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Carrouf’, le chef de rayon et un quart de lune

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Chap.1.

La nature inquiète de Milo nourrissait depuis le matin une angoisse qui n’avait fait qu’augmenter au fil de la journée, aussi l’annonce familière prononcée au micro par sa collègue Edmonde et faisant part de la fermeture imminente du magasin le faisait maintenant suer à grosses gouttes. Une fois les rayons vidés de ses habituels clients, ce n’était pas l’ampleur de la tâche qui l’attendait qui le contrariait  mais bien cette convocation trouvée dans son casier.

Il avait beau eu cherché une quelconque raison à l’entretien avec monsieur Maurelle, il n’en trouvait aucune. Milo était ce qu’on appelait un employé modèle, ponctuel, jamais malade, toujours prêt à remplacer au pied levé un collègue dans n’importe quel rayon dont il connaissait chaque recoin, au point qu’un seul coup d’œil lui suffisait généralement pour s’apercevoir que telle étagère manquerait sous peu de tel produit qu’il allait consciencieusement chercher en réserve  sans qu’on aie à le lui faire remarquer. Il entretenait des rapports chaleureux tant avec ses collègues qu’avec les clients qui l’interrogeaient souvent sur l’efficacité d’un nouvel article ou la provenance d’un légume, d’une viande ou tout autre aliment vendu dans les rayons. Il n’ignorait même pas une certaine condescendance à son égard car, en tant qu’ « ancien » il ne montrait ni la lassitude ni l’ennui  propre à ce métier. Au contraire, il enfilait sa blouse fraichement repassée chaque matin avec le même plaisir renouvelé : il aimait rendre service, tout simplement et savait calmer le plus récalcitrant des clients de son supermarché. Il sourit en pensant à monsieur William, un de ses habitués, toujours prêt à le prendre à défaut. C’était devenu une sorte de jeu entre les deux hommes ; pas plus tard que la veille,  ce dernier avait tenté de coincer Milo en lui prouvant à renfort d’équations algébriques, que le prix des ampoules basses consommation vendues par lot de deux ne respectait pas le prix au kilo indiqué à titre d’information sur l’étiquette.  Tous deux étaient partis dans une joute verbale qui avait duré pas loin d’une demi-heure, sous les yeux effarés de Maria, la caissière rousse au décolleté plongeant qui semblait en pincer pour Milo. Elle tenta vainement de calmer le jeu en déboutonnant sa blouse rose, en vain ; les deux protagonistes semblaient plus intéressés par la rhétorique que par les charmes par trop évidents de la jeune femme aux yeux violets.

Ce petit rappel suffit à Milo pour retrouver le sourire et comme il n’avait rien à se reprocher et même s’il redoutait que l’entretien avec Maurelle ne s’éternise, il fit front et, se débarrassant tout en marchant de sa blouse qu’il mit en boule au creux de sa main, il se dirigea vers la porte vitrée du bureau offrant une vue imprenable sur le magasin. Cette perspective mit du baume au cœur de notre employé modèle qui n’avait eu jusqu’ici que très peu d’occasions d’admirer son lieu de travail sous cet angle.

« - Entrez, mon bon Milo, entrez, prononça Maurelle de sa voix mielleuse qui généralement n’augurait rien de bon.

-          Monsieur Maurelle…

-          Voilà, je n’irai pas par quatre chemins, voulez-vous un verre de rhum ? C’est une nouvelle marque qu’un représentant est venu me proposer ce matin, nous allons y goûter, vous voulez bien ? Mais asseyez-vous, mon vieux !

-          Euh, du rhum ? Je ne suis guère amateur de cette boisson exotique, je dois dire…

-          Allons, détendez-vous ! Tenez, allez, cul sec ! C’est un rhum vieux….Hum ! Fameux, ne trouvez-vous pas ? Mais trop cher pour nos clients… Je vais garder la caisse pour chez moi… Je vous mets une bouteille de côté ? Je vous fais un prix, il va sans dire…

-          Non merci, comme je vous l’ai dit, je ne bois pas.

-          Savez-vous, cher Milo, que cette perfection affichée n’est pas sans m’agacer par moment ? C’est vrai quoi ! Je ne vous ai jusqu’ici jamais adressé le moindre reproche, pensez à vos collègues, mettez-y un peu du vôtre que diable !

