Archive for the 'nouvelles' Category

Les ongles noirs (3)

2 Comments

S’aventurer dans une introspection n’avait rien pour me séduire mais force était d’admettre que le degré de ma lâcheté avait largement dépassé la paresse qui me servait de refuge. Je faisais partie de ces gens rares qui passent les deux tiers de leur vie au lit. Bon, j’avais tout de même découvert qu’on peut y vivre aisément en y accomplissant quantités d’actes fondamentaux, peut-être même fondateurs : dormir bien sûr mais aussi lire, écrire, manger, baiser, réfléchir et même communiquer. C’est ainsi que petit à petit j’avais résolu pas mal de contraintes comme faire les courses ou prendre des nouvelles de la famille.

J’avais poussé le vice jusqu’à installer sur ma table de chevet-bureau, une machine à café. J’en buvais des litres en croquant du chocolat noir et bientôt je ne me nourris que de cela.

J’essayais, à défaut de replonger dans le rêve qui m’obsédait, de m’en remémorer un maximum de détails, au risque de les inventer. Mais je suivais un raisonnement simpliste en me convainquant qu’ayant créée de toutes pièces ce cauchemar, il m’était légitime d’aller chercher plus loin. Puisque j’avais cédé à cette manie d’écrire, que mon principal sujet n’était autre que moi-même, ma propre matière, je ne risquais de porter préjudice à personne d’autre que moi et c’était déjà ça !
J’en avais bien fini avec les arguments médiocres me renvoyant à un narcissisme ostentatoire. Je ne cherchais aucunement à me mettre en avant ou lancer des appâts aussi voyants que fats ; non, je répondais simplement, enfin c’est ce que je pensais, à la question que tout être humain se doit non seulement de  poser mais encore tenter de répondre : se connaître soi-même. C’est là, selon mes hypothèses, qu’on avait une chance de trouver une quelconque forme de bonheur et j’étais persuadée que si chacun s’y employait, bien des problèmes humains seraient résolus.  Pourquoi s’entêter à vouloir faire le bonheur des autres dans une abnégation factice, qui elle serait louable ? Ce raisonnement fallacieux, je le trouvais morbide, la vie n’était pas là….

Le visage à peine entrevu dans cette nuit de grande lune me semblait familier. So what ? Je me « souvins » que ce Raoul avait fait les cent pas pendant que nous creusions. Il s’était arrêté à ma hauteur, sans interrompre ma tâche. Sa posture me rappelait les professeurs arpentant la classe ; ils s’arrêtaient immanquablement derrière moi et lisaient par-dessus mon épaule, ce que je détestais plus que tout. Là, c’était différent : l’homme était posté de l’autre côté du trou, face à moi.  «  creusezsophielucide » avait-il prononcé d’une voix traînante qui ne fit aucune pause, comme s’il m’offrait là un indice ou me lançait sur une fausse piste.

J’avais passé des heures à dépecer ses mots, par syllabes d’abord dont j’avais fait un puzzle, puis par lettres dont je composais des textes anonymes qui jonchaient le lit. Cela donnait des phrases énigmatiques, les combinaisons paraissaient infinies.  Adjectifs, verbes et substantifs  se partageaient ma page qui se noircit si vite que j’en eus le vertige : circulez, priez, déposez, coulez, croulez, clouez, échouez, direz, puez, pliez, écriez, lirez…../ douée, creuse, soule, douce, rusée, policée, éculée, louche, dépliée, crue, prude…./ lord, poule, école, dieu, délice, suicide, curée, pôle, cire, cure, cuir, houle, roche, ciel, deuil, duel, pluie, pouliche….

Ces combinaisons finirent par avoir raison de mon obstination et je me vis m’assoupir avec la certitude que Raoul m’attendait  de l’autre côté du miroir. A peine distingué-je sa voix étouffée me souffler lors du curieux passage : «  All is vanity ».

Les ongles noirs (2)

3 Comments

Je ne faisais plus l’amour. Je vivais depuis des mois dans une abstinence que je n’avais pas choisie mais qui s’était imposée d’elle-même depuis que je m’étais mise en tête d’écrire un roman impubliable. Sans donner un sens psychanalytique à ce simple constat, je me bornais à recenser les faits tels que je les vivais, en anthropologue improvisée de ma propre personne. Ecrire ou faire l’amour, voilà où j’en étais arrivée et cette évidence me plongeait petit à petit dans la mélancolie.
Après avoir passé une semaine entière à chercher à rejoindre de manière artificielle le cauchemar qui m’obsédait, j’avais fini par renoncer. L’alcool s’était avéré un piètre remède, ne parvenant qu’à alourdir chacune de mes pensées, plombant mes idées fixes à défaut de les élever. Tout au plus avait-il fait naître une ou deux métaphores, jugées parfaitement grotesques dès lors que j’avais dessoulé. Je mis un terme à cette tentation de me montrer fidèle à la tradition familiale. Des autres drogues plus illicites, je n’osais m’approcher, connaissant ma faiblesse et mon tempérament addict dont je savais maintenant qu’il était inscrit dans mes gènes au même titre que ma peau mate ou mes cheveux noirs d’une détresse qui se passe le relais de génération en génération. Les joints que je fumais ne m’étaient d’aucun secours dans le désir ardant de créer pour ne pas crier, écrire pour ne pas mourir. Ils me laissaient entrevoir de belles images, de jolis paysages mais cela n’allait pas plus loin ; j’étais donc parfaitement démunie et finis par admettre que ce cauchemar, pourtant si net en ma mémoire, n’était qu’une histoire que je me racontais. Une de plus. Rien de moins. Point.

