Garce de narratrice…

Plus elle avance, plus elle se sent légère ; à force de semer ses petits cailloux, elle se déleste d’un encombrant passé sans se rendre compte qu’elle se réconcilie avec lui. Jusqu’à l’aimer peut-être, sans verser pour cela dans une nostalgie inutile. Elle se demande parfois si ce semblant de sérénité retrouvé ne va l’empêcher d’écrire. Elle lutte encore, parce qu’elle ne connait que ça, et qu’elle maîtrise plutôt bien cette adversité.

– Ah, il s’agirait de verser dans les clichés, comme on s’agrippe à un chapelet ? Désolée, y’a maldonne ! Ecrire n’a jamais été une thérapie et la seule chose dont je sois vraiment sûre c’est que je n’arrêterai jamais ! Qu’on me passe sur le corps, alors… Oui, non, pas ce supplice …tout mais pas ça. Un film niais au titre onirique s’appelait « Peindre ou faire l’amour », moi je veux écrire et faire l’amour, ce sont les deux mamelles de ma petite personne, j’y suis trop ancrée, ou encrée comme vous voulez…

Elle perd son énergie à trop papillonner, a du mal à se fixer. Elle veut tout et elle s’égare sans savoir qu’elle se consume. Maintenant qu’elle croit avoir rempli un rôle qu’elle s’est fixée avec le trop grand sérieux qui la caractérise et dont elle aime à se défendre, elle est avide de se frotter seule aux autres. Avec ce qu’elle a. Elle n’a aucune confiance en elle, et c’est paradoxal quand on entend ses sentences définitives et parfois sans appel.

– Je l’attendais celle-là ! Confondre à ce point ma vie et ce que j’écris, mais c’est plus qu’une grave erreur, c’est un contre-sens éhonté ! Si je mène parfois ma vie comme une barque à la dérive, je suis bien trop attachée à protéger ceux que j’aime pour les amalgamer à mes délires. On ne peut plus fantasmer ? Mais alors qu’est-ce qu’on fait ?

Ses envolées lyriques la rendent émouvante, pourtant, ou plutôt attachante. A se livrer ainsi sans la moindre pudeur, on pouvait lire entre les lignes un certain courage tout de même. Elle passe sans raison de la colère la plus exacerbée à une tristesse qu’elle ne cache pas davantage. Au fond, elle porte plutôt mal son nom et même son prénom.

– Porter ou supporter…Si vous saviez la somme de conneries entendues au sujet de ce patronyme ! Ai-je à l’assumer, je ne l’ai pas choisi mais je l’aime, il est beau et je ne vais pas en changer pour rassurer les cons ! Je reconnais cependant une chose, c’est que je suis vivante. Etonnant, non ? Je pleure et je ris, je crie et je câline aussi. Pas vous ?

Elle a décidé un matin de ne plus jamais travailler. Elle devait penser, avec sa légendaire naïveté qu’écrire n’était pas un travail, juste une passion à laquelle elle voulait se frotter. Elle s’y est ruée, comme tout ce qu’elle entreprend, bille en tête, avec acharnement. Elle s’en défend en avouant avec une fausse modestie qu’elle n’est qu’une graphomane invétérée. Tout comme son maître, Romain Gary… Elle est drôle aussi…

– Moi, je dirais plutôt honnête. Et si j’écris, c’est toujours avec humilité, même si vous ne le croyez pas. D’ailleurs je ne cherche à convaincre personne, pas même moi, c’est dire…..

Au fond, ce n’est qu’une rêveuse avec une âme de midinette, une idéaliste éperdue qui devient sans qu’elle le sache de plus en plus misanthrope. Où va-t-elle à ce rythme ? Quelle nouvelle déception est-elle en train d’échafauder par seul plaisir de pouvoir l’écrire ? Elle me fait peur, parfois et je tremble pour elle. Elle n’est peut-être pas aussi forte qu’elle le prétend. L’écriture dont elle s’est emparée tel un bouclier, est un acte dangereux dont elle n’a pas idée. Ce qu’elle croit maîtriser, jusqu’à sa bonne étoile pourrait bien se retourner contre elle. En est-elle consciente ?

– Ha ha hahahahahhaaha…………………..ad lib……………….

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