-          Mais…

-          Ne faites donc pas cette tête, je blague, évidemment ! Ne changez rien ! Vous êtes le pilier de notre supermarché, je dirais même plus, vous êtes l’âme de ce site ! Mais venons- en au fait : voilà, il a été décidé en haut lieu de récompenser chaque mois le meilleur d’entre nous, oh je sais ce que vous pensez et croyez-moi, je pense comme vous ! Cette américanisation à outrance finira par avoir raison de nos coutumes plus franchouillardes, mais que voulez-vous, nous devons nous soumettre aux lois de la globalisation, c’est ainsi…

-          C’est-à-dire, je ne fais que mon métier et une récompense me mettrait mal à l’aise vis-à-vis de mes collègues, justement…

-          Taratata ! tout le monde vous aime ici et personne n’y verra rien à redire ; donc c’est demain soir, je sais que vous n’aimez ni la fantaisie ni les surprises, c’est pourquoi je tenais personnellement à vous informer de la petite sauterie qu’on vous prépare, entre nous, hein…

-          Soit.

-          Vous vous souvenez que c’est demain justement que nous fermons plus tôt en raison de l’inventaire…

-          Oui

-          Et bien à demain Milo, et vous verrez, vous ne serez pas déçu, je dois dire qu’on ne s’est pas foutu de vous, pour une fois…

-          Pardon ?

-          Je veux dire que le prix remis sera à la hauteur de tous vos sacrifices, ne niez pas Milo, je sais bien que vous ne comptez pas vos heures, vous l’avez bien mérité, le plus difficile pour moi sera de trouver le prochain prétendant au titre. Bonsoir Milo et à demain, de bonne heure et de bonne humeur…hahahhaha

-          Euh, oui, au revoir monsieur Maurelle. »

Milo passa le reste de sa soirée, partagée entre les rayons familiers et son petit appartement à s’interroger sur ce prix mystérieux ; il pria pour qu’il ne s’agisse pas d’un week-end dans un de ces centres bruyants où les familles mal élevées se pressaient à faire du sport… « Quelle horreur ! » frissonna-t-il devant le micro-onde  mis en marche pour chauffer cette soupe, nouvellement arrivée sur un étal et qu’il avait considéré longuement avant d’y porter son choix pour le repas du soir… Il soupira avant de grimacer : le potage insipide avait un goût métallique. Il repoussa son assiette et s’assoupit sans tarder devant la télé qu’il allumait par habitude en coupant le son.

(À suivre)

Pensée: Bourdon

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bourdon 076Pensée : bourdon

Dans un champ de coquelicots j’ai cueilli un taureau. Il est aussi beau qu’un mulot, fort comme la mort à laquelle il vient sans doute d’échapper de justesse vu le sable collé sur ses sabots.  Son souffle tiède et syncopé renferme un zeste de vie qui colore les fleurs abîmées.  Ses paupières ourlées de longs cils papillonnent en mesure tandis qu’un nuage de moucherons attend respectueusement d’entrer en scène. Allongée à ses côtés, j’inspecte les nuages formant une banderole immaculée où j’inscrirai son épitaphe. Mais je manque d’inspiration et ne connais pas intimement cette bestiole là ; que dire ? Qu’écrire qui soit à la hauteur de cette vie de bovin débonnaire ? J’ai perdu l’habitude de décliner la moindre de mes pensées pour des raisons que je ne finis pas de questionner en silence. Que m’est-il arrivé durant cette année pendant que cette force de la nature broutait tranquillement l’herbe que je regarde pousser ? Pas grand-chose à dire vrai et c’est bien la seule justification valable à mes élucubrations parfumée à l’anis, au menthol et au cannabis.

En ce printemps poussif, je n’avais réussi qu’à faire tomber en panne le moindre objet électronique mis à ma portée ; une véritable hécatombe : deux ordinateurs portables plus un fixe, un appareil photo,  une imprimante et même un téléphone mobile.  Dans le même temps je m’étais liée à quelques insectes de mon jardin et je me demandais si ceci avait le moindre rapport avec cela. J’en avais parlé autour de moi mais on ne m’avait jamais prise véritablement au sérieux.  Aussi avais-je tu une liaison entretenue depuis un mois environ et qui a pris fin ce matin dans des conditions aussi étranges que dramatiques.