Lorsque je me réveillai, ce matin-là, toujours à la même heure (le corps n’est qu’une horloge), je restais alanguie dans mon lit, un sourire fiché sur mes lèvres humides, encore ivre d’un plaisir dont je ne gardais aucun souvenir, si ce n’est une légère contracture aux cuisses. Je devais être en manque, c’est sûr.
A mon lever, je marquai un arrêt, tête baissée sur ma jambe gauche, le long de laquelle je suivis le parcours d’une traînée blanchâtre qui stoppa son cheminement au rond de mon genou.
L’idée de recueillir cette semence en vue d’une analyse fut aussitôt rejetée. Entretenir une relation inappropriée avec un fantôme hantant un cauchemar métamorphosé ne changerait rien à ce constat terrible de m’ancrer de plein gré dans ma propre folie. Assise au bord du lit, les yeux fixés sur cette coulée de sperme que mon corps expulsait, je m’étonnai de tendre l’index vers la goutte non encore figée avant de la gouter. A cet instant retentit un cri , dont je ne sais au moment où je l’écris d’où il arrivait : «  RAOUL ! »
Est-il besoin de préciser que jamais je n’avais croisé la moindre personne portant ce nom démodé? C’est à lui que je devais cette formidable tonicité d’une peau plus douce que jamais, ce Raoul, inconnu au bataillon de mes certitudes. Qui se moquait de moi ? De quel démon étais-je l’objet ? Je cherchai sur ma table de nuit un crayon de papier et notai sur le carnet à spirales les mots qui m’encombraient : terre de bruyère, sperme, Raoul. : Pas de quoi composer un sonnet, raillais-je en moi-même pour me rassurer de cette terrible angoisse que je sentais monter.
J’étais tétanisée à l’idée de trouver la prochaine fois du sang ou peut –être même de la merde, au rythme où la tension s’élevait. J’essayais de réfléchir et me forçais à rationnaliser mais je ne voyais pas à qui confier ces faits. Je ne crois en rien et ne me vois pas rencontrer un marabout de pacotille qui trouvera là l’aubaine d’extorquer une folle. J’en revenais toujours là, à cette folie, elle aussi baladée dans l’histoire de ma généalogie. C’était donc ça ? J’avais du mal à y croire, cependant mais c’était bien la seul explication valable. Cela voulait cependant dire que la folie venait d’ailleurs, d’une contrée encore inexplorée. Qu’elle se greffait sans doute sur les êtres les plus aptes à l’accueillir. Je ne me connaissais cependant pas cette générosité….

Prenez garde à la fermeture des portes.

1 Comment

La réunion avait duré moins d’une heure mais la Marte restait sur sa faim. Elle avait congédié un peu trop rapidement sa bande de loosers dégénérés comme elle aimait les appeler et, à présent, encore excitée par son propre laïus, elle n’avait pas le cœur à replonger dans ses fades dossiers. Elle se rendit donc dans le cagibi de Malo qui comprit immédiatement qu’il n’échapperait pas à ses sombres lubies.  Elle avait fermé la porte derrière elle, ce qui n’était pas dans ses habitudes, s’était approchée de son valet et lui avait délicatement retiré ses lunettes avant de s’emparer, telle une cannibale affamée de ses lèvres gercées.  Il s’était laissé faire, comme toujours. Le scénario de leurs fugaces ébats paraissait gravé dans le marbre.  Elle retroussait sa jupe, posait ses fesses molles sur le petit bureau bancal, dégrafait les trois premiers boutons de son chemisier et donnait le signal du départ : «  Au rapport, Malo ».

Il s’exécutait, elle exultait et c’était à peu près tout.
Dix minutes plus tard, elle le toisait en ajustant son tailleur, lui, baissait la tête, tel un enfant pris en flagrant délit de gourmandise et elle se retirait, laissant cette fois, la porte grande ouverte derrière elle.
Alors, toujours selon le même scénario immuable,  Malo secouait la tête, allait fermer la porte, retournait à son bureau, ouvrait le seul tiroir fermant à clé et sortait son petit carnet.  Il commença par relire ses dernières notes datant du trimestre dernier.

