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	<title>Sophie Lucide &#187; nouvelles II</title>
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		<title>Avant le dernier tunnel</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Jul 2010 23:00:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>sophie lucide</dc:creator>
				<category><![CDATA[nouvelles II]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est lui qui l’avait remarquée le premier. Rien ne semblait pouvoir distraire la jeune femme, installée sur une chaise métallique, plongée dans sa lecture : ni les enfants bruyants qui exigeaient des confiseries de leurs parents déconcertés, ni les touristes avides qui photographiaient, réflexe automatique, sans vraiment regarder, ni les habitués résumant le dernier épisode [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est lui qui l’avait remarquée le premier. Rien ne semblait pouvoir distraire la jeune femme, installée sur une chaise métallique, plongée dans sa lecture : ni les enfants bruyants qui exigeaient des confiseries de leurs parents déconcertés, ni les touristes avides qui photographiaient, réflexe automatique, sans vraiment regarder, ni les habitués résumant le dernier épisode du feuilleton de la veille.Il s’était approché et du bout de sa canne avait relevé la couverture du livre. Dans un geste de défense, elle avait retiré ses écouteurs et froncé les sourcils.<br />
« &#8211; Le tunnel ? Intéressant » commenta le vieil homme en s’asseyant sur la chaise voisine. Puis il s’était tu. Difficile à présent de prolonger la lecture ; elle se mit à observer le profil de l’inconnu. Il somnolait, à l’ombre, sous un chapeau de paille. Régulièrement, il sortait de la poche de son pantalon un immense mouchoir avec lequel il s’épongeait le visage, retirait son chapeau pour s’éventer un peu et refermait les yeux. Une chevelure argentée, fournie, un petit bouc aussi blanc, minutieusement taillé, d’épaisses lunettes en écaille et une chemise immaculée conféraient au vieillard une allure élégante.<br />
La jeune femme avait fermé son livre, allumé une cigarette et s’était levée.<br />
« &#8211; Vous me quittez déjà ? Je ne me suis même pas présenté. Je m’appelle François, et vous ?<br />
- Clarisse<br />
- Très bien. Alors, peut-être à demain, Clarisse.<br />
- Euh…au revoir monsieur »<br />
Dans la soirée, Clarisse se surprit à penser à sa rencontre de l’après-midi. Cette façon cavalière de se servir de sa canne, presque comme une arme, la pause qui avait suivi, noté cinq sur cinq sur son échelle qualitative du silence, enfin, la courtoisie toute simple entre deux êtres humains qui s’apprêtent à faire connaissance. Elle chassait pourtant cette idée ridicule d’honorer un rendez-vous avec un inconnu, si mystérieux soit-il.</p>
<p>Lorsqu’elle se rendit au parc, le lendemain, il l’accueillit en lui tendant la main et l’invita à prendre place à ses côtés.<br />
« &#8211; Heureux que vous soyez venue, finalement. Je finissais par ne plus trouver d’excuse valable pour dissuader les importuns de s’emparer de cette chaise. » . François souriait. Clarisse confiera bien plus tard que ce premier regard échangé avait scellé entre eux un pacte sacré : il ne saurait rien de sa vie, elle n’en apprendrait pas plus sur lui.</p>
<p>Pendant toute une semaine, ils se retrouvèrent ,pour parler musique, peinture et littérature. Il racontait aussi Paris à cette provinciale arrivée par hasard, sans que ses propos ne s’altèrent d’une quelconque nostalgie qu’il laissait, c’étaient ses mots, aux « imbéciles ».<br />
« &#8211; Vous comprenez, Clarisse, ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que l’ Histoire ne s’arrête pas. Elle est en mouvement, toujours… »<br />