Tout a commencé par un petit bruit que je pensais né de mon imagination puisqu’il ressemble à s’y méprendre à celui de mes dix doigts sur le clavier à l’époque où j’écrivais.  Comme ce grattement ne se faisait entendre que la nuit, à l’heure habituelle où j’écris, il me semblait tout à fait plausible que ma funeste habitude perdure à mon corps défendant d’autant que si j’avais mis fin à toute tentative d’écriture, mon imagination, elle, persévérait à créer des images, des sons, voire des rythmes lancinants. Mais je tenais bon, sachant d’expérience qu’une fois attrapées, ces images ne ressemblent plus qu’à de pauvres papillons épinglés, sans couleur ni saveur.

Ce petit bruissement cependant n’’était pas le fruit de mon imagination mais se matérialisa au matin par un petit tas de sciures au pied de la porte-fenêtre conduisant au jardin.  Au bas de celle-ci se découpaient deux petits trous d’une symétrie parfaite, comme dessinés au compas, d’un diamètre de 1,5 centimètre.  Hors de question que ce travail minutieux soit l’œuvre de mites comme je l’avais d’abord conclu. Je ramassais le petit tas de sable sans manquer de maudire au passage mes propriétaires immondes qui ignoraient dédaigneusement mes demandes de remplacement de cette porte –fenêtre en lambeaux. Ils n’avaient, les ingrats, que le même mot à la bouche : « payez ! » tandis que je répondais «  réparez » ; ce petit jeu du chat et de la souris durait depuis deux lustres et finalement, je m’étais accommodée de cette porte qui devenait au fil des ans une œuvre abstraite de toute beauté.

Je rattrapais tout ce temps perdu à écrire en lisant avec frénésie tout ce qui me tombait sous la main, affamée, insatiable, je dévorais les bouquins qui s’entassaient un peu partout sur mon passage. Cette activité n’était interrompue que par les différentes tâches ménagères afférentes à ma fonction de fainéante notoire qui conjugue parfaitement temps et obligations dans une maîtrise qui continue de m’étonner moi-même.  Bref, le temps courrait tout seul tandis que je vagabondais allégrement dans les méandres de chaque exploit m’offrant mille et un prétextes  d’autosatisfaction.  Jusqu’à maintenant en tous cas car je ne sais comment je vais m’en sortir sans Baba.

Baba est un bourdon. Baba était un bourdon magnifique, majestueux, toujours prêt à me donner un coup de main, pour tourner les pages de mon livre qu’il parcourait avec le même plaisir partagé,  m’apporter une cigarette quand j’en avais envie, sans parler des tâches ménagères qu’au moment même où j’écris restent en plan, dans chaque pièce de la maison, comme endeuillées de la même peine qui m’assaille. Incompréhensible. Indescriptible.

Les deux petits trous percés dans la porte conduisant au jardin sont son œuvre. Je me demande face au cadavre de l’insecte s’il aimerait que je l’y replace avant de reboucher le trou. Je n’arrive pas à me résoudre à ne plus admirer chaque jour ses deux ailes bleu outremer battre joyeusement en guise de salut matinal. Baba était un solitaire, comme moi et c’est lui qui m’avait choisi, pas moi ! Je n’y avais même pas pris garde au début, il faisait partie de ces insectes dont on ne se soucie pas une fois qu’on les a chassé de sa vue.  Ce n’est qu’un matin que j’ai pris conscience de son intelligence hors norme et je suis quasiment sûre à présent qu’avoir choisi de partager la destinée d’un humain l’a conduit à une mort précoce.

Suis-je fautive pour autant ? N’était-il pas de mon devoir de lui rappeler qu’il avait sans doute d’autres choses à faire que me tenir compagnie et me faire gagner du temps ? Oui, sans aucun doute possible, je suis coupable de cet attachement impardonnable et le reconnaître maintenant ne fera pas revenir celui qui s’avéra un ami fidèle, doux et généreux.