Rapport n°40 : aujourd’hui, N a accepté que j’effleure de mes mains son sein droit ; impression étrange de tenir pour la première fois cet « objet » insaisissable, qui semble se dérober de lui-même, qui s’échappe. Aréole presque invisible, légèrement rosé, impossible à goûter. Téton d’une rigidité qui m’a quelque peu affolé. Son sein droit est donc à son image, d’une dureté qui ne fait que cacher une mollesse inavouée. Néanmoins, je progresse et j’ai senti ce jour une faiblesse inédite adoucir les traits de son charmant visage lorsqu’elle a prononcé mon nom. Quand donc comprendra-t-elle qu’elle est faite pour moi ?

Malo sourit tristement avant de rédiger la suite de ce journal intime, sans s’apercevoir qu’il sortait machinalement sa langue, comme pour mieux se concentrer dans  la tâche qu’il se fixait de consigner dans les moindres détails l’avancée laborieuse d’une passion bégayante.

Rapport n°41 : encore le sein droit ! Une tape sur la main quand j’ai tenté d’atteindre son jumeau interdit. Elle va me rendre fou. Je la connais assez pour deviner son désir pourtant, dès son arrivée le matin. Aussi ai-je eu le temps cette fois de me préparer mentalement et je crois avoir été à la hauteur si j’en juge par son regard où j’ai lu un étonnement aussitôt réprimé. Elle a parlé aussi, encore une nouveauté dans nos jeux inédits.  « Malo, le clito » a-t-elle prononcé d‘une voix rauque avant de s’agripper de toutes ses forces à mes cheveux qu’elle a cependant caressés, j’en suis certain. Ce n’est pas une vue de l’esprit, ma maîtresse s’attache à moi, son esclave consentant. Je l’aime.

Il attendrait encore que les locaux se soient vidés de leurs occupants pour se rendre dans le bureau de la Marte, à la recherche du moindre objet parlant d’elle. Il étouffa un petit cri lorsqu’il aperçut son foulard beige profiler une ombre mouvante sur le mur. Elle avait encore oublié d’arrêter la clim, ce qu’il fit à sa place avant de s’emparer du petit carré de soie, qu’il ficha en pochette sur son veston élimé. Elle l’avait certainement laissé à son intention ce petit bout de soi, car cela faisait bien longtemps qu’elle ne s’émouvait plus des quelques rares objets disparaissant de son bureau. Quelle délicate attention ! «  Merci, ma chérie », murmura-t-il avant de disparaître.

GARE AU ROMAN

3 Comments

J’avais quitté les locaux lugubres de la maison d’édition enfouie au troisième sous-sol  d’un centre commercial jouxtant la gare, fière de ma petite victoire sur la toute puissante Nathalie de la Marte, petite fille de l’architecte de cette construction post moderne maintenant décrépie. Sur le chemin du retour, j’imaginais sans peine sa surprise mutant en froide colère dès qu’elle poserait les yeux sur le manuscrit que je venais de lui remettre.
Il s’agissait d’une autofiction d’anticipation la mettant en scène au moment même où elle me congédiait d’un revers de la main, les yeux rivés sur son téléphone portable.

«  Malo, hurla-t-elle, réunion extraordinaire à 17heures, débrouillez-vous pour que tous nos auteurs soient au rendez-vous !………….J’veux pas l’savoir !…………..Démerdez-vous et faites votre job pour une fois ! »

Malo remplissait le triste rôle d’homme à tout faire de la mégère.  Ancien écrivain lui-même, il continuait d’écrire en secret des sonnets vengeurs qu’il envoyait parfois, de manière anonyme à son bourreau.  Parce qu’il ya des années, ces deux là avaient été amants, la relation qui les liait gardait les couleurs d’une sombre rancœur  traversée, ça et là,  de pitoyables récidives le plus souvent avortées. La succession de ces échecs conférait paradoxalement une certaine légitimité à ce couple atypique et s’ils se détestaient ouvertement, ils n’envisageaient pas de se passer l’un de l’autre, au moins dans leur travail. Ils lisaient avec frénésie les manuscrits s’entassant sur le bureau  de Malo, dans le but avoué et assumé de pouvoir s’en moquer ouvertement devant l’auteur convoqué à la seule fin de se voir humilié.

Refourguer de la merde enveloppée dans une couverture pastelle à un prix imbattable ne lassait pas d’exalter Nathalie de la Marte, que ses employés appelaient entre eux « la fouine » ou « la taupe » en fonction de leurs humeurs.  Elle n’avait certainement pas du manquer de charme dans une jeunesse pas si lointaine mais ses traits tirés, comme ses cheveux ramassés en un maigre chignon, racontaient la somme de frustrations qu’elle avait endurée.  L’épaisse couche de fond de teint ne cachait pas les rides nées de ses rictus et le vermillon de son rouge à lèvres soulignait une bouche trop mince, tombant sur une absence de menton.  La Marte s’habillait, quelque soit la saison, de marron dont son coach lui avait assuré qu’il mettait en valeur son teint de blonde vénitienne. Elle courrait en sa compagnie chaque matin, dimanche inclus, dans le bois de Boulogne sans pour autant en tirer un bénéfice remarquable mais elle se convainquait ainsi qu’elle ne se laisserait pas abattre, qu’elle continuerait coûte que coûte de faire partie de ceux qui emploient, payent donc ont le dernier mot.