Le premier jour de la semaine suivante, François ne vint pas. Clarisse en fut profondément affectée, envisageant différents scénarios, se maudissant de ne pas lui avoir demandé son adresse ou, au moins un téléphone où le joindre. Elle attendit en vain.<br />
Mais le lendemain, il était là, à la même place, aussi immuable que l’arbre qui lui offrait son ombre. Elle remarqua cependant sa difficulté à se lever, le sourire trop large qui masquait mal une grimace de douleur. Face à son inquiétude, il avait révélé la vérité sans fausse pudeur. Abrupte et tranchante : il allait mourir, ce n’était qu’une question de jour. Il ne laissa pas à son interlocutrice le temps de s’apitoyer. Il lui proposa une « expérience » qu’il avait imaginée avec son éditeur et qu’il ne voulait partager qu’avec elle.<br />
Il s’agissait d’assister à l’arrivée de la mort. Rien que ça. Elle n’aurait pas à subir les inconvénients de la dégénérescence ou de la souffrance. Il lui suffirait de recueillir ses dernières pensées, ses sentiments, tels qu’ils se présenteraient. Il avait tout prévu, était bien entouré. Tandis qu’il lui confiait sa dernière volonté, Clarisse pleurait doucement, partagée entre la colère contre cet attachement soudain pour ce vieillard indigne et la simple tristesse de perdre aussi vite un ami. Mais elle n’hésita pas, accepta immédiatement.<br />
« &#8211; Non, non ! Vous n’avez pas compris. Réfléchissez, vous me donnerez votre réponse demain. Je ne cherche pas une main tendue pour mon passage, mais une oreille attentive. Votre qualité d’écoute est grande. Vous serez en quelque sorte, ma secrétaire éphémère et ce travail sera rétribué.<br />
- Il n’en est pas question, s’était-elle indignée<br />
- Dans ce cas, tant pis ! Au revoir Clarisse<br />
- Attendez ! C’est d’accord, je vais réfléchir. A demain ?<br />
- C’est ça, Clarisse, à demain. »<br />
Arrivée en avance, elle avait couru à sa rencontre, son petit sac de voyage à la main. Marchant bras-dessus, bras-dessous, il l’avait félicité d’avoir emporté ses affaires et lui avait demandé si elle ne voyait pas d’inconvénient à ce qu’ils se rendent immédiatement chez lui, il se sentait fatigué aujourd’hui. Il habitait à deux pas, au deuxième étage d&#8217; un immeuble haussmannien. Son secrétaire-majordome, apparemment au courant de la situation, semblait voir d’un mauvais œil l’arrivée d’une étrangère dans leur vie parfaitement ordonnée. Il se montra distant, presque condescendant vis-à-vis de Clarisse.<br />
Les premiers jours se déroulèrent tranquillement. Ils partageaient leur repas livré par le restaurant où il avait ses habitudes. François tenait à revoir les films de Fellini que Clarisse ne connaissait pas. Il n’écoutait plus que Schubert, écrivait et lisait autant que ses forces le lui permettaient. Leur silence studieux allait jusqu’à faire douter la jeune femme : elle se disait qu’au fond, le vieil homme se satisfaisait de sa seule présence et qu’il n’était pas plus malade qu’elle. Elle repoussait cette idée morbide et il l’y aidait bien : ne se plaignait jamais, se montrait un compagnon agréable et son intelligence, pointée d’humour la fascinait toujours.<br />
Clarisse fut réveillée dans la nuit du vendredi au samedi par le secrétaire-majordome vêtu d’un pyjama rayé. « Il vous demande ». Elle enfila un jean et un pull et se rendit au chevet de François. « Ça va aller, Clarisse, ne vous inquiétez pas ». Une seringue, posée sur une soucoupe sur la table de nuit, annonçait l’indicible.<br />
« &#8211; Que dois-je faire ?<br />
- Vous avez de quoi noter ? Là, sur le bureau..<br />
- A quoi pensez-vous ?<br />
- Vous allez rire<br />
- Arrêtez vos conneries, euh, pardon<br />
- Je pense à mes arbres<br />
- Quoi ?<br />
- Les arbres de mon enfance, que j’enlaçais de mes deux bras. Ils grandissaient avec moi, je n’ai jamais réussi à en faire le tour.<br />
- Vous pleurez<br />