Baba  m’accompagnait partout où j’allais dès lors que je mettais un pied dehors ; à la maison, il restait poliment sur le seuil de la porte qu’il avait choisi pour demeure et qu’il enjolivait chaque jour un peu plus. Je n’y prêtais pas plus d’attention que ça, une fois l’étonnement passé. J’aimais le voir foncer sur la porte et s’engouffrer sans hésiter dans le petit trou qu’il avait creusé, cela m’amusait, pourquoi le nier ? Je ne pris la mesure de son intelligence supérieure qu’un jour où je ramassais le linge dans le jardin. Il m’accompagnait, cela n’était pas nouveau sauf que cette fois il participa activement au décrochage du linge en se posant avec délicatesse sur chaque vêtement que je pliais au fur et à mesure. En choisissant ceux de la plus grande taille à la plus petite selon une méthode toute personnelle qu’il n’avait pas manqué d’observer les jours précédant sa décision de participer à une fonction que je ne délègue à personne … J’étais tout simplement ébahie de constater à quel point il savait se poser sur le tissu que je m’apprêtais à décrocher. Je poussai le vice à faire une autre lessive le jour même pour étayer la thèse de son incroyable préscience. C’est ainsi qu’est née une collaboration qui se mua bien vite en véritable intimité car ce bourdon, j’en avais la certitude, lisait dans mes pensées.

Pour preuve, le cadeau qu’il m’a laissée : sa carcasse brillante au pied de la porte-fenêtre et son âme qui a pris corps en moi au même instant, ce formidable bourdon qui ne me quitte plus. Baba était un taureau déguisé en insecte que j’ai couvert d’un linceul composé de quatre pétales de coquelicot.

Pendant l’homélie (un poème de Desnos) un magnifique hanneton couleur émeraude est venu se poser sur mon épaule avant de rejoindre Baba qu’il a emporté avec lui.

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Monologue du Pendu

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- Qu’est-ce que tu cherches ?
Je ne sais pas.
- Qu’est-ce que tu veux ?
Ce que je ne peux pas.
- Pourquoi tu vis ?
J’n’ai pas choisi.
- Pourquoi tu meurs ?
Parc’ que j’ai peur
- Qu’est-ce qui t’arrête ? Qu’est-ce qui t’empêche ?
Toutes ces questions, l’aliénation.
Et ces ornières dans ma maison.
Le camp du oui, le camp du nom
Et l’étiquette sur mon prénom…
- Pourquoi pas le changer ?
Pour cette foutue fidélité
- Tu vois bien qu’à part toi, personne ne te condamne…
Là est le drame
- La malédiction t’attire autant que ça ?
Je tuerai père et mère pour un bon mot trouvé
- Ils sont morts, déjà
Je le ferai encore !
- Alors, tu déraisonnes, je ne peux rien pour toi
Retourne à ta besogne, j’ai pas besoin de toi
- Tu ne le penses pas
Tu ne me connais pas
- Tu te trompes, là aussi, puisque je t’ai choisi
Je ne cherche aucune aide, tous ces appuis m’ennuient
- On ne vit pas comme ça…
Je me tue à le dire
- Tu as droit au bonheur
Pas tant que les gens pleurent
- Je t’en supplie, renonce
Adieu, j’y vais, je fonce
Je t’aurai prévenu : la corde du pendu n’est qu’un cordon ombilical qu’à ta vie tu trimbales, un p’tit bout de bolduc qui emballe le cadeau que tu n’as pas voulu..

Météorologie d’un rêve

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La scène se déroule dans un garage sombre (de rares voitures y sont garées) ou plutôt une sorte de tunnel tel qu’on peut en voir dans les cités, si l’on en juge par la lumière jaune qui se répand au loin. La sensation de fraîcheur oblitère les odeurs fades d’urines mélangées. Avec moi, quelques personnages familiers au visage caché par l’ombre. Pourquoi familiers ? Parce que ce groupe juvénile déploie une joie inconsidérée, telle qu’on ne peut vivre qu’adolescents, exempte de préjugés, imperméable au ridicule.

Le groupe danse et chante, chante et danse. Une chanson que je n’ai plus entendue depuis des lustres mais dont chaque parole semble couler de source. Moi, au milieu, je crie plus que je ne chante : « Comment ça va ? Comment ça va ? Comment ça va pour vous? » Avant de hurler la suite : « parce que pour moi, oh oui pour moi, ça va pas, mais pas, mais pas du tout »….. La chanson est reprise en boucle sans que la moindre lassitude ne s’installe, mieux comme si la jubilation engendrée tenait dans la répétition ad libitum, ad nauseum de cette phrase terrible sous le rythme effréné bien que niais du tempo .