A dix-sept heures tapantes, elle fit irruption dans le bureau sans fenêtre de son bouc émissaire, qui sursauta comme à chaque fois qu’il la voyait débouler sans crier gare mais vociférant ses éternelles injonctions : «  Au rapport, Malo ! ».  Ce dernier baissa les yeux et haussa la voix étouffée par les trois paquets de cigarettes qui le faisaient tenir. «  Nous vous attendons…Nathalie »

Quelques auteurs, absents de Paris en ce pont de l’Ascension, manquaient à l’appel mais la plupart n’avait pas osé contrevenir  aux ordres de leur directrice qui ressemblait maintenant à une maîtresse d’école face à des collégiens muets, retenant leur souffle, craintifs et malheureux.

«  La Louette n’est pas là, bien sûr ! Elle ne perd rien pour attendre, celle-là » murmura-t-elle à Malo qui dut baisser la tête et respirer l’effluve du parfum sucré qui le mettait dans tous ses états.  Face à l’assemblée qui s’était levée à l’apparition de la matrone, elle esquissa son geste fétiche, parfaitement dédaigneux mais qui avait le mérite de faire admirer ses bagues tout en faisant tinter ses innombrables bracelets. «  Assis ! »
Elle s’installa elle-même au pupitre surélevé et n’eut qu’à cligner un instant de ses yeux fardés pour faire déguerpir Malo qui s’effaça aussitôt, fermant le plus doucement possible  la porte sur laquelle il colla son oreille.

«  Si je vous ai fait venir aujourd’hui c’est, vous vous en doutez, pour gagner du temps, du papier et de l’argent.  Vous vous contentez de peu, mes enfants et il va s’agir de passer à la vitesse supérieure si vous espérez conserver les privilèges que vous mettez plus d’énergie à défendre que  vos pauvres romans insipides à écrire. N’oubliez jamais que si vous êtes là c’est que personne à part moi n’a voulu de vos productions dégueus ; J’ai longuement réfléchi, croyez-moi et force est de constater que vous partagez tous le même goût prononcé pour les voyages que vous offre avec mansuétude la Compagnie qui vous emploie. Qu’à cela ne tienne ! Vous aimez avaler les kilomètres ? Vous serez payés à la ligne. Malo !! »

Malo, plus voûté que jamais, posa sur la table une pile de dossiers de la même couleur vert pomme que la couverture des romans édités, avant de sortir à reculons sans avoir osé lever les yeux, ni sur sa  directrice, ni sur les auteurs qui en prenaient à leur tour pour leurs grades.

«  Dans ces dossiers figure, pour chacun, une feuille de route.  Vous allez me ratisser l’Europe dans ses moindres coutures ; oui, je sais, Tatayeb, je vous ai réservé la France eut égard à vos préférences nationalistes que je ne peux que louer, mais c’est bien parce que votre oncle est député, ne vous méprenez pas ; on en reparlera aux prochaines élections….Bref, je veux du vécu, c’est pas compliqué même pour des ratés de votre envergure.  A vous de choisir votre cobaye et de le faire parler ; chacun a une histoire à raconter, du moins chacun se l’imagine. Nos lecteurs, eux-mêmes voyageurs ne désirent qu’une chose : qu’on leur parle d’eux alors allons-y ! Des questions ? Alors au boulot ! Rendez-vous dans un mois, même lieu même heure. Je subis d’énormes pressions moi-même alors inutile de venir, chacun votre tour me parler de votre vie misérable. Votre avenir dans la maison dépend de vos futures productions. Mettez le paquet et vous bénéficierez d’un sursis.  Rompez maintenant!  Et n’oubliez pas que dans vécu, il ya cul ! »

Roman de Gare

4 Comments

Ecrire des romans de gare représentait pour l’écrivain raté que j’étais un bon compromis et reposait ma conscience ; j’en avais bien fini avec les questions existentielles qui avaient ruiné ma vie, petit à petit.  Je pouvais assouvir sans prétention aucune ce besoin bizarre d’écrire comme on respire sans pour autant endosser un statut bien trop lourd à porter pour l’usurpatrice que j’étais.  Je travaillais  pour une maison d’édition alimentant en littérature dite accessible  et facile à digérer une usine de distribution aux points de vente multiples, elle-même actionnaire d’une entreprise de chemin de fer privatisée depuis peu. Aussi, en plus des émoluments corrects que je percevais pour mes romans, j’avais le loisir de voyager à ma guise  et gratuitement dans toute l’Europe. C’est  ainsi que j’avais conçu une nouvelle méthode d’écriture qui satisfaisait mon employeur sans avoir à déployer une imagination qui commençait à s’essouffler.