- Mais non ! Ecrivez !<br />
- J’écris, je vous écoute<br />
- Je pense à vous…<br />
- Encore des inepties<br />
- Vous allez vous taire à la fin ! Je pense à vous, vous dis-je. Je vous ai menti. Je suis un vieil homme qui meurt et qui jusqu’à la fin a aimé. Je vous aime. Inutile de protester, il est trop tard. L’amour ne nous quitte pas, jamais. Même quand on est trop vieux, même quand on va mourir.. attendez..<br />
- J’attends<br />
- Je vois ma mère. Qu’elle patiente encore un peu. Donnez-moi votre main. La vie a été belle, puisque vous êtes là. C’est drôle… je pense à tout, d’un coup, comme un ensemble. La vie comme un bloc de granit. Il n’y a pas à trier. Le bon ou le mauvais. C’est un tout. A prendre ou à laisser. Je voudrais la prendre, une dernière fois. Vous apprendre, vous…<br />
- François !<br />
- Chut, ce n’est rien. Non, ne bougez pas, restez là, laissez moi sentir encore. Laissez-moi respirer encore un peu de cet amour. J’ai de la chance. Jusqu’à mon dernier jour<br />
- François !<br />
- Je ne vous quitte pas. Approchez encore un peu. Vous avez peur ? Je vous dégoûte ?<br />
- Mais non !<br />
- Votre voix tremble, votre main aussi. Vous êtes si jolie.. »<br />
Clarisse ne nota rien. Elle laissa sa main posée sur les yeux qu’elle venait de fermer. Elle ne pleura pas. Elle prépara ses affaires et quitta à l’aube l’appartement endeuillé. Au moment de partir, le secrétaire-majordome glissa une enveloppe dans la poche de son imperméable.<br />
Elle réalisa brutalement, alors qu’elle dévalait l’escalier, qu’elle ne connaissait pas l’âge de François.</p>
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		<title>Le Cercle Roméo et Juliette</title>
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		<pubDate>Mon, 19 May 2008 12:31:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>sophie lucide</dc:creator>
				<category><![CDATA[nouvelles II]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis la dernière loi anti-tabac, les cercles en tous genres s’étaient mis à fleurir dans tout le pays , de façon spontanée et discrète. A Strasbourg, comme ailleurs, la résistance s’organisait. Les quatre comparses avaient réagi en proposant à Fred de leur réserver un espace dans son restaurant. Ce dernier possédait en effet une arrière-salle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis la dernière loi anti-tabac, les cercles en tous genres s’étaient mis à fleurir dans tout le pays , de façon spontanée et discrète. A Strasbourg, comme ailleurs, la résistance s’organisait. Les quatre comparses avaient réagi en proposant à Fred de leur réserver un espace dans son restaurant. Ce dernier possédait en effet une arrière-salle où il entreposait son vieux matériel, dont un billard défeutré, des caisses de vin et autres conserves. Ils partageaient la même passion pour les cigares que Claude allait chercher chaque année à Cuba.  La seule idée de mettre fin à leur soirée du vendredi leur paraissait simplement inenvisageable, tant elle semblait indispensable à leur équilibre.<br />
Ce projet avait été monté de main de maître par le quatuor d’acolytes. En tant qu’avocat, François en avait rédigé les statuts, s’octroyant au passage le rôle de président de l’association. Gary, pharmacien de son état, assumait la fonction de trésorier. Quant à Claude, l’opticien et Vlad, l’architecte, ils se partageaient la tâche, heureusement réduite, de secrétaire.</p>
<p>Ils se retrouvaient ce soir-là, pour le baptême du cercle, qui, sur la proposition de Claude portait le nom de « Roméo et Juliette », leur cigare de prédilection. Pendant le dîner, il avait entretenu la conversation en racontant par le menu sa dernière aventure cubaine, entamée vingt ans plus tôt sous l’influence d’Hemingway. Puis, ils étaient passés dans « leur » pièce, aménagée en salon plutôt cosy. Installés sur deux canapés imposants, ils se tenaient à moitié allongés, en bras de chemise, le cigare à la bouche. Si leurs compagnes étaient absentes, c’est qu’elles ne se seraient sans doute pas gênées pour se moquer de leur attitude « phallocrate ». Aussi ne boudaient-ils pas leur plaisir.</p>