Une silhouette se découpe à l’entrée du tunnel et une voix m’interpelle à plusieurs reprises. L’homme avance et ce n’est que lorsqu’il est suffisamment près, inconsidérément près, que je le reconnais. C’est Alain Souchon, un vieil ado un peu lourdingue qui nous colle aux basques. Il se rapproche encore jusqu’à ce que la pointe de nos baskets se touche. Il est très grand, ce qui me force à lever la tête puisque je ne peux pas reculer.

Gros plan sur les baskets. « T’as vu, on a les mêmes ! » En vérité, elles ne sont pas tout à fait identiques. Du même modèle, elles sont de couleurs différentes. Le tissu des siennes est rayé, le mien représente des losanges. Après ce court intermède en forme de vaine reconnaissance, nous reprenons et lui le premier la chanson de Bruel. Peut-être avec une euphorie redoublée. Nous quittons le tunnel qui conserve une seconde encore l’écho du refrain massacré.

Le temps est à l’orage ; l’adolescence le personnifie. Electrisés, prêts à éclater, trimbalant au dessus de nos têtes le même nuage chargé,  impossible à défaire autrement qu’en pleurant à chaudes larmes dans l’oreiller tiède d’une nuit de pleine lune.

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10 MAI 81

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par Eric Bernard

Le vent printanier qui souffle ce jour-là ne représente pour la narcissique que je suis qu’une tiède salutation d’une météo favorable. Il fait toujours beau le 10 mai, c’est entendu.

L’élection d’un socialiste ne représente que la cerise sur le gâteau  aux 15 bougies : une illusion à laquelle on voudrait bien croire l’espace d’une pensée rêveuse, sans plus. La France est déjà un vieux pays qui 7 ans auparavant a élu son plus jeune chef d’état, un énarque distingué que ma mère admire. Mon père, de sa voix tonitruante assure que cette fois est la bonne, que la chance va tourner, qu’on va y arriver….Finalement je n’ai vécu cette campagne que du petit bout de la lorgnette familiale. Ces deux-là vivent le même quotidien, un cran au dessus du misérable, mais ma mère, par tradition familiale sans doute ou pour se convaincre qu’avec ce vote elle conserve un semblant de tenue, un rang social dont elle s’est elle-même déchue, votera à droite, comme d’habitude.

A vingt heures, face au téléviseur en noir et blanc, le suspens est à son comble quand le front dégarni se révèle à l’écran, mais c’est bien Mitterrand le gagnant ! Silence- cris de joie aussitôt réprimés par ma mère qui n’a pas encore compris qu’il y a des chances, cette fois, que les voisins partagent cette liesse un rien rageuse. A bas les qu’en dira-t-on ! On sort sur le balcon : « on a ga-gné ! on a ga-gné ! »

Ma sœur aînée ne vit plus avec nous depuis quelques années. Une bouche de moins à nourrir… Elle a trouvé chez les parents de son petit ami une famille de substitution plus en phase avec ses ambitions. Les Pellerin sont des arrivistes sympathiques, pétés de thunes. Une demi-heure chrono après le verdict triomphal, ils débarquent à la maison. Elle se jette dans les bras de mon père en pleurant tandis que son mari tire une tronche pas possible. Ils ont délaissé la jaguar pour un soir et ont opté pour la Sirocco , moins voyante ; et puis on sait jamais dans ce quartier, avec cet esprit de revanche indicible qu’ils ressentent tout à coup…

«  Qu’est-ce qu’il va nous arriver, monsieur Lucide ? » pleurniche-t-elle pendant que mon père débouche une bouteille de champagne. (Là, je réprime tout de même une petite déception : ainsi cette bouteille ne m’était pas réservée ? )

Mon père ne cache pas sa joie, de plus en plus hilare face à la déconvenue de ces gens qui jusqu’ici n’ont jamais feint la moindre considération à son sujet. Mais, ça y est, ils le tiennent leur pauvre, leur lot de consolation, leur alibi au cas où le lendemain les rouges débarqueraient dans leur villa au luxe ostentatoire.

-          Et Avoriaz ? Ils vont nous confisquer notre appartement… continue de brailler madame Pellerin…

-          Et le bateau ?

-          Et Cannes ?

Le 10 mai 81, le jour de mes 15 ans, j’ai vu le regard de deux bourgeois se poser sur  mon père, regard mi craintif mi admiratif, totalement ridicule. Et lui, mon père, de consoler les pauvres riches qui commenceront dès le lendemain de curieux voyages en Suisse….

Regarde par Barbara

écrire……..