J’avais initié l’application de cette méthode inédite sans en avertir ma directrice littéraire ; il me fallait vérifier au préalable si elle tenait la route. Aussi, à la remise mensuelle de mon manuscrit, j’observais pour une fois les courbes de vente de ma nouvelle production avec  intérêt.  Je ne sais toujours pas si la parution coïncidant avec la période estivale  fut la seule raison de ce succès mais il m’encouragea à persévérer dans cette voie et bientôt je n’écrivis plus que de cette manière insolite. Lorsque je fus convoquée au bureau de la directrice des ventes et qu’elle me tendit un siège en me donnant du « chère amie », je sus immédiatement que cette méthode infaillible éveillait la curiosité de mes employeurs, qu’ils tenteraient de la connaître afin de la divulguer à mes collègues, forçats de l’écriture, compagnons de galère.

Une fois que j’admis que leur triste sort ne me concernait définitivement pas, je décidai de ne rien dire de ma façon de travailler.  Chacun sa croix et ses factures. Pour une fois que je pouvais m’enorgueillir d’être à jour avec mon loyer, de me payer le luxe des hôtels  deux étoiles avec petit déjeuner inclus, il me fallut quelques mois supplémentaires avant de me convaincre qu’il subsistait une chance que je ne finisse pas dans la fosse commune ou pire, sous un pont de Paris.

Six mois et autant de nouveaux romans  passèrent. Ma directrice revint à la charge et me présenta une alternative alléchante en renégociant le contrat qui nous liait. Cette fois, je n’avais pas le choix : à mon âge, moi qui n’avais toujours pas commencé de cotiser pour une retraite que je me défendais jusque là d’envisager, j’appréciais de me voir introniser cadre d’une entreprise certes totalement inconnue mais qui affichait un pourcentage de bénéfice à deux chiffres. Qu’avais-je à perdre dans l’histoire ? Pas grand-chose à vrai dire ; je réclamais, pour la forme, quelques jours de réflexion mais je savais déjà que je signerai ce nouveau contrat sans le moindre  remord. L’habile commerciale finit par sourire en gonflant un peu plus la partie fixe d’un salaire déjà plus que raisonnable, et je me mis à table.

«  Vous allez sans doute être déçue car je n’ai découvert aucune baguette magique et n’ai ingurgité sous aucune forme que ce soit une quelconque poudre de perlimpinpin. Mais puisque vous insistez avec tant de doigté, je m’en vais vous confier mon petit secret.  Voilà : puisque nos romans se vendent dans les gares et que nous bénéficions de cette opportunité de voyager à l’œil, autant se servir de ce matériau inépuisable à portée de main, n’est-ce pas ? … il s’agit, vous l’avez compris, du TGV.
-    Je vous demande pardon ?  Utilisez, s’il vous plait ce bon vieux tortillard pour vous exprimer, je ne vous suis plus, très chère
-    TGV : Textes glaviotés aux voyageurs !
-    Mais….Avec ce nouveau virus qui circule plus vite que la lumière, ne prenez-vous pas le risque de vous condamner vous-même ?
-    Ecrire comporte bien sûr une part de danger. Personne n’est à l’abri aujourd’hui mais je prends toutes les précautions d’usage, ne vous en faites pas pour moi.
-    Concrètement, vous procédez de quelle façon ?
-    Le plus simplement du monde. La phase d’observation est primordiale et se fait sur le quai. Tenez, je vais prendre un exemple ; vous vous souvenez de «  Gare de Lyon, dix-huit heures » ?
-    Comment l’oublier ? Notre plus gros tirage ….
-    Eh bien, je le dois, ce succès,  à une jeune femme dont j’ai depuis oublié le nom. Je l’avais immédiatement repérée, avant même de monter dans le train.  Elle embrassait avec l’énergie du désespoir son amoureux avant de fondre en larmes et de s’engouffrer dans le wagon.  Le hasard nous fit voisines  et je me mis en tête de consoler l’amoureuse en la laissant s’épancher sur sa relation  qu’elle m’avoua très vite adultérine.
-    Cette abracabrante histoire est donc vraie ?
-    Bien sûr ! La vie est bien plus imaginative que nous autres, écrivaillons. Et les voyageurs, plus que les autres, aiment à se voir héros d’une histoire qu’ils réinventent aussitôt qu’ils l’ont vécue ; c’est le propre des humains de posséder cette qualité dont je me repais avec avidité.
-    Tout de même ! Se livrer ainsi à une parfaite inconnue, voilà qui ne me viendrait pas à l’idée..
-    Lorsque vous voyagez, vous quittez l’espace-temps maîtrisé, vous vous installez dans une parenthèse propre à l’introspection ; si le « hasard » vous place face à une oreille attentive, parfaitement étrangère, alors, je vous assure qu’il n’en faut pas davantage pour décharger sur elle la somme de vos contradictions, de vos questionnements sans fond. Souvent, le voyage n’est pas assez long pour faire le tour de la problématique abordée par le voyageur. Combien de fois avons-nous du poursuivre la conversation au comptoir d’un bar obscur jouxtant la gare, je ne saurais le dire…
-    Vous savez que vous tenez là un sujet en or ?
-    Hé hé
-    Je vais préparer un contrat ; j’exige l’exclusivité de ce sujet, je vous fais confiance…
-    C’est-à-dire…
-    Oui ?
-    «  Roman de Gare » est sous presse, il sortira à la rentrée….
-    Non ! Ne me dites pas que vous tuez dans l’œuf cette mine à romans…Pas vous !
-    Ne vous inquiétez pas,  je publie cette fois sous mon nom, rien à voir avec les multiples pseudos dont vous m’affublez depuis des années…
-    Dehors ! Nous nous reverrons au Tribunal
-    Allons ! Restons calmes, ni vous ni moi n’avons besoin en ces temps de crise d’une si navrante publicité ; et «  Au diable et dans les pommes », j’en fais quoi ?
-    Donnez !  Vous êtes décidément trop coriace ! Disparaissez ! Je ne veux plus vous voir ! Plus jamais ! Désormais, envoyez vos épreuves par mail ; vous m’avez pourrie ma journée, j’espère que ça vous fait plaisir
-    Plus que vous ne croyez, je pars avec un nouveau sujet ; je vous l’ai dit, la vie est roman ! »

