D. Des cas dansent

Des cas dansent

Dans le dédale des idées arrêtées, on joue aux dominos. Deux faces à maîtriser, en noir et blanc, lisses et sans défauts. Les débats s’organisent mais l’actualité est rarement de mise, politiquement correct oblige. Si aucune identité n’est jamais déclinée, tout le reste se déploie sur la descente de lit, en guise de décoration ; dames patronnesses font florès, déesses endimanchées, demi-dieux diligentés, délicieux déglingués se disputent le même désarroi décliné à l’envi. Décadence dramatique de la Douleur brandie en étendard. Dis-moi si je suis celle qui souffre suffisamment savamment. Donne-moi en cadeau ton indulgence pour que je puisse engranger de faux dollars dans la bourse de mes émotions. Dorlote mon égo d’un doudou bien douillet, délire sur ma prose délurée de tes doux mots que je recueillerai au cœur de ma déprime.

Mais si tu pointes du doigt mes défauts, mon vocabulaire réduit, ma ponctuation en déroute, gare à toi ! Dehors ! Dégage ! Hors de ma vue, dégénéré qui ne compatis pas. En déposant ici-même, ce don de soi qu’est la littératûûre, vous vous devez de vous mettre sans demi-mesure au diapason des dolents. Diligentez votre plume experte, aussitôt on vous dame l’opinion du dard du faux derche dodelinant la sienne (de plume) avec le développement qui tue : « au moins suis-je sincère et écris-je avec mon cœur qui vous fait tant défaut. » Dont acte. Que dire ? Que répondre à cela ?

La différence n’est pas tolérée, qu’on se le dise ! On veut bien la distinguer, de loin, juste pour étaler une autre forme de détresse, mais pas l’accueillir en son sein. Le diktat n’admet pas un timbre distinct. Il faut pleurer en chœur ou se taire à jamais ; ne pas déboussoler un tant soit peu les délicats, les timorés. L’outrecuidance est décalée, pratiquement démoniaque, et si vous décidez de vous prétendre un poil désabusé on devine un dessein dû au dégoût qu’il inspire. Vous êtes un ambitieux décadent qui distillez un doucereux mais dangereux poison. Votre drogue se nomme médisance, on vous somme de ne plus désapprouver, de ne plus lire, ne plus rien dire. Adorer ou détester, les deux dessins du domino : direct et ridicule ; dommage, mais ça m’démange…

Dare-dare – Déballer – Débutant- Déclaration – Dénaturer- Dénoncer – Différend- Discorde – Dominant – Duplicité –Dysorthographie…

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