourd rideau glisse pour qu’enfin je m’efface.

L’innocent.

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Personne n’est innocent. C’est ce que j’aurai voulu dire à tous ces gens qui me regardaient bizarrement; un bel effroi légitime se lisait sur leurs visages lisses tandis que je continuais d’essuyer le sang étalé largement.  Si seulement j’avais été un génie j’aurais pu suggérer  une toile : la texture veloutée, la couleur grenat, jusqu’à l’odeur âcre et légèrement sucrée, tout cela m’inspirait. Mais je tenais à cette démonstration, ne me demandez pas pourquoi…

J’avais cette chance  inouïe de pouvoir contempler un jour sans lendemain. Le mien. Je rejoindrai ma fiancée à l’aube, je le lui avais promis. Et ils pouvaient bien continuer de m’observer benoitement, de l’autre côté de leur barrière, rien ne perturberait la poésie de mon dernier jour ici. Et certainement pas cette horde qui faisait corps et parlait d’une voix. J’entendais leurs commentaires alentours, avec quelques mots qui flottaient: enfant, fou, meurtrier, irresponsable, malade; je voyais les bouches remuer mais ils gardaient tout de même une certaine distance. Personne ne s’approchait. Ils ont même reculé lorsque je me suis relevé, comme s’ils craignaient pour leurs pauvres vies. J’ai compris alors qu’ils me jugeaient coupable. Alors j’ai prononcé la phrase et je l’ai répété encore: personne n’est innocent, même pas cette fille morte à mes pieds. Surtout pas elle. Je me suis mis à rire. Je me suis avancé dans la foule. Ils se sont  écartés, m’ont laissé un passage. Je ne sais pas si mon regard assassin ou le coupe-coupe que je tenais dans les mains était pour quelque chose dans cette docile réaction mais elle me mit du baume au cœur, faisant des derniers instants de ma vie, le surpuissant, l’omnipotent qu’elle seule avait su deviner en croisant mon chemin.

Il n’y a pas de mort suspecte, c’est ce qu’avait murmuré le spectre familier qui m’accompagnait depuis quelques années.

« Donné c’est donné » on disait ça quand on était gamin mais qu’est-ce qui pouvait m’empêcher de reprendre ce dont elle n’avait pas voulu? J’avais donné ma vie à cette péronnelle, elle avait ri, en  disant « tu exagères ». Elle ne m’a jamais cru. Jusqu’au dernier instant, elle n’a jamais douté. Fallait pas me laisser. Je l’avais prévenue. Pourquoi ne me croit-on jamais? J’ai rien d’un rigolo pourtant, alors? Elle avait cette étrange habitude de parler pendant son sommeil. Cette nuit-là, elle a pleuré l’âme du pays perdu. Alors je l’ai réveillée, doucement et j’ai dit « attends, tu vas voir, nous allons le trouver ensemble » Elle s’est tournée en gémissant et s’est mise à respirer lourdement. J’y ai vu une trahison. Elle ne m’écoutait pas, elle ne m’écoutait jamais, c’est ce que je déplorais.

J’ai  suivi le tracé dessiné par la lune sur le sable mouillé qui absorbait mes pas. Le subtil crissement associé au chœur des lames paresseuses apaisait mon rythme cardiaque. Je me dévêtis et m’enfonçai dans l’eau tiède jusqu’au cou. Sans bouger.
L’idée était de se laisser aller, se laisser emporter, se laisser porter par les flots pour que les souvenirs trop lourds se noient et qu’il ne me reste, à moi, qu’une infime légèreté. Alors, c’est sûr, je pourrais m’envoler. Cette promenade nocturne suivie de ma baignade me ramenait naturellement à la naissance. Je rentrais chez moi, le sourire sur les lèvres; je pénétrais une dernière fois un monde insoupçonné, envié auquel on m’avait systématiquement refusé l’entrée.

Je m’aperçus que j’étais allé trop loin lorsque le silence me perça les tympans. La fin de la nuit donnait son dernier rappel avec ce ciel aussi pur que son âme, aussi bleu que ses yeux, aussi vide que mes pensées. Ça y est, j’avais réussi! Je n’étais plus rien qu’une particule de plus dans cet univers inutile, enfin je me sentais bien, j’allais pouvoir compter les étoiles au dessus de moi. Elles disparaissaient au fur et à mesure tandis qu’à l’horizon, le ciel s’embrasait doucement. Au bleu outremer de son regard succédait le rose impétueux de ses joues. Bientôt j’aurai droit au rouge vermillon de ses lèvres exquises. Alors je pourrais brouter l’herbe des morts, connaître dans l’ombre l’éternité qui nous unirait irrémédiablement.

Et elle ne pourrait qu’acquiescer devant cette simple évidence. J’imaginais son visage lorsqu’elle me découvrirait à ses côtés, comme si de rien n’était. J’avais hâte.