Le Terminal

1 Comment

On était au quatrième jour. J’avais quitté la réalité. Il ne restait rien. Je déambulais comme les autres dans ce hangar immense qui tremblait parfois sous l’effet d’un hurlement déchirant. Mais le silence finissait toujours par retomber.
Les regards apeurés s’échangeaient par hasard mais fuyaient inévitablement. Les visages n’en finissaient pas de se creuser. Il y avait toujours quelqu’un en larmes pour s’accrocher à ma manche.
Des hôtesses passaient en portant des plateaux remplis de bouteilles d’eau et de tasses de café. Je ne comprenais pas l’utilité de leur présence. Elles me tapaient sur les nerfs à vrai dire. Leur politesse contrefaite, le sourire aussi vide que le regard, elles ne m’inspiraient qu’un profond mépris. Je me demandais bien d’où venait cette haine contre ces pauvres filles qui n’exerçaient ce métier que pour remplir leur caddie et payer leurs factures. Mais rien ne semblait les atteindre. J’ai toujours détesté les hôtesses de l’air. Les stewards ont l’air plus humble…

Encore une journée à errer et jongler avec des pensées incongrues. A se poser des questions surréalistes pour ne pas affronter cette putain de réalité qui me revenait sans cesse avec la même violence. Tant que je ne l’aurai pas vue de mes propres yeux, je ne pourrais y croire. Mais il fallait se montrer patient. C’est ce que les psychologues répétaient comme des automates. Dépêchés par je ne sais quel ministère ou autre ambassade, ils étaient d’abord restés figés derrière les bureaux qu’on leur avait installés dans un coin, derrière un paravent. Quelle mascarade ! Après s’être consulté pendant des heures, admettant qu’il leur faudrait aller chercher eux-mêmes les clients, ils s’étaient timidement avancés, un porte-document en guise de bouclier. Allez-vous faire foutre ! Les réactions s’étaient avérées plus ou moins identiques. Alors ils avaient rejoint leur planque au coin du hangar.

Tous les regards étaient suspendus aux allers et venues incessants des légistes, avec leur masque qui ne cachait rien de l’horreur qu’ils vivaient depuis plus de quatre-vingts heures. J’en profitais pour régler ma montre, tapotait son cadran de ma énième cigarette. On nous avait accordé cette tolérance-là, on avait même à peu près tous les droits subitement. Quoi que nous fassions, nous avions toujours droit au même regard de commisération. J’avais assisté, depuis mon arrivée à une bonne dizaine de crises de nerfs, autant d’évanouissements, et même une crise d’épilepsie. Je vivais un enfer renouvelé qui me laissait comme spectateur de moi-même. Je me voyais faire les cents pas, fumer, boire. Je m’emmurais dans le silence, comme les autres. Tout se passait comme si un accord tacite nous forçait à faire front. Ou alors était-ce une manière de nous rassurer, nous encourager. Pour moi, c’était plus simple, je n’y croyais toujours pas et j’attendais qu’on m’annonce une erreur. « Acceptez nos excuses, monsieur Klein, votre épouse n’était pas à bord ; elle ne fait pas partie des victimes, vous pouvez rentrer chez vous à présent » C’est ça que j’attendais et c’est ce que je leur demandais : vérifier, vérifier encore.