<p>Le sujet qui les intéressa, arriva comme souvent par hasard. Qui des quatre l’avait initié, peu importait. Peut-être y avaient-ils été aidés par ce rhum vieux qu’ils dégustaient bourgeoisement. Ou bien, opéraient-ils là une analogie avec leur propre amitié débutée à une table de poker. Toujours est-il qu’un des quatre lâcha le mot : jeu, qui les avait aussitôt animés. Depuis que le poker s’étalait un peu partout, à la télévision, comme sur Internet, ils avaient abandonné cette onéreuse manie. Même les femmes s’y étaient mises ce qui les avait définitivement découragé. Claude garda la main en abordant le sujet de son unique passion, les femmes.</p>
<p>&laquo;&nbsp;- Les femmes ou la femme ? C’est là mon seul dilemme. Vous êtes mariés, je suis célibataire. Qui connaît mieux les femmes ? Aucune ne me laisse indifférent, chacune mérite mon attention, alors tirer un trait définitif sur les femmes en choisissant l’une d’elles, c’est impossible. C’est une torture ! Je ne parle pas d’attachement, je parle de la vie. Quoi ? Les gars, on a quarante ans, on s’est pas mal débrouillés jusque là mais notre vie matérielle confortable devrait nous suffire ? Excusez-moi, mais j’ai encore besoin de vibrer, de me sentir libre, de vivre ! C’est ça mon jeu, c’est ma vie. En vieillissant, je me félicite de ne pas m’être reproduit. Quels conseils je pourrais donner à un grand dadais qui chercherait un sens à sa vie ? J’en suis encore là, moi ! Oh, je sais ce que vous pensez de moi : infantile, égocentrique et stérile. Eh bien, je suis d’accord ! Mais ce que vous ne comprendrez jamais c’est cet instant magique, où l’on croise le regard d’une inconnue, dans la rue…Se sentir ému par la simple vision d’un genou dévoilé. Tout cela vous dépasse, je sais. » Il ralluma son cigare et Vlad en profita pour prendre la parole.<br />
« &#8211; Ce jeu, on le connaît. Tant que les célibataires toiseront les hommes mariés, on ne sera pas d’accord. Tu veux réduire un homme à son état civil, toi ! Fais attention, à force de fréquenter les femmes, tu commences à penser comme elle… Pour une fois qu’elles ne sont pas là, on ne va pas se mettre à en parler, si ? Bon, vous connaissez ma passion, le jeu auquel je joue. Oui, c’est ça, la photo. Je travaille depuis quelques mois sur un nouveau projet.<br />
-    Et tu ne nous as rien dit ! coupa Claude, encore vexé par la première remarque.<br />
-    Qu’est ce que je fais, là, en ce moment, d’après toi ? Vous savez que seuls les portraits m’intéressent, les seuls vrais paysages. Bref. J’ai installé mon objectif dans les toilettes …Attendez, avant de me lyncher ! Il va de soi que je ne photographie que les personnes consentantes, et uniquement leur visage, ne vous méprenez pas ! Je suis très content, vous verrez, le résultat est fort probant. Il y a cet abandon quand on défèque, ce soulagement, cette joie, cette tension, cette attention. Cela dépasse toutes mes espérances…C’est assez incroyable. Alors, les copains…<br />
-    Même pas en rêve, s’écria François.<br />
-    Alors, tu me déçois. Passe au moins voir les clichés. Ce sont mes meilleurs portraits. Les visages ne mentent plus lorsque l’heure est grave.<br />
-    Vlad, tu ne changeras jamais, tu restes cet ado attardé, aux idées scatos. C’est pour ça qu’on t’aime, remarque.<br />
-    Alors, tu n’as rien compris. Je te parle de vérité, là !<br />