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MAMMUTH

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Film français de Kervern&Delépine

L’image est souvent dégueu, les personnages pas beaux à voir et le sujet rédhibitoire : la retraite ! Damned, le nouveau thème à la mode après celui de l’identité nationale dont on a du mal à se remettre, comme après une cuite à la piquette. Sauf que dans ce road movie à la grolandaise,  les protagonistes  nous sont tellement familiers qu’on oscille entre sourires et désespoir tant la situation vécue est d’autant plus absurde que juste. Et oui, on vieillit, nos icônes aussi et si le paysage conserve sa beauté, il est bien le seul !

Depardieu est un gros con dégueulasse, Adjani une poupée de cire au regard fixe mais qui ne dit, elle, aucune connerie….Yolande Moreau, telle qu’en elle-même, une femme ancrée dans la vie qui vaut la peine qu’on la vive, aussi pourrie soit-elle, plus une galerie de portraits qu’on ne verra jamais sur facebook : moches, méchants, des gens vrais, quoi !

Faire valoir son droit à la retraite quand on n’a exercé que des métiers de rien, ceux dont personne ne se soucie mais sans lesquels la société ne fonctionnerait pas, n’est pas une sinécure mais un prétexte louable pour savoir où on est quand on croit avoir tout raté et qu’on se fait chier comme un rat mort dans une cité lambda, pas pire qu’une autre, juste laide et où la seule distraction, à part reconstituer un puzzle panoramique offert par les collègues, est de compter les bagnoles qui passent devant la maison qui se délite comme tout le reste.

Le jeune retraité chevelu part sur sa vieille moto à la recherche de ces papiers inutiles réclamés par la tentaculaire et nébuleuse Administration.  Au bout du voyage, la poésie, la seule issue.

Dans la maison musée de son frère, miss Ming, la nièce qui écrit des poèmes de minuit à quatre heures du mat’ représente aux yeux du vieux con blasé, une fenêtre ouverte en grand, qui aère son esprit confiné.  Sous le sable, les pièces tombées du maillot, et au large une mer aussi bleue que le ciel : tout n’est pas si moche, ni désespéré et le vieux con rentrera plus amoureux que jamais… peut-être un peu moins con, aussi…

I love you Gérard Depardiou !

Voyou !

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A voir EImpatient : Ubuesque Opinion : voyou !

J’écrirai p’t’être un jour vos absences patentes :

Avoir le corps si vert lu « pas touche » en 40

Rembobine alentour des farceurs en truelles,

Go ! Fais de l’ombre : le censeur en sueur sur sa fiente,

Balance le glas, ça y est, guerroie à blanc, froissons la ribambelle ;

Impatient, caché, fous rires à la pelle

D’Allah colle, ère où l’ivraie grignotante ;

Utiles les vibros : devins des mères avides ?

Pets des partis sans mais, d’âme aux mots, pets du vide ?

Que l’âne chie ou serine : prenons-nous au sérieux ;

O, supérieure opinion à la fadeur des fanges,

Si lance en travers des gorges immondes : phalanges :

- Oh ! Mets les gazes, crayon viole en ces lieux ! -

rimbaud2

Reflets dans un œil triste

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écrit avec Slévich, il y a deux ans. Merci à lui.

Le cristal réfléchit tes rêves décantés,
Réfracte ton regard dans de sombres brillances :
Sur l’ombre de tes pleurs, espoirs de vérités.

Tes propos liquoreux subliment tes errances,
Gémissements fœtaux de ton esprit chétif
Bénissant le whisky de boire à tes absences.

Tu conjures grisé par ton fiel expansif
Au comptoir des amis dont le regard dévie,
Tout en te resservant un « santé ! » bien oisif.

Ammoniacs, vomis pour cocktail de l’envie
De saouler ton passé dans le bar de ton cœur
Où tu voudrais remplir le verre de ta vie.

L’alcool, comme un buvard pour ta folle rancœur.

Deliriumtremens

Song

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J’entends une musique
Cristalline et sophistiquée
Echos contrariés à la clé de Sol
Take a walk on a wild side

Savant alliage d’un alchimiste
J’engage une partition
Autour d’un verbe que je décline
When I miss You

Tempo expérimental
Mêmes notes nouveau concept
J’enlace une douce menace
Is the nature of my game

Le temps de l’espace (et inversement)
Les lieux les visages
Dessinent la même histoire
Songs in the keys of life

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