Je remarquais tout de même qu’on était moins nombreux aujourd’hui ; les autres préféraient maintenant le hall plus confortable de l’hôtel ; des navettes effectuaient le parcours d’environ dix minutes à la moindre demande. On nous assistait, on nous préparait, on nous maternait presque. C’était insupportable. Dès le premier jour, l’annonce entendue à la radio avait précédé l’appel angoissé de la compagnie suivi de celui de l’ambassade puis c’était la famille, les amis, les connaissances, le concierge qui s’y étaient mis. J’avais l’oreille en feu, la gorge en flammes, le cœur au bord des larmes, mais j’essayais de garder le contrôle tant qu’on ne me fournirait pas des preuves tangibles de cette farce morbide. J’avais fait le voyage d’une traite, prenant un malin plaisir à rouler trop vite. Au premier contrôle des gendarmes j’avais raconté de manière assez neutre cette catastrophe nationale qui me concernait et je m’étais fait escorter, non sans qu’ils m’aient bizarrement salué, la main en écran sur le casque. J’avais grimacé pour ne pas leur éclater de rire au nez. Et je les avais suivis, à fond, le pied collé sur la pédale de l’accélérateur. Au même moment, à la radio était passé sa chanson préférée « Che sera, sera », ce qui m’avait fait pleurer. C’était le premier signe envoyé, je commençais doucement de croire à l’innommable. Tout cela serait donc vrai ?

Les deux jours qui suivirent furent si pénibles qu’ils ont tendance à s’évanouir d’eux-mêmes dans le magma infâme d’une mémoire aléatoire. Tous ces visages avilis par la peur, le désespoir, les larmes qui ne finissent jamais d’en faire naître d’autres. Je n’aurai jamais cru possible qu’on puisse pleurer autant ; elles viennent d’où ces larmes, elles se créent comment ? Rapidement, on était tombé dans le glauque le plus pitoyable ; des hommes nous avaient distribué des formulaires à remplir concernant les marques de reconnaissance de nos proches : tout signe particulier devait être consigné, tâche de naissance, grains de beauté, cicatrices, ainsi que les vêtements, bijoux. On nous avait demandé les coordonnées du dentiste attitré afin qu’il leur envoie la dernière radiographie dentaire effectuée. J’étais resté un instant prostré devant le questionnaire. La beauté n’a rien de particulier, comment la décrire ? J’avais fait de mon mieux néanmoins et quelques heures après cette épreuve on était venu me chercher pour les premières identifications. Je remarquais qu’il n’y avait là que des hommes avec moi. Comme si nous étions génétiquement préparés à ce genre d’horreur.

Les victimes reposaient sur des lits de camps alignés recouverts de draps. On faisait dépasser du linceul une main baguée, un pied bracelé, on découvrait un nombril orné d’un piercing… C’était juste l’horreur. Je me rendis compte que les corps étaient regroupés par sexe, chevelure et ces putains de signes particuliers. Derrière un autre paravent, d’autres corps dont il ne restait que des morceaux qu’il faudrait recomposer.

On était au quatrième jour. A force de dodeliner de la tête, et murmurer « non » à longueur de journées interminables, j’avais un début de torticolis. Selon toute logique, je devrais aujourd’hui toucher l’indicible. Je m’y préparais sans y croire vraiment jusqu’au moment où on m’apporta un plateau métallique sur lequel gisait son sac à main, celui la même que je lui avais offert pour son anniversaire quelques semaines auparavant. En l’ouvrant, une lettre et une photo s’échappèrent en même temps. La photo, c’était moi. Avec un grand sourire. Il manquait juste l’autre moitié, on l’avait découpée. Elle avait déjà disparu. La lettre m’était adressée aussi. « Christian, je te quitte… »
Je n’ai pas eu la force de lire la suite.
…/…

Ce jour-là.

Add a comment

D’où vient l’envie ? Est-ce un besoin ?
Qui nous le dicte ? Qu’est-ce qui retient ?
Pourquoi aujourd’hui, maintenant, tout de suite est-ce si urgent ?
Qu’est-ce qui fait qu’on puisse se passer de désir alors que subitement il s’impose comme une évidence, comme un commandement divin impossible à transgresser, sous peine de mort. La vie est plus forte. Indéniablement, et c’est irréversible. Un appel de la vie, un besoin de vie plus qu’un désir ou un fantasme, un appel du dedans, de ce fragment de vie qui fait qu’on y tient plus que tout. Plus que tout. Et qu’on tient.