-    Oui, oui, on dit ça…eh bien, moi, les gars, entre un détraqué sexuel et un obsédé visuel, je vais paraître bien piteux avec ma passion des échecs, que je partage, circonstance aggravante, avec ma femme. Je l’ai initiée lorsque je l’ai rencontrée et maintenant, elle me bat régulièrement. Nos parties sont enflammées, passionnantes. Difficile d’en parler, je ne peux que constater à quel point cela me rend heureux quand je joue avec Marie…Je l’observe, je l’admire en toute tranquillité, tellement elle est concentrée sur le jeu. Et je suis si chanceux que c’en est indécent…<br />
-    Ok, on a compris, coupa Gary. D’ailleurs, je l’ai toujours dit : de nous quatre, tu es le plus équilibré. Alors, c’est à moi ? J’ai un nouveau jeu, moi aussi. Le jeu du samedi. Mon plus grand plaisir de la semaine avec notre soirée du vendredi..<br />
-    Donc, c’est demain..<br />
-    Je vais en Allemagne, tout simplement..<br />
-    Ouah ! De mieux en mieux…<br />
-    J’emmène Sylvianne à Kehl pour son shopping hebdomadaire. Elle adore ça, j’ai jamais trop pigé, mais bon…si ça lui fait plaisir, je n’y vois pas d’inconvénient.<br />
-    Ta vie est passionnante, Vlad, je ne te l’avais jamais dit ?<br />
-    Je la dépose en début d’après-midi au centre de la ville. Au moment où elle claque –toujours un peu trop fort- la portière en m’envoyant un petit bisou, je sais que trente minutes plus tard, je serai le plus heureux des hommes<br />
-    J’en étais sûr ! Tu as une maîtresse, intervint Claude dans un sourire de délectation, allez, raconte..<br />
-    Une demi-heure : c’est le temps qu’il me faut pour rejoindre l’autoroute<br />
-    Ainsi elle est allemande, jolie ?<br />
-    Il s’agit bien de ça ! Je poursuis. Après Kehl, je m’engage sur l’autobahn. La route est là, offerte, majestueuse. Elle s’offre sans limite, sur quatre voies.<br />
-    J’y suis, coupa Gary en s’adressant aux autres, vitesse illimitée sur les autoroutes allemandes, c’est bien ça ?<br />
-    Exact. Imaginez le tableau : je suis au volant de ma jaguar et je me prépare pour deux heures de pur bonheur. Une heure aller, une heure retour. D’abord direction Karlsruhe, et je sors à Heilbronn. J’insère un disque dans la chaîne, et c’est parti<br />
-    Et tu choisis quoi pour la circonstance ?<br />
-    Tout dépend de l’humeur du moment, c’est très variable. Ca va du classique à Red Hot Chili Peppers en passant par Daby Touré ou Jimi Hendrix. Je suis là, les mains posées à dix heures dix sur le volant, les bras tendus, je suis seul face à un large ruban qui se déroule devant moi et j’entame mon trip. J’accélère…<br />
-    Jusqu’à combien ?<br />
-    Peu importe, la vitesse m’emporte. Je ne suis pas imprudent ou inconscient, je ne me crée aucune frayeur, attention ! Il s’agit juste de plaisir. D’un plaisir inutile et gratuit.<br />
-    Ca me rappelle ta première voiture, une Peugeot, oui, c’est ça, une 204. On t’appelait Colombo à l’époque, tu t’en souviens ? Interrogea Gary.<br />
-    Parfois, il m’arrive de compter toutes les voitures qui m’ont accompagnées. Je serai incapable d’en faire autant avec les femmes. Bon, ben voilà, c’est ça, rien que ça&#8230;<br />
-    Mais tu penses à quoi ? Ce n’est quand même pas pour te prouver que tu existes que tu dépense un plein d’essence, si ?<br />
-    Mais, c’est ça les mecs ! Deux heures de liberté, je crois que vous ne vous rendez pas compte.. Deux heures en prise immédiate avec la vie qui défile à 250 km/heure ! Ne me dites pas que ça ne vous est jamais arrivé, pas vous : un plaisir qui dure, un plaisir constant, un plaisir radical…<br />
A ces mots, son visage s’éclaira. Il avait les yeux brillants d’un enfant qui mijote un bon coup, et, scrutant un par un ses amis , il sortit de sa poche les clés de sa voiture qu’il fit tinter devant chacun d’eux et dit : « Allez, les gars, on y va ? »</p>
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