Ce jour là, je l’avais senti dès le réveil. Je ne savais pas bien le nommer, ni même le localiser, comme une présence qui prend le corps en otage et ne le rendra pas. Pas avant d’avoir payé le dû. Sans répit.
J’avais passé toute la matinée ainsi, à errer dans l’appartement comme une lionne en cage, une sorte de rage au ventre que la nourriture dont je me gavais ne pouvait satisfaire. C’était autre chose. Ça venait de plus loin.
Après le déjeuner, je commençais à me sentir de plus en plus nerveuse, ne réussissant ni à lire, ni écrire, je ne savais ni me concentrer ni me laisser aller à dormir. Je me voyais tremblante, quasiment frémissante ; cette sensation m’effrayait, indomptable, insatiable, et qui dure, et qui enfle et qui monte.
A quatorze heures je me résolus à t’appeler. Je ne réussis à prononcer qu’un mot dans mon égarement : « Viens ».
Tu dus entendre au son de ma voix que quelque chose n’allait pas, tu ne cherchas pas à savoir pourquoi je t’appelais ou s’il s’agissait de la santé d’un de nos enfants. Tu raccrochas et rentras à la maison.C’était la première fois que je t’appelais ainsi en plein après midi. C’est la première fois que je te dérangeais dans son travail. Je te suis encore reconnaissante aujourd’hui, quand j’y pense.
Tu n’a pas cherché à me raisonner, tu es simplement venu, c’est pour ça que je t’aime ;
Le fil ténu, solide et fragile tissé en nous frottant les pattes.
Le silence, posé entre nous me comble.
Tu es venu, je t’attendais.
Nous nous sommes aimés.
Comme si notre vie en dépendait.
Il y avait urgence.
Et cela a duré. On a recommencé.
Il le fallait.
Souffle coupé, gestes saccadés
Tics nerveux, sourire crispé : Restes de nos ébats.
La sonnerie du portable, gong final du combat, a retenti.
On t’ordonnait d’allumer la télé.
C’est à ce moment que les bruits alentours, familiers, éternels ont repris leur place. Peut être un peu plus fort que d’habitude ou étaient-ce nos sens en alerte qui les percevaient ainsi.
Un gigantesque brouhaha qui ne s’interrompt pas.
Je ne sais pas pourquoi j’ai alors amorcé la position du poirier. Pour rigoler sans doute. Ou pour garder pour moi juste un peu de ton foutre. Les jambes le long du mur et les bras repliés, mes mains collées aux fesses et les yeux grands ouverts j’ai vu un personnage s’envoler vers le ciel.
C’était beau, je souris.
C’était drôle et je ris.
J’ai toujours depuis ce jour conservé cet amour, un élan de tendresse, le rappel des caresses, et la violence aussi de ce mois de septembre. L’été donnait son dernier rappel, apothéose, j’ose. Dans dix jours on serait en automne.
Le vingt-et-unième siècle avait fait son entrée pour jeter sur chacun son parfum d’angoisse, de mort, comme si, avant ça, personne n’avait souffert.
Le monde allait enfin regarder dans la même direction. (Le poste de télévision)
Il était sommé de partager les mêmes peurs.
Les méchants arboraient sous leur barbe le même sourire moqueur,
Dans leurs yeux on lisait la même terreur.
La position choisie étranglant mon rire, j’entamai une étrange roulade.
Le long de mes cuisses s’écoula un peu de notre vie qui n’aurait pas raison des flammes sur l’écran.
Etait-ce l’épaisse fumée qui me faisait pleurer ?
Les larmes léchaient mes seins (et les flammes les tours)
Inondaient le nombril (nommé depuis : Grand Zero)
A moi seule j’annulai l’innommable.
La vie est bien plus forte. Il est là, le complot. Pendant que quelques milliers de victimes périssaient, des millions d’humains forniquaient. Ce n’est pas la morale d’une fable infâme, c’est la vie qui jaillit tout le temps, sans cesse dans le bruit, le chaos, la fureur ou l’ennui.
Chaque être humain de la planète est censé se rappeler ce qu’il faisait ce jour-là, diktat obligé, sous peine de flagrant d’élit d’inhumanité.
Je me souviens. Tu l’avais oublié. Ce n’est pas très grave, on s’est tellement aimé.
Je voulais raconter. Juste ça. Une réalité. Avec ses prémisses, ses doutes et ses appréhensions.
Ce n’est qu’un souvenir.
Quand on entend au loin le tonnerre gronder, qu’on se met à compter. Un, deux, trois, quatre… avant que la foudre tombe, pas très loin, à côté.
Avant que le ciel ne se mette à changer, que les nuages déferlent et qu’enfin la pluie tombe.
Il était si clair, pas vraiment bleu, il faisait mal aux yeux.
Et maintenant, de nouveau, le soleil nous aveugle
On ne retient jamais que ce que l’on connaît.
Je te connais
Retiens moi donc !
Que m’importe le tocsin qui ameute les foules tous les soirs à vingt heures
Je ne veux que tes yeux et les miens, même si ce n’est qu’un leurre.

Partir à Panama (ou pas) …

1 Comment

Si tu pars à Panama, rapporte-moi un chapeau que je porterai à Paname où je suivrai les touristes qui arpentent le parvis de Notre Dame en pleine canicule.
Ils pénètrent dans l’église où pour quelques instants ils trouvent la fraîcheur propre à la pénombre qui sent l’encens.
A travers les vitraux colorés, un rayon de lumière enrobe un corps maigre et blanc. On prie. Je prie aussi. Mon Dieu, aidez moi à supporter l’ennui. Donnez-moi la force. Mon père, pourquoi m’as-tu abandonnée ? Je suis seule à présent.
L’église se vide à l’heure de la messe. Quelques vieilles bigotes, des sœurs qui vont par paires, un clochard et puis moi.
Si tu pars à Panama, rapporte-moi une orange. A part moi, je pense à son jus délicieux. Comme un baume sur ma plaie, ce corps là devant moi mutilé.
Continue reading ‘Partir à Panama (ou pas) …rgb’